Ce lundi 30 janvier, la Commission d'Etude mise en place par L'Arche Internationale a remis son rapport. Elle permet de mieux comprendre les relations abusives dans lesquelles Jean Vanier était engagé. Epargnée par le rapport, L'Arche entend bien poursuivre sa mission.

Fallait-il aller aussi loin? Jean-Benoît Hoet, responsable de L'Arche en Belgique francophone, n'en était pas convaincu au départ. Mais avec le recul, il pense que oui. "Il était important de ne rien cacher, de comprendre en profondeur ce qui s'était passé, de voir aussi que personne, au sein de L'Arche, n'était mêlé – ce qui aura d'ailleurs sans doute permis son développement. Sans vouloir jouer les donneurs de leçons, je pense qu'il y a peut-être un caractère exemplatif dans notre démarche…"
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25 femmes auraient été victimes d'agissements sexuels
Ce sont donc 900 pages qui ont été rendues publiques ce lundi. Le fruit d'une longue étude pluridisciplinaire, financée et voulue par la Communauté de L'Arche. Trois ans après les premières révélations entourant Jean Vanier, ce texte donne une idée plus exacte de l'ampleur des méfaits du fondateur.
Ainsi, alors qu'il était au départ question de six femmes abusées, il s'avère à présent que pas moins de 25 femmes ont vécu, à un moment de leur relation avec Jean Vanier, "une situation impliquant un acte sexuel ou un geste intime". Précision: la totalité de ces femmes ne se présentent pas comme victimes, certaines se considérant plutôt comme "des partenaires consentantes d'une relation transgressive". "Dans leur diversité, ces relations, parfois concomitantes, s'inscrivent toutes dans un continuum de confusion, d'emprise et d'abus", relève la communauté.

Mais si l'étude permet de mesurer l'ampleur des abus, elle vient aussi la circonscrire. En effet, les relations abusives sont clairement nées dans un même cadre: celui d'un noyau sectaire, complètement déviant, qui s'est constitué autour du père dominicain Thomas Philippe et de son fils spirituel Jean Vanier.
L'Arche parviendra à échapper à ces dérives, notamment grâce à l'arrivée de personnes provenant d'autres horizons et à la mise en place de dispositifs médico-sociaux. L'étude apporte aussi la confirmation qu'aucune personne porteuse de handicap n'aurait été victime de Jean Vanier.
L'Arche entend bien poursuivre sa mission
Si l'étude dénonce les pratiques d'un groupe sectaire, elle épargne donc la communauté de L'Arche en tant que telle. Elle pointe toutefois "l'absence de dispositif fiable pour recueillir la parole des victimes", ainsi que, plus largement, "les manques ou les erreurs de l'institution ecclésiale". Cette semaine, L'Arche "condamne, à nouveau, sans réserve, les agissements de son fondateur et de Thomas Philippe". Humblement, elle reconnaît aussi "sa responsabilité de n'avoir su ni prévenir ces abus, ni les repérer, ni les signaler, et par conséquence, ni les faire cesser."
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Jean-Benoît Hoet, qui se dit "rassuré" par les conclusions de l'enquête, se réjouit surtout de pouvoir poursuivre sa mission. "Ce n'est évidemment pas pour Jean Vanier que je suis venu ici mais pour ce qui s'y vit, et qui m'émerveille. Malgré sa face sombre, il faut reconnaître que cet homme a eu une intuition lumineuse. A une époque où les personnes handicapées étaient massivement parquées dans des institutions, il a créé des petites communautés d'accueil, dans un esprit d'inclusion et d'ouverture, avec un encadrement professionnel et une place pour la spiritualité. Des lieux où l'on prend soin les uns des autres. Aujourd'hui, ce qui est fondamental, c'est de poursuivre cela."
Vincent DELCORPS
