C'est sous le signe de l'unité et de la réconciliation que se déroule la visite du pape à Chypre, ces 2 et 3 décembre. Unité entre Chypriotes et migrants, entre catholiques et orthodoxes. Réconciliation près de 50 ans après la partition de l'île. François a souligné l'importance historique mais aussi actuelle de l'île, comme trait d'union entre l'Orient et l'Occident.

C'est un programme chargé qui, comme à chacun de ses voyages apostoliques, occupe les deux jours de visite du pape à l'île de Chypre. Arrivé à l'aéroport de Lanarca ce jeudi 2 décembre, François s'est d'abords rendu à la cathédrale maronite de Nicosie, a capitale, pour y rencontrer les religieuses et les religieux du pays.
Au cours de la cérémonie d'accueil, par le cardinal Béchara Boutros Raï, patriarche de l’Église maronite, le Saint-Père y a invité les fidèles à «cultiver la patience et la fraternité», sur les pas de saint Barnabé, apôtre et évangélisateur de l'île.
Une Eglise qui a su tenir à travers l’épreuve
L’Église latine, présente à Chypre depuis des millénaires, a vu croître dans le temps, en même temps que ses fidèles, l’enthousiasme de la foi. Aujourd’hui, grâce à la présence de beaucoup de frères et de sœurs migrants, elle se présente «comme un peuple “multicolore”, un véritable lieu de rencontre entre différentes ethnies et cultures», a souligné le pape. il a salué tous les catholiques maronites de l’île, et rappelé sa solidarité face à la souffrance de nombreux maronites du Liban. «Je suis très préoccupé par la crise dans laquelle (le Liban) se trouve et je ressens la douleur d’un peuple fatigué et éprouvé par la violence et la souffrance».
François est ensuite revenu sur le parcours de saint Barnabé et de l’actualité de son témoignage pour les chrétiens de Chypre. Saint Barnabé, homme de foi et d’équilibre, a été choisi par l’Église de Jérusalem et considéré comme le plus apte à visiter la communauté d’Antioche. Durant sa mission, «l’explorateur» a fait preuve d’une grande patience au contact de personnes d’horizons, de culture et de sensibilités religieuses variés.
À son image, le Saint-Père a invité toute la communauté catholique de Chypre à cultiver la patience : «Barnabé a surtout la patience de l’accompagnement : il n’écrase pas la foi fragile des nouveaux arrivés par des attitudes rigoureuses, inflexibles, ou par des demandes trop exigeantes quant à l’observance des préceptes. Il les accompagne, les prend par la main, leur parle.» De même, aujourd’hui, «nous avons besoin d’une Eglise patiente. D’une Église qui ne se laisse pas bouleverser ni troubler par les changements, mais qui accueille sereinement la nouveauté et discerne les situations à la lumière de l’Évangile», a insisté l'évêque de Rome.
«Ici à Chypre, il y a beaucoup de sensibilités spirituelles et ecclésiales, des histoires d’origine variées, des rites et des traditions différentes». Mais nous ne devons pas «percevoir la diversité comme une menace pour l’identité, ni nous jalouser ou nous soucier de nos espaces respectifs», a encore ajouté le pape.
Un carrefour entre l’Europe et le Moyen-Orient
Après cette première rencontre, et une autre avec le président Nicos Anastiades, au Palais présidentiel de Nicosie, le Pape François s’est exprimé devant les autorités civiles de la République de Chypre. Il a mis en avant le rôle historique de l’île dans la diffusion du christianisme et le dialogue entre les civilisations qui bordent la mer Méditerranée.
«Je suis venu en pèlerin dans ce pays, petit par la géographie mais grand par l'histoire; une île qui, au fil des siècles, n'a pas isolé les peuples mais les a reliés; une terre qui a la mer pour frontière; un lieu qui forme la porte orientale de l'Europe et la porte occidentale du Moyen-Orient», a souligné François dans son intervention. «C'est ici même où l’Europe et l’Orient se rencontrent que la première grande inculturation de l'Évangile a commencé sur le continent, et il est émouvant pour moi de marcher à mon tour sur les pas des grands missionnaires des origines, en particulier les saints Paul, Barnabé et Marc», a-t-il encore rappelé.
Devant les autorités de l’île, le pape a également évoqué l'épisode douloureux de la partition de l'île, après le conflit de 1974. Le Souverain pontife a déclaré que «la blessure dont souffre le plus cette terre est la terrible lacération subie au cours des dernières décennies. Je pense à la souffrance intérieure de tous ceux qui ne peuvent pas retourner dans leurs maisons ni dans leurs lieux de culte. Je prie pour votre paix, pour la paix de toute l'île, et je la souhaite de toutes mes forces».
