Le pape est arrivé le 23 mars dernier à Guanajuato, dans le centre du Mexique, porteur d'un message de fermeté contre les cartels de la drogue. Ces cinq dernières années, les violences liées au narcotrafic ont fait plus de 50.000 morts dans ce pays d'Amérique latine.
Benoît XVI n'a pas attendu d'être au Mexique pour dénoncer les ravages provoqués par la drogue. Déjà dans l'avion qui l'amenait à León, vendredi 23 mars, il a exhorté les catholiques à faire tout leur possible pour "combattre ce mal destructeur" qui a déjà fait tant de victimes dans ce pays. "Notre grande responsabilité", a-t-il ajouté devant les journalistes qui l'accompagnaient, "c'est d'éduquer les consciences, d'enseigner la responsabilité morale", mais aussi de "démasquer le mal, les fausses promesses, les mensonges, la fraude qui se cachent derrière les drogues".
Le pape n'ignore pas en effet qu'un certain nombre de trafiquants se disent catholiques et assistent régulièrement à la messe. "Ici, les catholiques ne perçoivent pas les incohérences entre leur vie et leur foi", a expliqué Mgr Carlos Aguiar Retes, président de la Conférence des évêques du Mexique, dans les colonnes de "La Croix". "Face à la pauvreté, la tentation est grande d'entrer dans la délinquance, d'autant qu'il est souvent plus facile pour un jeune de trouver une arme qu'une bourse pour étudier."
Durant son séjour, Benoît XVI n'a toutefois pas souhaité poser de geste prophétique fort à l'encontre des cartels de la drogue, se contentant d'insister sur l'éducation des consciences. Le samedi 24 mars, il a malgré tout rencontré des victimes de la guerre contre les narcotrafiquants, parmi lesquelles la sœur d'un étudiant mort d'une balle perdue lors de tirs dans une rue et une personne ayant été longtemps retenue prisonnière par un gang.
L'ombre de la pédophilie
Sa première journée au Mexique a malheureusement été assombrie par de nouvelles accusations selon lesquelles le Vatican et plus particulièrement le pape, alors cardinal Ratzinger, auraient dissimulé pendant des décennies des preuves d'actes pédophiles de la part de l'un des plus célèbres prêtres mexicains, le P. Marcial Maciel, fondateur de la congrégation de la Légion du Christ. Des accusations que le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège a aussitôt démenties, rappelant que Benoît XVI a, au contraire, toujours mené "une politique de transparence" dans ce dossier et qu'il a agi aussitôt après avoir été informé des faits.
Autre polémique et incompréhension d'une partie de l'opinion publique: le fait que le pape n'ait pas rencontré de victimes de prêtres pédophiles durant son séjour. Là aussi, le père Lombardi a tenu à mettre les choses au point. Si rien n'a été entrepris en ce sens, a-t-il précisé, ce n'est pas parce que Benoît XVI y était opposé, mais parce que les épiscopats locaux n'y tenaient pas vraiment, la pédophilie étant encore un sujet largement tabou au Mexique.
Ces polémiques n'ont cependant pas refroidi l'ardeur des catholiques mexicains, qui étaient plus de 300.000 à assister à la messe finale au parc du Bicentenaire de Silao.
Pascal ANDRÉ
(c) photo Kerknet/Sir

