Le premier dimanche après sa fête, le 6 juillet, une procession de sainte Godelieve sort à Gistel. L’année dernière, cette tradition était interrompue par la pandémie du coronavirus, mais ce dimanche 10 juillet, Gistel s’apprête à revivre à fond sa dévotion populaire pour la sainte flamande.

L’historien de l’art Raoul Maria de Puydt est originaire de Gistel près d’Ostende et cultive sa passion pour la sainte Godelieve. Il y a quelque temps, une retrouvaille lui fut signalée par la conservatrice du Musée Rolin à Autun: quatre panneaux démontés d’un reliquaire du XVe siècle, vendus fin XIXe au major d’armée et collectionneur belge Georges Lambert et revendus à Audenaerde en 1926 et à Paris en 1932, étaient signalés dans le Midi de la France. Une bonne occasion pour Raoul De Puydt et quelques collègues connaisseurs de sainte Godelieve, de publier un ouvrage bilingue et largement illustré sur l’hagiographie et l’iconographie de la patronne de Gistel, avec une préface du cardinal Jozef De Kesel.
Fidèle dans le mariage, jusqu’au bout
"Godelieve", "Godeleine" dans son comté natal de Boulogne, ou "Godeliph" dans la plus ancienne "Vita" rédigée encore au XIe siècle par un moine de Bergues-Saint-Winoc, était la jeune fille d’un couple de nobles à Londefort ("Londesvoorde" en ancien flamand longuement utilisé dans la région). Ses parents lui choisirent comme futur époux le riche seigneur de Gistel, Bertolf. Or, monté par sa mère haineuse contre sa jeune épouse, Bertolf quitte Godelieve le jour même de leurs noces. Après plusieurs autres humiliations, la jeune fille fut étranglée par deux serviteurs et plongée dans un étang où les animaux venaient boire. Mais l’eau de cet étang – ou "puits" dans des versions postérieures de la tradition, d’où l’abbaye de "Ten Putte" à Gistel – paraissait être devenue à même de guérir les gens de paralysie, de maux d’yeux et de gorge.
Le milieu des comtes de Boulogne dans lequel vivait Godelieve, était profondément impliqué dans les luttes politiques et militaires qui culminèrent dans la première Bataille de Cassel (1071). Celle-ci opposa Richilde, régente de deux jeunes fils en Flandre et en Hainaut, à Robert le Frison, comte de Flandre après sa victoire à Cassel. Les seigneurs flamands, tout comme le comte Eustache de Boulogne et sa veuve, la sainte Ida, prenaient la christianisation de leurs territoires fortement à cœur. Dans l’approfondissement de la spiritualité tel que voulu par la réforme du pape Grégoire VII, la fidélité dans le mariage de Godelieve, même dans des circonstances malheureuses, était un exemple dans lequel le peuple de Dieu pouvait se contempler.
Une tradition bien installée

De nos jours, l’Abbaye de "Ten Putte" à Gistel abrite également un musée sur la dévotion pour sainte Godelieve et sur sa procession début juillet, dont la tradition remonte au milieu du XVe siècle. Un très joli retable de fin XVIe, décrit par Hans Gryspeert dans le nouvel ouvrage de Raoul Marie de Puydt et consorts, y est également exposé. Mais surtout la procession du 10 juillet vaut le déplacement à Gistel; ce n’est pas par hasard qu’elle a été reconnue en 2017 comme patrimoine immatériel culturel de Flandre.
Benoit LANNOO
📌 Raoul Maria de Puydt et autres, Godelieve – Godeleine – Godeliph 1070-2020, Halewijn, 2021, 103 pages, 29,95 euros.