Le Pape a enfin rappelé que la Méditerranée est la Mare nostrum, «la mer de tous les peuples qui l’entourent pour être reliés et non divisés. Chypre, carrefour géographique, historique, culturel et religieux, bénéficie de cette position pour mettre en œuvre une action de paix. Qu’elle soit un chantier ouvert pour la paix en Méditerranée», a-t-il exhorté. «Le continent européen a besoin de réconciliation et d'unité, il a besoin de courage et d'élan pour aller de l'avant. Parce que les murs de la peur et les vetos dictés par des intérêts nationalistes ne contribueront pas à sa progression, pas plus que la reprise économique ne garantira à elle seule sa sécurité et sa stabilité», a averti François.
Œcuménisme : ne pas se résigner aux divisions
C'est également sous le signe de l'unité et de la réconciliation que s'est ouverte la deuxième journée de la visite du pape. Rencontrant le Saint-Synode de l’Église orthodoxe chypriote, François a insisté sur les racines communes entre les Églises catholique et orthodoxe, et a renouvelé sa volonté d’approfondir le dialogue œcuménique, en prenant pour modèle, encore une fois, Barnabé qui évangélisa l’île dès le premier siècle après Jésus-Christ.
«Nous descendons de la même ardeur apostolique et un seul chemin nous relie, celui de l’Évangile», a dit le pape. «J'espère sincèrement que nous aurons davantage d'occasions de nous rencontrer, de mieux nous connaître, de briser de nombreux préjugés et d'écouter avec docilité les expériences de foi des uns et des autres. Ce sera pour chacun une exhortation stimulante à mieux faire et à porter ensemble un fruit spirituel de consolation».
Barnabé peut toujours servir d’exemple aujourd’hui pour les deux communautés. Sa vente d’un champ pour en donner l’argent aux apôtres, doit suggérer que, «pour nous revitaliser dans la communion et la mission, nous devons nous aussi avoir le courage de nous dépouiller de ce qui même précieux est terrestre, afin de permettre la plénitude de l'unité», a expliqué le Saint-Père. Il ne faut pas se laisser paralyser par la crainte de s’ouvrir et d’accomplir des gestes audacieux, ne pas se complaire dans cette irréconciliabilité des différences, a-t-il poursuivi. Il faut faire en sorte que la Tradition avec un grand T l’emporte sur les traditions avec un petit t et «laisser derrière nous tout ce qui, même bon, peut compromettre la plénitude de la communion, le primat de la charité et la nécessité de l'unité.»
Se laisser guérir par Jésus
Ce vendredi 3 décembre, le pape a également célébré l'eucharistie au GSP Stadium de Nicosie devant 10.000 fidèles. Dans son homélie, le Pape s’est arrêté sur l’Évangile du jour, tiré du 9e chapitre selon saint Matthieu, dans lequel Jésus rencontre deux aveugles.
«Aller à Jésus pour guérir», cette motivation montre que ces deux aveugles cherchent «dans le Christ ce que les prophètes avaient annoncé, c'est-à-dire les signes de guérison et de compassion de Dieu au milieu de son peuple». Les deux aveugles «font confiance à Jésus et le suivent, en quête de lumière pour leurs yeux».
Ils «perçoivent que, dans l'obscurité de l'histoire, il est la lumière qui éclaire les nuits du cœur et du monde, qui vainc les ténèbres et surmonte tout aveuglement. Nous le savons bien, nous aussi : nous portons dans notre cœur des aveuglements. Comme les deux aveugles, nous sommes aussi des voyageurs, souvent plongés dans les obscurités de la vie».
Chacun doit donc se tourner vers Jésus, car «lui seul libère le cœur du mal. Interrogeons-nous : est-ce que je m'enferme dans les ténèbres de la mélancolie qui tarit les sources de la joie, ou bien est-ce que je vais vers Jésus et lui apporte ma vie ? Est-ce que je suis Jésus, est-ce que je le poursuis, est-ce que je lui crie mes besoins, est-ce que je lui confie mon amertume ? Faisons-le, donnons à Jésus la possibilité de guérir notre cœur», a invité François.
Le Pape a conclu son homélie en invitant les fidèles à invoquer le nom du Seigneur Jésus, car «il passe aussi par les rues de Chypre, il écoute le cri de nos aveuglements, il veut toucher nos yeux et nos cœurs, nous faire venir à la lumière, nous faire renaître, nous relever intérieurement».
Après une prière oecuménique avec les migrants, dans l’église paroissiale de Santa Croce, le pape quittera Chypre en fin d'après-midi pour se rendre en Grèce, deuxième étape de son 25e voyage apostolique.
C.H. Source : Vatican News
