Disponible sur Netflix, Leur souffle de Cécile Besnault et Ivan Marchika s’immerge dans le quotidien des sœurs de l’abbaye bénédictine de Jouques, près d’Aix-en-Provence.

Des chants résonnent sur une note d’intention de la réalisatrice. Elle invite à écouter, à se plonger dans son long-métrage. Un documentaire, qui pénètre dans une abbaye bénédictine du sud de la France. On commence le voyage dans une église, toujours accompagnés des chants. Sœur Bénédicte est sur le point de faire ses vœux perpétuels. Elle s’apprête à quitter sa famille, ses proches, pour vivre cloîtrée dans cette abbaye surplombant la vallée de la Durance, à Jouques. La caméra l’accompagne, capture l’image de la fermeture des lourdes portes de l’abbaye sur le monde profane. Puis elle entre dans le quotidien des sœurs.
Réalisé par Ivan Marchika et Cécile Besnault, Leur souffle nous propose donc de découvrir la vie de cette communauté. Le film s’invite dans leurs gestes, leurs prières, saisit des instants de réflexion, des regards, des sourires et des mines plus fermées. Mais il n’est jamais intrusif ou voyeuriste. La caméra se fait discrète, renforçant l’impression de faire partie de ce monde. Elle nous laisse le temps de nous imprégner de l’ambiance, entrecoupant les plans de la vie dans l’abbaye des paysages de la magnifique région où elle est implantée. Leur souffle est un documentaire contemplatif. Ivan Marchika et Cécile Besnault n’interviewent pas les sœurs, ils les filment simplement, ne se préoccupant pas d’une histoire nette et précise.
Des tableaux accompagnés de chants
On assiste ainsi à la préparation des repas, aux travaux du potager et des vignes, à la réparation du tracteur, aux moments de prière, de sculpture du bois ou encore à une amusante scène durant laquelle les sœurs jouent à la balle aux prisonniers. Une succession d’images, de plans fixes, très souvent bercés par les chants. C’est l’autre force de ce documentaire. Il joue sur le son, nous laissant entendre un crissement de plancher, ou le silence dans lequel se plongent souvent les sœurs. Il y a donc un côté extrêmement apaisant. Le rythme est très lent, comme pour nous inviter, de l’autre côté de l’écran, à la méditation. Une volonté très claire des deux réalisateurs. "L’ennui est construit pour nous ouvrir à une autre perception et nous permettre d’apercevoir des choses qu’on ne verrait jamais autrement", avance ainsi Ivan Marchika. Lui n’est pas croyant. Il a justement été abordé pour cette raison par l’initiatrice du projet, la coréalisatrice Cécile Besnault. Marquée par son passage dans l’abbaye Notre-Dame de Fidélité en 2014, elle a changé de voie et s’est engagée dans les ordres, devenant religieuse cloîtrée carmélite. Elle désirait donc avoir un regard extérieur lors du tournage du film.
On ressent cette envie d’ouverture. Leur souffle s’adresse évidemment à ceux qui ont la foi. Mais il n’exclut pas les autres. Il se glisse dans la vie d’une communauté humaine avec douceur et poésie. Les visages sont lumineux, comme le cadre, cette Provence où chantent les cigales. Les plans fixes nous introduisent dans une peinture de Cézanne. Du lever au coucher du soleil, le calme et l’harmonie règnent.
Elise LENAERTS
