Cinéma – Des héroïnes modernes


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Cinéma – Des héroïnes modernes
© Christine Tamalet
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
3 min

L’adaptation du récit immersif "Le quai de Ouistreham" de Florence Aubenas s’approche au plus près des travailleuses du secteur de la propreté.

© Christine Tamalet

On ne les voit pas. Ils arrivent à l’aube et ils sont partis avant qu’on ait bu notre première tasse de café. Pourtant, quand ils ne sont pas là, on le remarque. Le personnel d’entretien fait partie des invisibles de la société dont le travail n’est pas valorisé. Pour mieux comprendre et dénoncer leurs difficiles conditions de travail, la journaliste Florence Aubenas s’est immiscée dans leur quotidien. Pendant des mois, elle s’est fait passer pour l’une des leurs, se levant au milieu de la nuit, parcourant parfois des kilomètres pour nettoyer des toilettes saccagées. Elle raconte son enquête immersive dans un livre, Le quai de Ouistreham, paru en 2010.
Touchée par ce témoignage qui donne un visage à ces invisibles, l’actrice Juliette Binoche a insisté pour que le livre soit adapté au cinéma. Après moult discussions entre les deux femmes, c’est l’écrivain et réalisateur Emmanuel Carrère qui a été choisi. Habitué au genre documentaire, l’auteur de La moustache, a choisi de transposer le récit en fiction. Mais il teinte celle-ci de réalisme. Hormis Juliette Binoche qui incarne Marianne, alter ego de Florence Aubenas, la plupart des comédiennes sont amatrices. Elles travaillent toutes dans le secteur de la propreté et apportent leur vécu à des rôles de composition.

Une fiction réaliste

Celles et ceux qui ont lu le livre verront donc des différences entre les deux histoires. Le film, simplement intitulé Ouistreham, suit Marianne, non plus journaliste mais écrivaine. Elle s’installe près de Caen et s’inscrit à Pôle emploi pour trouver un boulot de femme de ménage. Au fil des mois, elle se lie d’amitié avec Christèle et Marilou avec lesquelles elle travaille sur les ferrys qui assurent la liaison avec l’Angleterre depuis le quai de Ouistreham. Emmanuel Carrère a également voulu introduire une réflexion sur le rapport entre l’écrivaine et celles qu’elle observe. Leur amitié est en effet basée sur un mensonge, vécu comme une forme de trahison. De quel droit, en effet, cette intellectuelle nantie se permet-elle une expérience dans le monde de la précarité? Quelle amitié est possible, alors qu’elle retournera dans le confort de son quotidien une fois son reportage terminé?
Ces questions déontologiques viennent enrichir un film très humain qui montre sans condescendance la vie de ces travailleuses de l’ombre. Il aide à se rendre compte de la dureté avec laquelle la société, et donc nous-mêmes, traitons ceux que l’on considère en bas de l’échelle. Ouistreham invite donc à regarder les autres. A une époque où on est vissé sur nos écrans, où on oublie même de saluer nos collègues, il plonge au cœur de l’humain. Ces femmes ne sont jamais misérables. Malgré leurs vies éreintantes, le manque de considération, elles gardent la tête haute. L’entraide est cruciale. Sans cela, elles ne résisteraient pas aux longues journées à nettoyer la saleté des autres.

Elise LENAERTS

Catégorie : Culture

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