Lettre ouverte aux évêques de Belgique – Ces mots qui marquent nos esprits


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Lettre ouverte aux évêques de Belgique – Ces mots qui marquent nos esprits
Par La rédaction
Publié le
4 min

A l’heure où les chrétiens sont invités à partager leurs avis et leurs souhaits dans le cadre du synode sur la synodalité, voici quelques lignes adressées aux évêques par Philippe Lemaître, "chrétien lambda, souvent hésitant mais convaincu", comme il se définit lui-même. Il y pose la question du choix des mots et des images pour s’adresser au peuple de Dieu.

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On dit de Paris-Match que ce périodique est porté par le choix des mots et le choc des photos.
C’est une évidence, le choix des mots compte dans nos conversations courantes et surtout dans les moments d’exception. C’est encore plus vrai pour vos lettres, vos allocutions ou vos homélies. Lorsque vous vous adressez au peuple de Dieu dont nous sommes, je suis certain que vous pesez attentivement chaque parole. Sans doute est-ce plus vrai encore de ces mots que nous disons et redisons parfois par routine dans le langage courant de nos liturgies, comme "amen", "tout puissant", "ciel", "malin" ou tant d’autres… Que nous le voulions ou non, ces mots marquent nos esprits, ne serait-ce que par leur répétition. Ils marquent aussi ceux qui les entendent moins souvent; je pense à nos enfants et petits-enfants ou à nos amis qui les reçoivent occasionnellement lors d’un mariage ou de funérailles. Ces mots participent à donner du sens à nos célébrations et, partant, à nos vies. Mais à vrai dire, quel sens portent-ils?

Le soin plutôt que la pitié

Je voudrais vous parler ici de deux mots tout simples que nous disons et répétons par habitude mais qui, dans le langage du temps n’ont pas ou n’ont plus le sens qu’ont sans doute voulu leur donner les anciens de la chrétienté. Ainsi…Je propose simplement de remplacer, dans nos textes, dans nos célébrations et dans nos prières, le mot "pitié" par le mot "soin".
Si je demande pitié, je peux m’adresser à un tortionnaire qui me veut du mal ou à quelqu’un à qui j’ai fait du tort et qui veut obtenir réparation voire se venger. A Dieu, à notre Dieu d’amour, nous ne voulons pas demander d’abord qu’Il nous prenne en pitié, comme si nous étions des agonisants ou des coupables. Nous voulons Lui demander de nous aimer, de prendre soin de nous, de s’occuper de nous, et nous le Lui répétons à temps et à contre temps, trois fois s’il le faut: "Seigneur, prends soin de nous!".

Respecter plutôt que craindre

Remplaçons aussi le verbe craindre par le verbe respecter.
Craindre dans notre langage d’aujourd’hui, ça veut dire avoir peur. Au dictionnaire, les synonymes de craindre sont: être épouvanté, être effrayé, appréhender, attendre, avoir peur, défier, déprimer, frémir, honorer. Avons-nous peur de Dieu qui est amour, le trouverions-nous épouvantable? Au contraire, Il nous demande d’être amicalement auprès de Lui, de Lui faire confiance. Les textes fondateurs ou nos prières d’aujourd’hui veulent nous inviter à respecter infiniment notre Dieu, pas à avoir peur de Lui. "Heureux tout homme qui craint l’Eternel, Qui marche dans ses voies!" Ça ne veut pas dire "heureux celui qui a peur de Dieu" mais "heureux celui qui Le respecte et L’admire". Au dictionnaire, les synonymes de respecter sont: admirer, adorer, épargner, célébrer, conserver, considérer, déifier, estimer…

Le lavement des pieds plutôt que le crucifix

Après le choix des mots, revenons à Paris-Match: le choc des photos, des images. Après le soin et le respect, voyons une image puissante qui dit tellement bien ce que Jésus a été et est: l’image du lavement des pieds.
Oui, le Credo dans sa forme courante actuelle s’adresse à Dieu tout puissant. Oui Jésus a souffert sous Ponce Pilate et a été crucifié. Jésus a eu des adversaires et des ennemis. Nos symboles courants mettent cette face de sa vie au tout premier plan, dans nos églises et dans nos textes, en dimension, en nombre et en qualité. On ne compte pas les chefs d’œuvre de la peinture ou de la sculpture qui montrent Jésus crucifié, agonisant. Notre monde a besoin de s’en souvenir. Notre monde a aussi, et surtout en notre temps, besoin de savoir que le message principal de Dieu dans notre vie courante, n’est pas mourrez comme moi, c’est aimez-vous les uns les autres comme moi, comme je vous ai aimés. L’image du lavement des pieds a une puissance magnifique. Nos églises, nos publications, nos œuvres d’art doivent mettre davantage en avant cette magnifique image, ce magnifique geste de Jésus.
Expérience toute simple: j’ai dépendu le crucifix de ma chambre et l’ai remplacé par la reproduction d’un tableau trouvé au hasard sur internet qui montre le lavement des pieds. Je crois que le lancement de ma journée s’en trouve profondément modifié.
Je suis persuadé que les signes que l’Eglise peut ainsi faire rayonner dans le monde des chrétiens au quotidien, des chrétiens occasionnels et des non-chrétiens un message rassembleur, dix, mille, cent-mille fois plus appelant et plus vrai. Et que le message que répandront la pastorale, les pasteurs, les diocèses… sera mille fois plus positivement engageant et plus convaincant. Dans chaque assemblée, dans chaque message, dans chaque lieu.
Avec un infini respect (mais sans crainte), et confiant dans vos bons soins (non pas dans votre pitié).

Catégorie : Eglise Belgique

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