Dans un long entretien accordé ce 11 juillet à la télévision mexicaine, le pape François a réaffirmé qu'il n'avait pas l'intention de démissionner, du moins à court terme. Le souverain pontife a également pris le temps de revenir sur des sujets d'actualité brûlants, évoquant tantôt ses colères, tantôt ses espérances.

François a accordé lundi soir pas moins de deux heures d'interview à deux journalistes mexicaines de Televisa Univision, une chaîne de télévision populaire d'Amérique latine. L'occasion pour le Saint-Père de livrer une grande partie de ses confidences et balayer en long et en large l'actualité du moment. D'abord la sienne : son état de santé, les rumeurs de démission, son futur, ... Ensuite évoquer les sujets de société qui nous entourent et, dans certains cas, nous impactent directement : les abus dans l'Eglise, la guerre en Ukraine et, bien entendu, la révocation du droit à l'IVG aux Etats-Unis. Découvrez ci-dessous un résumé point par point de l'interview télévisée du pape.
Sur les rumeurs de renonciation
"Pour le moment, je n'ai pas l'impression que le Seigneur me demande de renoncer à ma charge", répond d'emblée François. "Si un jour je sens qu'Il m'en fait la demande, alors oui je le considérerais". Si le pape de 85 ans - l'âge qu'avait Benoit XVI lors de sa renonciation - met ainsi un terme aux rumeurs de plus en plus prégnantes à Rome sur une prochaine démission, il aborde néanmoins sans détours ses soucis de santé et ses récentes difficultés à se déplacer. "Je me sens très limité", reconnait François en évoquant sa douleur au genou qui l'a notamment empêché de se rendre en République Démocratique du Congo. "Je n'avais pas la force de m'y rendre," confie-t-il. Heureusement, depuis lors, la situation n'a fait que s'améliorer : "Aujourd'hui, vingt jours sont passés, et il y a du progrès".

Sur sa relation avec Benoit XVI
"Jusqu'à maintenant, je n'ai jamais pensé à renoncer. Mais l'exemple que Benoit XVI nous a donné est si grand que si je vois que je ne peux plus, que je souffre ou que je suis une gêne, j'espère obtenir de l'aide pour m'aider à prendre ma retraite", poursuit le Saint Père. Il en profite pour réaffirmer toute l'estime qu'il porte au pape émérite Benoit, un "homme discret [...] qui soutient l'Eglise par sa bonté et ses prières". Et de souligner la joie qu'il ressent à chaque fois qu'il visite Benoit XVI au Monastère Mater Ecclesiae.
Sur son futur à long terme
Le Souverain pontife confie avoir pensé, lors de sa nomination, que son pontificat à venir serait bref. Pourtant, plus de neuf ans se sont écoulés sans qu'il s'en soit rendu compte. S'il lui venait à démissionner, François renoncerait à se faire appeler "pape émérite", préférant être considéré comme un simple "évêque émérite de Rome". "Après avoir démissionné, j'aimerais consacrer mes heures à la confession des fidèles et la visite des malades", indique François, excluant à priori de rentrer dans son Argentine natale.
Sur le droit à avortement
Le pape condamne une nouvelle fois l'avortement, affirmant que "les données scientifiques prouvent qu'un mois après la conception, l'ADN du foetus est déjà présent et les organes sont en place". "Est-il juste d'éliminer une vie humaine ?", demande-t-il. Au regard de ce qu'il se passe aux Etats-Unis, suite à la décision de la Cour Suprême de révoquer le droit à l'IVG, François regrette la polarisation du débat qui règne dans le pays. Il demande que les pasteurs prennent en compte la dimension pastorale tout en évitant de créer des problèmes politiques.

Cela dit, le souverain pontife déclare publiquement prendre ses distances avec le président américain Joe Biden, qui se revendique à la fois pro-IVG et catholique pratiquant. "Qu'il parle à son pasteur de cette incohérence", déclare-t-il. Une des deux intervieweuses en profite pour élargir le débat : un homme d'État catholique qui dans le même temps soutient le droit à l'avortement doit-il encore recevoir les sacrements ? "Je laisse cette question à sa propre conscience" répond le pape. "Qu'il parle de cette ambivalence avec son évêque ou son prêtre".
Sur la guerre en Ukraine

Le pape François revient sur ses liens avec Cyrille, le patriarche de Moscou, avec qui une deuxième rencontre était en préparation, après celle de Cuba en février 2016. "Il m'avait proposé la Syrie pour se voir", révèle le pape François, qui a refusé cette offre et proposé en lieu et place soit la Jordanie, Jérusalem ou le Liban. "Cyrille a choisi Jérusalem et son monastère orthodoxe". La rencontre, prévue initialement le 14 juin, a cependant été reportée ultérieurement à cause de la guerre.
Sans trop aborder les enjeux religieux et géopolitiques liés à la guerre en Ukraine, le pape a néanmoins paru regretter le changement de ministre des Affaires étrangères du Patriarcat de Moscou. En effet, le 7 juin dernier, le métropolite Hilarion, avec qui le Vatican entretenait des relations régulières, a été évincé de son poste aux affaires extérieures pour devenir métropolite de Hongrie.
Si la bonne relation du pape François avec l'ambassadeur russe au Vatican et sa visite à l'ambassade de Russie le 25 février, au lendemain de l'offensive russe, ont fait grincer des dents, le Saint Père assure que cela rentre dans une logique de vouloir maintenir le plus de contacts possibles tant avec la Russie qu'avec l'Ukraine et ce, afin d'ouvrir des pistes concrètes pour la paix. Plus loin, il a assumé militer pour le désarmement, déplorant que "l'humanité continue à fabriquer des armes". Parmi elles, des armes nucléaires "dont l'utilisation et la possession sont profondément immorales". "Nous ne pouvons pas jouer avec la mort comme cela, à portée de main" a-t-il conclu.
Je n'irai pas à Kiev si je ne peux également me rendre à Moscou, que ce soit avant ou après.
Pape François, 11 juillet 2022
Sur les abus de l'Eglise
Le Pape, qui a également évoqué les attentes du prochain voyage au Canada sous le signe du pardon pour le mal commis dans le passé, s'est enfin attardé sur le drame des féminicides, les nouvelles formes d'esclavage et en particulier le fléau de la pédophilie dans l'Eglise. François a rappelé l'impact que les scandales ont eu aux Etats-Unis, citant notamment le rapport Pennsylvania. "La marmite a été découverte", a-t-il reconnu, "aujourd'hui l'Église est de plus en plus consciente" des abus sexuels, un crime monstrueux. L'Église, a-t-il réaffirmé avec force, a la "volonté d'aller de l'avant" et de ne plus être "complice" de ces crimes.
Le pape qui, à quelques jours d'un voyage officiel au canada (du 24 au 30 juillet prochains), a dénoncé comme "diabolique" la tentative d’imposer à un peuple une autre culture au nom d’une soi-disant volonté de le "civiliser", comme il estime que ce fut le cas dans les pensionnats autochtones du Canada, où cette emprise fut "institutionnalisée".

🇪🇸 Pour les plus hispanophones de nos lecteurs, une vidéo reprenant les meilleurs extraits de l'interview du pape est à retrouver ici.
C.L. (avec La Croix, Cath.ch et Vatican News)
