Pourquoi les évêques africains demandent l’annulation de la dette au G7


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Pourquoi les évêques africains demandent l’annulation de la dette au G7
Par La rédaction
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A l'occasion du dernier G7, des évêques africains ont demandé l'annulation de la dette pour soulager un continent frappé par de multiples crises, dont l'insécurité alimentaire qui touche plus de 300 millions de personnes. Est-ce envisageable? Eclairage avec Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD.

A l'occasion de la tenue du dernier G7 (19-21 mai) au Japon, réunissant les sept grandes puissances qui détiennent à elles seules environ 45 % de la richesse nette mondiale, à savoir l'Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, l'Italie, le Japon et le Royaume-Uni, les évêques africains (représentant 23 pays) ont lancé un appel pour l'annulation de la dette africaine.

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300 millions d'Africains souffrent d'insécurité alimentaire

Dans leur message, ils invitent les membres du G7 à plus d'action pour résoudre les crises de la dette, à mettre en place une réforme des banques de développement et à augmenter l'aide au continent africain « frappé par de multiples crises ». Ils suggèrent par ailleurs l'annulation de la dette et la mise en place de politiques commerciales plus éthiques.

Ces demandes s'appuient sur le constat suivant : "L’année dernière, plus de 300 millions de personnes ont connu l’insécurité alimentaire, exacerbant les facteurs de conflit et de tensions sociales dans de nombreux pays africains et rendant la gouvernance plus fragile".

Aussi, les prélats africains pointent du doigt les créanciers privés dont dépendent 60% de la dette. Celle-ci ne pourra donc être réduite sans leur participation.

S.D. avec ACIAfrica

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Trois questions à Arnaud Zacharie (CNCD) pour comprendre l'enjeu de l'annulation de la dette africaine

Comment expliquer en quelques mots ce qu'est la dette africaine?

En résumé, la majorité des pays à faible revenus sont aujourd'hui surendettés ou en situation de surendettement. C'est d'abord la conséquence d'une phase d'endettement durant la décennie précédant la pandémie. Les pays ont augmenté leurs dettes entre 2008 et au 2019, notamment les pays en développement. Ils se sont endettés particulièrement auprès des créanciers privés, sur ce qu'on appelle les marchés obligataires et auprès de la Chine, donc de nouveaux types de bailleurs.

Lorsque la pandémie a débuté en mars 2020, les pays en développement se sont trouvés très rapidement incapables non seulement de soutenir leur économie durant la pandémie, mais ils sont devenus incapables de rembourser la dette qu'ils avaient accumulée durant les années précédentes.

Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD

En avril 2020, le G20 (forum intergouvernemental composé de dix-neuf des pays aux économies les plus développées et de l'Union européenne, ndlr) a décidé de suspendre le paiement de la dette des pays à faible revenu. Une suspension jusqu'en décembre 2021 qui a permis à 48 pays à faible revenus de pouvoir bénéficier d'une suspension de paiement de la dette de près de 16 milliards de dollars. Ça n'a fait que reporter le problème.

Quelle est la situation actuelle?

Plusieurs pays se sont déclarés en défaut de paiement. C'est le cas de la Gambie, du Tchad, du Ghana par exemple. Des dizaines de pays se sont déjà déclarés en défaut de paiement, mais ils sont en train de faire contagion. Nous sommes à la veille d'une nouvelle crise de la dette des pays en développement. Le problème tient au fait qu'il n'existe pas de cadre multilatéral pour restructurer les dettes.

Quand un pays comme le Ghana demande un allègement de paiement, il doit avoir l'accord de tous ses créanciers, occidentaux, FMI, Banque mondiale et créanciers privés. Comme il n'y a pas de cadre multilatéral pour imposer un allégement de la dette à tous les créanciers, il se trouve toujours des créanciers privés qui jouent des rôles de passager clandestin. Ils cherchent à tirer profit de l'allègement accordé par une partie des créanciers qui donne un peu d'oxygène financier aux pays surendettés. Et certains créanciers privés attaquent en justice ce pays pour qu'il les rembourse en intégralité.

Le problème tient au fait qu'il n'existe pas de cadre multilatéral pour restructurer les dettes.

Arnaud Zacharie, secrétaire général CNCD

Aujourd'hui, en moyenne, le service de la dette des pays à faible revenu, ça représente les 2/3 de leur budget qui allait à la santé et à l'éducation. Donc le poids de la dette a un impact économique et social très négatif dans les pays en développement.

Les évêques africains demandent au G7 une politique commerciale plus éthique et l'augmentation de l'aide humanitaire. Ces demandes sont-elles justifiées et réalistes?

Ce sont en effet, deux demandes importantes pour les pays à faible revenus. Prenons la question du commerce: elle permettrait de sortir de ce qu'on appelle l'échange inégal. On sait que les pays en développement sont spécialisés dans les matières premières à faible valeur ajoutée. Ces matières premières ne sont pas transformées sur place. Elles apportent peu d'emploi, très peu de valeur ajoutée. Ça rend le pays dépendant de la volatilité des prix.

Pour des salaires dérisoires, des centaines de milliers d'Africains risquent leur vie pour extraire de précieux minerais. Au Sud-Kivu, les "creuseurs" passent de longues heures sous terre pour récolter de l'or (c) CathoBel - Manu Van Lier

Actuellement, on parle beaucoup de la transition énergétique. Pour cela, nous avons besoin de métaux comme le cobalt, le nickel, le lithium, etc. L'enjeu de de ces pays en développement qui disposent de ces matières premières consiste à avoir les capacités de transformer celles-ci sur place pour pouvoir dégager plus de valeur ajoutée, pouvoir créer des emplois et cela localement.

Sur l'autre point, les pays riches se sont engagés à mobiliser 0,7% de revenu national brut dans l'aide aux pays à faible revenus. 0,7% de richesse, ça ne représente pas grand-chose. Et pourtant ! Il n'y a que 5 pays dans le monde qui respectent cet engagement. Actuellement, les pays ne fournissent que 0,36%, soit la moitié de ce qu'ils se sont engagés à donner. Si on augmentait l'aide, cela augmenterait la marge d'action budgétaire de de ces pays en matière sociale mais aussi en matière d'investissement pour la transition écologique. 

Propos recueillis par Anne-Françoise de Beaudrap / Mise en page par Sophie DELHALLE

Catégorie : International

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