Alors que le rôle de l’Eglise est en déclin en France, l’attachement déclaré aux valeurs chrétiennes n’a jamais été aussi tonitruant dans une campagne électorale. Surtout à droite.

J’ai le sentiment que nos élites politiques ne sont plus sensibles à la parole de l’Eglise", témoigne le père Olivier de la paroisse Saint-Jean de Montmartre. "Mais peut-on reprocher aux gens de ne pas être ce que nous n’avons pas su transmettre?", poursuit l’homme trop conscient des faiblesses de l’Eglise aujourd’hui. Ce constat d’indifférence des gouvernants actuels de la France n’est pas surprenant: il succède naturellement au recul des croyances et des pratiques qui sont en déclin depuis plus d’un siècle. "Il est triste de constater que l’Eglise n’est au cœur du débat public qu’à l’occasion des scandales pédophiles", commente le prêtre d’une paroisse voisine. "La parole de l’Evangile n’intéresse presque personne", poursuit-il, en se demandant combien de temps la culture chrétienne pourra survivre sans la foi, les pratiques et les comportements qui l’ont engendrée.
Racines chrétiennes versus menaces islamistes
Cette question, essentielle pour la survie du christianisme, n’empêche pas un paradoxe: à l’heure du déclin du rôle de l’Eglise en France, l’attachement déclaré aux valeurs chrétiennes n’a jamais été aussi tonitruant dans une campagne électorale. Tout se passe comme si le constat d’une Eglise moribonde étant fait, les candidats se bousculaient désormais pour se revêtir de sa dépouille. Parmi eux, le candidat de Reconquête, Eric Zemmour, qui ne cesse d’exalter l’identité chrétienne de la France et d’attirer un électorat conservateur en quête d’un chef de file, ralliant quelques noms du monde politico-médiatique, tels Jean-Frédéric Poisson, dirigeant de VIA - la voie du peuple (ex-Parti chrétien-démocrate) ou encore l’essayiste Patrick Buisson. Cet attachement proclamé aux racines chrétiennes de la France fait également partie du message de Marine Le Pen, candidate du Rassemblement National, même s’il se focalise davantage sur le contrôle des flux migratoires que l’affirmation d’une identité chrétienne. Dans les rangs de la droite, la candidate des Républicains, Valérie Pécresse, issue de la bourgeoisie catholique, a elle aussi fait son "coming out": en se rendant en Arménie, elle a voulu marquer sa solidarité avec les chrétiens d’Orient, affichant ainsi son attachement aux droits des minorités, thème nettement plus consensuel que la défense d’une identité chrétienne face à la menace islamiste dénoncée par Eric Zemmour. Du côté de la majorité présidentielle, les références au christianisme sont plus "intellectuelles". Depuis le début de son mandat, le président de la République Emmanuel Macron a évoqué, à plusieurs reprises, le besoin de sacré et de transcendance qui habite l’homme, tout en rappelant la nécessité d’une laïcité qui, seule, rend possible la cohabitation "de la rationalité et de la spiritualité". Notons qu’aucun candidat ne remet en cause le principe de la laïcité.
Laurence D’HONDT
