Le gamin a 7 ans. Son truc, c’est les chiffres. Il calcule tout! Un jour, dans la voiture qui le ramène de l’école: "Dis… Elle a quel âge ma grande sœur au ciel?" "Hein?", dit le grand-père, "De quoi tu parles?" "Mais oui! Ma sœur qui est maintenant au ciel, elle a quel âge?"
Depuis tout petit, il l’a entendu, il sait qu’il a une grande sœur qui est morte. Il vit dans une famille où, heureusement, on ne cache pas la mort. Il y a quelques photos de sa grande sœur aux murs de la maison. Elle est brusquement décédée à l’âge de quatre mois et demi. Mais c’était bien avant la naissance du gamin. Donc, dans son imaginaire, elle a continué à grandir… au ciel. Elle est sa grande sœur, sans doute semblable à son autre grande sœur avec qui il vit chaque jour.
Représentations
Les humains en général, les enfants en particulier, se font des représentations de celles et ceux qui sont passés de l’autre côté du miroir, comme dirait le poète. Il les imagine avec leur visage, tels qu’ils les ont connus ou, comme dans ce cas précis, à partir des photos de famille. Oui mais… Dans le cas présent, les photos sont celles d’un bébé alors que cette sœur est morte il y a plus de dix ans. Gros problème de représentation pour l’enfant. Et, pour ce gamin, au stade actuel de sa réflexion, on continue à grandir là-bas, auprès du Bon Dieu.
Lorsque le grand-père lui a répondu que, probablement, au ciel, l’âge ne compte plus puisque ceux qui sont vivants avec le Seigneur y sont heureux pour toujours, cette réflexion n’a pas franchement marqué son petit-fils. Puisque deux semaines plus tard, la même question revenait: "Quel âge elle a maintenant au ciel, ma grande sœur?" Mais au fond, qu’est-ce que les adultes, ceux qui sont croyants, connaissent de l’au-delà? Que peut-on décrire aux enfants qui nous posent des questions? Que peut-on se répondre à soi-même par rapport à nos propres interrogations? Donner une description? Aucune! Sous peine d’être un charlatan.
Les artistes se sont bien essayés à des représentations. Le Jugement dernier de Michel-Ange (peint entre 1536 et 1541 sur les murs de l’admirable Chapelle Sixtine, au Vatican) montre une foule entourant le Christ Juge et Marie. Ils espèrent être sauvés. Mais, dans la partie inférieure du tableau, apparaît une multitude de personnes horrifiées par la sentence du malheur éternel. Ils sont emmenés loin de Dieu, pour toujours. C’est le reflet d’une théologie en même temps que celui de la crise de la Renaissance.
Cela a inspiré de nombreux illustrateurs des petits catéchismes. Des générations se sont représentées l’au-delà exactement de cette manière. Par ailleurs, des écrivains et poètes évoquent la présence des défunts dans les étoiles. "Quand tu regarderas le ciel, la nuit, j’habiterai dans l’une d’elles, puisque je rirai dans l’une d’elles." écrivait Antoine de Saint-Exupéry. Michel Polnareff s’est fendu d’une vision totalement optimiste, à l’inverse de celle de Michel-Ange, en composant sa chanson On ira tous au paradis. La psychanalyste Marie Balmary et le théologien Daniel Marguerat ont repris ce titre pour travailler une vision de l’homme et de son avenir libéré de la peur dans notre société sécularisée qui continue à être obsédée par la question du Mal et de la responsabilité. (Ed. Albin Michel, 2012). C’est le comédien Michel Serrault qui répondait: "Je crois que Dieu m’accueillera après ma mort. Je le crois fermement, car aucun défunt n’est revenu pour se plaindre."
Le constat est clair! Qu’on soit poète, peintre, musicien, théologienne, psychanalyste ou comédien, on ne peut qu’appréhender l’au-delà à partir de ce que nous expérimentons au cours de la vie terrestre.
Dans la Foi
Aucune réponse, en ce qui concerne le sens de la vie et le mystère de la mort, ne peut être définitive et encore moins descriptive quand il s’agit de l’au-delà. L’évêque Mgr Michel Dubost et l’historienne Christine Pedotti proposent dans le Théo Junior: "La Bible est pleine d’images et de signes pour parler de la vie promise par Dieu. Mais ce que Dieu offre dépasse ce que chacun peut voir, entendre, sentir et même imaginer. A la résurrection des morts, chacun sera lui-même, mais tout autre qu’avant."
(Ed. Mame, 2008, p.192).
Luc Aerens
Diacre, Comédien et pédagogue
