Cinéma – La course ou la vie


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Cinéma – La course ou la vie
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
3 min

A plein temps fait le récit du quotidien d’une mère célibataire, prise dans l’étau d’une vie menée à toute vitesse. Un film intense et juste.

Dès le réveil, plusieurs heures avant le lever du soleil, Julie entame sa course quotidienne. Elle fonce réveiller ses deux jeunes enfants, les habille, leur fait prendre un rapide petit-déjeuner et les emmène chez une voisine qui les conduira à l’école. Julie, elle, court à la gare direction Paris où elle travaille dans un palace, comme cheffe d’une équipe de femmes de ménage. Elle pourrait vivre dans la capitale, mais elle a choisi le calme de la campagne, pour le bien-être de ses enfants qu’elle ne veut pas élever dans une cage à poules.
Ce jour-là, comme tant d’autres, Julie doit prendre son mal en patience car les trains circulent de façon sporadique. Ce sont les aléas des grèves. Elle arrive donc régulièrement en retard, ce qui commence à agacer sa supérieure. Pourtant, Julie garde la tête haute, portée par l’espoir d’un nouveau travail qui corresponde mieux à ses qualifications. Elle est en effet diplômée d’une école de commerce mais a mis sa carrière entre parenthèses pour s’occuper de ses enfants. Aujourd’hui divorcée, elle a besoin d’un travail mais éprouve énormément de difficultés à faire comprendre aux recruteurs ce vide sur son CV. Elle ne peut donc manquer sous aucun prétexte l’entretien d’embauche qu’elle est parvenue à décrocher. Mais là encore, les transports parisiens ne vont pas l’aider…
Nous sommes tous Julie
La journée effrénée de Julie ressemble certainement à celle de beaucoup de mères célibataires. Avec des revenus très modestes, elles assument seules la plupart des frais liés aux enfants, leur éducation et leurs loisirs. Comme un grand nombre de personnes, elles sont obligées de faire des trajets éreintants, au détriment de leur santé. Elles se sacrifient pour pouvoir offrir un cadeau d’anniversaire digne de ce nom à leur petit garçon et se voient refuser l’accès aux professions les plus enviables.
A plein temps transmet avec beaucoup de réalisme l’intensité de la vie de Julie. Comme elle, nous sommes constamment en apnée, espérant une accalmie dans cette litanie de grèves, d’embouteillages, de trains manqués et de réprimandes professionnelles. Plus généralement, A plein temps nous met face à la vitesse imposée par nos sociétés de plus en plus compétitives. Il faut tout faire rapidement, au risque de passer pour un faible. Julie n’a pas le temps de partager avec ses enfants, pas le temps de se reposer, pas le temps de vivre. Ce film questionne donc nos modes de vie, nous invitant à ralentir, à prendre le temps de se ressourcer. Mais il montre que nous ne sommes pas tous égaux. L’argent reste indispensable pour pouvoir se permettre ces instants de répit. Les professions les plus précaires doivent suivre le rythme, subir la pression pour faire partie du jeu.
Ce constat peut paraître morose. Mais le film montre aussi que cette situation n’est pas une fatalité, qu’il est possible de s’en sortir. On peut pour cela remercier l’énergie de l’actrice Laure Calamy, récompensée par le prix d’interprétation à la Mostra de Venise, qui porte ce long-métrage intense et juste.

Elise LENAERTS

Catégorie : Culture

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