Escapades d’été: Cluny au cœur du Condroz


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Escapades d’été: Cluny au cœur du Condroz
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
3 min

Ce ne sont plus tout-à-fait les plaines de Hesbaye et ce ne sont pas encore les grandes forêts d'Ardenne, c'est le Condroz. Une région faite de prairies, de haies et de bosquets, de vallons et de collines. Qui pourrait croire que dans ce paysage champêtre, au XIe siècle, le petit village de Saint-Séverin a pris son essor grâce à l'abbaye de Cluny en Bourgogne?

Lorsque l'on compare le clocher de l'abbaye bénédictine de Cluny à celui du prieuré de Saint-Séverin, la ressemblance saute aux yeux. Ces deux-là ont été construits de la même manière. Effectivement, au début du XIe siècle, des moines clunisiens sont venus bâtir un prieuré sur des terres condrusiennes, léguées en 1091, par le comte Gislebert et les siens. Dans la première moitié du XIIe siècle, ils s'attelèrent à la construction de l'église qu'ils dédièrent à leurs saints patrons Pierre et Paul. Les bénédictins français resteront à Saint-Séverin un peu plus de quatre cents ans.

Au Moyen Âge étaient Cluny… et Saint-Séverin
L'abbaye bourguignonne de Cluny, à une vingtaine de kilomètres de Mâcon, symbolise le renouveau monastique en Occident. Commencée au Xe siècle et achevée trois cents ans plus tard, elle fut un foyer de réforme de la règle bénédictine et un centre intellectuel et culturel de premier ordre. Au Moyen Âge, tous les regards se tournent vers Cluny. L'abbaye prospère et essaime en Allemagne, en Suisse, en Italie, etc. Entre 1049 et 1109, le nombre de monastères clunisiens avoisinait les seize cents et les moines qui y vivaient dépassaient les dix mille. Aucune raison, par conséquent, de s'étonner du choix de Gislebert de Clermont, notre comte condrusien.
Si la collaboration entre clunisiens et condrusiens fut efficace durant quatre cents, rien ne va plus à présent. Difficultés de gestion, d'entretien ou de recrutement? Désintéressement de Cluny? Abandon du prieuré par les religieux? Qui sait? Quoi qu'il en soit, au XVIe siècle, la communauté monastique quitte Saint-Séverin qui devient propriété personnelle du prince-évêque de Liège, Érard de la Marck (1505-1538). Celui-ci fait restaurer l'église et fait construire, en lieu et place du prieuré, l'actuel presbytère. C'en est donc fini de la présence clunisienne à Saint-Séverin. Reste ce magnifique site classé, riche d'une église romane et de ses trois absides, d'un presbytère et d'un vieux cimetière, d'un étang où s'ébattaient jusqu'il y a peu un couple de cygnes et sa progéniture. Un tableau plein de charme et de poésie. En tendant l'oreille, on pourrait presqu'entendre les chants et les prières des moines…

La beauté intérieure
Aussi beau dedans que dehors! Lorsque le visiteur franchit la porte de l'église des saints Pierre et Paul, il est tout de suite imprégné de l'art roman. Pierres brutes de grès, fenêtres plein-cintre, simplicité, voire ascétisme, du lieu. L'église de Saint-Séverin se distingue pourtant des autres édifices romans du pays par un certain nombre de particularités, telles que l'alternance de piliers et de colonnes, l'entrée occidentale ou les colonnettes juchées sur les piliers. Serait-ce là la touche personnelle d'un moine-bâtisseur de Cluny alliant style bourguignon et style mosan?
Mais le vrai trésor de cette église, aux côtés des pierres tombales et du vieux Christ, ce sont ses fonts baptismaux datant du XIIe siècle. De couleur noire grisâtre, ils sont remarquables et aussi intéressants que ceux de Saint-Barthélemy à Liège ou de l'église Notre-Dame à Furnaux. La cuve baptismale est rare en son genre: carrée, supportée par douze colonnettes, les faces ornées d'animaux et les angles de têtes d'inspiration syrienne. Quelle signification donner à ces sculptures? Les motivations de l'artiste restent mystérieuses, mais continuent à attiser la curiosité des visiteurs.
Tous ceux qui aiment ce qui est dépouillé, simple et vrai, seront séduits par le site de Saint-Séverin-en-Condroz. Aujourd'hui étape sur la route qui mène à Saint-Jacques de Compostelle, le prieuré aurait besoin cependant d'être repensé et rendu à sa destination première de pôle spirituel. Gageons que les forces vives de Saint-Séverin puissent s'unir en communauté, accueillante et fraternelle, pour faire revivre cet ensemble harmonieux, témoin d'un passé monastique hors du commun.
Sylviane BIGARÉ

Catégorie : Culture

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