N’oublions pas l’hospitalité


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N’oublions pas l’hospitalité
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
4 min

Le collectif chrétien Bâtir le Bien Commun fait entendre sa voix après les évènements qui se sont tenus ce weekend devant l’église Sainte Croix (Flagey). L’installation d’un camp de fortune coordonnée par des demandeurs d’asile et des associations a permis de débloquer 80 lits afin que la loi d’accueil soit appliquée. "Notre foi et nos habitudes doivent se laisser ébranler par cette action fraternelle", insistent les signataires.

La place Flagey à Ixelles avait pris un autre visage ce week-end, avec les tentes des demandeurs d'asile.
Photo d'illustration (c) CC BY-NC-SA 2.0 Yoav Lerman

Depuis 2007, la loi dispose que, en Belgique, « tout demandeur d’asile a droit à un accueil devant lui permettre de mener une vie conforme à la dignité humaine » et ce le temps que doit durer le traitement de son dossier. Faute de places suffisantes dans les centres d’accueil, l’Etat belge a déjà été condamné plus de 8000 fois par divers tribunaux pour non-respect de cette règle fondamentale. Le mépris des décisions de justice dont témoigne une telle réalité inquiète sur la situation de l’Etat de droit dans notre pays.

Fin août, la secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration, Nicole de Moor, décidait que le réseau Fedasil n’accueillerait plus les hommes seuls afin de réserver les places existantes aux familles. Cette mesure met non seulement en rivalité des situations de détresse qui méritent chacune une attention pleine et entière, mais elle est de surcroît illégale, si bien que, le 13 septembre, le conseil d’Etat a suspendu son exécution.

La situation a évolué d'heure en heure, le week-end dernier

Face à l’éternel retour de cette atteinte à la dignité de la personne et l’attitude irresponsable de Madame de Moor, qui a indiqué vouloir poursuivre sa politique d’exclusion coûte que coûte, de nombreux demandeurs d’asile dépourvus d’hébergement ont installé, dans la soirée du 15 septembre, un camp de fortune sur le parvis de l’Eglise Sainte-Croix (Flagey). Soutenus par diverses associations, ils ont réclamé le respect de leurs droits et l’accueil matériel annoncé par les textes juridiques.

Le 16 septembre, en fin d’après-midi, la Région débloquait 80 lits dans des hôtels bruxellois et le camp fut démonté. Jusque tard dans la nuit, des militantes et militants sont restés aux côtés des demandeurs d’asile afin de les accompagner, faire le lien avec les autorités et s’assurer qu’ils dorment au chaud.

Dimanche, journée mondiale du migrant

A l’approche de la Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié (24 septembre), nous, membres du collectif Bâtir le Bien Commun, qui souhaitons promouvoir la voix des sans-voix au sein de l’Eglise, voulons dire notre admiration et notre soutien pour cette action courageuse et les personnes qui en ont été à l’origine. La situation est loin d’être réglée : autour de 2000 demandeurs d’asile espèrent encore un abri décent à Bruxelles et, malgré la réaction salutaire de l’organisme régional Bruss’help dans le cas du camp de Flagey, le fédéral n’a pas encore proposé de solution viable au scandale humanitaire en cours.

Nous étions sur place lors de l’action et de la « Journée sans toiture », évènement convivial qui a suivi la mobilisation politique, et avons longuement échangé avec des volontaires impliqués. Nous avons été interpellés par la disponibilité et la liberté de conscience de ces bénévoles qui, pendant 48h, ont témoigné d’un sens profond de l’universel, installés sans confort devant la maison de l’étranger qui, il y a 2000 ans, nous a demandé de l’habiller, l’accueillir et le visiter (Matthieu 25,35-40). Nous voulons encourager toute personne non-familière des initiatives politiques en faveur des migrants, et particulièrement les lecteurs chrétiens du présent texte, à reconnaître le témoignage salvateur des mobilisations de ce type et refuser les peurs qui, trop souvent, nous empêchent de nous y associer solidairement.

"Vous reprendrez des forces avant d'aller plus loin"

« N’oubliez pas l’hospitalité », dit la lettre aux Hébreux (13,2). Comme si l’auteur avait anticipé les nombreuses manières dont nous justifions notre inaction. On l’entend presque dire : « bien sûr, il est nécessaire de travailler, nos familles requièrent de l’attention, on ne peut être sur tous les fronts et il s’agit de faire les choses dans l’ordre… mais malgré tout, oui malgré tout, n’oubliez pas l’hospitalité ». Et il ajoute : « elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges ». Ces mots font sans doute référence au tendre geste d’Abraham, qui dit aux trois hommes venus se reposer aux chênes de Mambré : « Mon seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur. Permettez que l’on vous apporte un peu d’eau, vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre. Je vais chercher de quoi manger, et vous reprendrez des forces avant d’aller plus loin » (Genèse 18,3-5). Puissions-nous avoir assez de foi pour tenir les mêmes propos, lorsque l’occasion se présentera, à celles et ceux qui espèrent auprès de nous des lendemains meilleurs.

✍Pour le collectif Bâtir le Bien Commun,
Jean-Baptiste Ghins
Elisabeth Vangansbek
Julien Sébert
Matthias Petel
Clarisse Petel

Catégorie : Belgique

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