Au collège Saint-Martin, à Seraing, des équipes pédagogiques accompagnent des jeunes aux parcours difficiles. Le réalisateur belge Thierry Michel les a filmées pour son dernier documentaire: L’école de l’impossible.

Zelia, Jérémie, Vanessa se rendent à l’école, avec des mines plus ou moins réjouies. Ce sont des adolescents comme les autres. En apparence, du moins. Ces visages juvéniles cachent en effet des blessures. Ils ont vécu des choses que certains ne vivront jamais et sont marqués à vie par ces épreuves. Jérémie confie ainsi avoir été élevé par sa marraine parce que sa maman ne l’aimait pas. Michaël explique comment il a fini en prison et les difficultés qu’il éprouve depuis pour se réinsérer. D’autres donnent peu de détails mais on comprend qu’ils ont eu un parcours chaotique. Leur scolarité en a donc souffert. Expulsés à de nombreuses reprises, en décrochage scolaire ou simplement trop abîmés pour se concentrer sur leur travail, ils ont atterri au collège Saint-Martin à Seraing, en province de Liège. Encadrés par des équipes pédagogiques, ils tentent d’apprendre et de se construire un futur plus rose.
Le cinéaste Thierry Michel s’est immergé pendant deux ans dans ce "collège de la dernière chance". Il a suivi pas à pas ces jeunes, leurs enseignants, leurs éducateurs et le directeur. On assiste ainsi aux cours souvent chahutés. On capte une conversation dans la cour de l’école, des regards, des instants de vie. On sent bien sûr la détresse, la colère de ces jeunes à qui la vie n’a pas fait de cadeau. Ils se rebellent souvent contre l’autorité, mais on sent une volonté farouche chez certains de se remettre en route.
Un autre visage des quartiers défavorisés
Ces images sont entrecoupées d’entretiens avec les jeunes. Face caméra, ils racontent leur parcours, se confient sur leurs peurs, leurs difficultés, leurs états d’âme. En filmant ces adolescents cabossés, Thierry Michel montre l’importance de l’éducation. Comme le dit le pédagogue Philippe Meirieu, cité dans le film, "la pédagogie est un sport de combat contre la fatalité et l’injustice".
L’école de l’impossible dévoile une autre facette des écoles dites "à problèmes". On voit en effet souvent les jeunes qui les fréquentent comme des trouble-fêtes, des enfants mal élevés, voire des menaces. Le documentaire de Thierry Michel nous montre qu’il s’agit en réalité de jeunes qui ont besoin d’être accompagnés. Des ados qui ont commis des erreurs parce qu’ils n’ont pas grandi dans un terrain propice à l’épanouissement mais qui ont droit à une deuxième chance.
Le film souligne l’importance de l’accompagnement, un lien essentiel. Il se penche aussi sur les professeurs et le bienveillant directeur. Souvent malmenés, ils tiennent bon, parviennent à imposer leur autorité sans briser encore plus ces jeunes. Une main de fer dans un gant de velours, dit-on. Ils offrent un modèle, sans se départir de leurs failles humaines.
Tout au long de cette immersion, on assiste donc à des moments de crise. Il y a des hauts et des bas. Des conseils de classe houleux, des insultes qui se perdent. Mais on ressent toujours une énergie positive. Les caractères des profs comme des élèves donnent de la vie à cette école pas comme les autres. Leurs réflexions et remarques prêtent d’ailleurs parfois à sourire. Un bel exemple de résilience.
Elise LENAERTS
