Va-t-on aboutir à une solution en Syrie ? C’est l’espoir très mince après les déclarations du médiateur de l'ONU, Kofi Annan, qui a annoncé avoir trouvé un accord avec le président syrien Bachar Al-Assad sur une "approche" de sortie de crise qui sera proposée aux rebelles. En attendant, les bombardements ont fait encore une centaine de morts, ces derniers jours.
L’émissaire international Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU, a annoncé ce lundi 9 juillet être tombé d'accord avec le président Bachar Al-Assad sur une "approche" qu'il soumettra aux rebelles en vue de mettre fin aux combats entre la rébellion et le pouvoir de Damas. Deux jours plus tôt, M. Annan avait pourtant reconnu l’échec de son plan de sortie de crise en six points, d’où les réserves de la communauté internationale par rapport à cette annonce. Le médiateur n'a pas détaillé le contenu de ce nouvel accord, tout en précisant qu'il sera soumis aux rebelles engagés dans de violents combats avec l'armée à travers le pays. Le quotidien syrien proche du pouvoir, al-Watan, a dévoilé néanmoins que les discussions entre les deux hommes portent sur le moyen de mettre en œuvre l'idée de transition politique suggérée par Kofi Annan lui même, et approuvée par le Groupe d'action sur la Syrie à Genève le 30 juin.
Pilonnage sur les bastions rebelles
Bref, si l’espoir est réel, quoique mince, la situation sur place n’évolue guère. Plusieurs quartiers de Homs et de la ville rebelle de Qousseir, dans le centre du pays, ont encore été bombardés par l'armée syrienne et l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a également fait état de combats à l'aube à Damas. Au total, au moins 31 personnes - 16 civils, 11 soldats et quatre rebelles - ont été tuées lundi dans les violences à travers le pays, selon l'OSDH, organisation basée au Royaume-Uni qui s'appuie sur un réseau de militants et de témoins.
Qousseir, bastion rebelle que l'armée tente sans relâche de reprendre depuis trois mois, subissait depuis l'aube un pilonnage à l'artillerie. Le correspondant de l'AFP a rencontré une famille dont plusieurs membres, dont un enfant de 13 ans, avaient été blessés par un obus de mortier tombé à 10 mètres d'eux. L'enfant, victime d'une profonde blessure au crâne, avait la chemise maculée de sang. Sa mère a été plus grièvement touchée au bras.
A Homs, le quartier de Khaldiyé a été bombardé pendant plusieurs heures dans la matinée, tandis que des combats ont opposé des rebelles et les forces gouvernementales qui tentaient de lancer un assaut sur le quartier, a encore indiqué l'OSDH.
300 combattants déposent les armes
Mais si les combats n’ont pas cessé, des initiatives civiles visant à ramener la paix, semblent « faire mouche ». Ainsi, plus de 300 combattants des différentes factions armées de l’opposition syrienne à Homs ont accepté de déposer les armes, de se placer sous la protection du Comité populaire interreligieux Mussalaha et de continuer une « opposition politique non armée ». Tel est le résultat d’un accord historique promu par le mouvement Mussalaha (Réconciliation) né spontanément au sein de la société civile syrienne qui jouit de la confiance de toutes les parties en cause, de familles, de clans, de communautés diverses, de secteurs du gouvernement et de l’opposition armée. Les quelques 300 combattants sont pour la plupart des jeunes qui se trouvaient barricadés dans les différentes ruelles de la vieille ville d’Homs et leurs alentours. Dans l’ensemble, on estime que les combattants armés se trouvant à l’intérieur de la vieille ville seraient plus de 1.000.
Le Comité Mussalaha d’Homs, qui comprend le Père Michel Naaman, prêtre syro-catholique, des responsables religieux musulmans et différents responsables de la société civile ainsi que des représentants de communautés, après un long effort de médiation, est parvenu à ce résultat considéré comme impensable jusqu’à hier. « Les 300 jeunes prêts à déposer les armes sont des jeunes et des adolescents qui avaient décidé de combattre subjugués par l’esprit et les idéaux de la révolution. Parmi eux se trouvent des parents, des enfants, des amis de personnes faisant partie de Mussalaha et ceci a grandement facilité le dialogue et l’accord. Ce sont les enfants du peuple syrien » remarque le prêtre d’Homs. Les jeunes ont reçu des garanties de la part de l’armée syrienne, qui a affirmé qu’une fois déposées les armes, ils seront libres et pourront continuer à mener « une opposition politique non violente ». Le comité Mussalaha se portera garant de leur salut et de leur liberté, dans une atmosphère qui veut encourager la confrontation, le dialogue et la réconciliation. Il n’est pas exclu, remarquent les responsables de Mussalaha, que de nombreux autres combattants suivent cet exemple et se placent sous la protection du Comité de réconciliation.
Combats à Damas ?
L'OSDH a également fait état de combats à l'aube à Damas, en particulier dans le quartier central des Abbassides, ainsi qu'à Deir Ezzor (est) et à Alep (nord), et de bombardements de plusieurs villes de la région de Damas. Des combats auraient également éclatés à la frontière avec la Jordanie dans la province de Deraa (sud). La veille, les violences avaient encore fait une centaine de morts, selon l'OSDH.
Rappelons toutefois que, dans ce conflit, il est impossible d'obtenir un bilan réel de source indépendante depuis que l'ONU a cessé fin 2011 de comptabiliser les victimes du conflit syrien.
JJD (avec La Croix et Fides)

