D'après le Baromètre du Fait religieux en entreprise 2020-2021, 21 % des personnes interrogées ont repéré, occasionnellement ou régulièrement, des situations de discrimination liées à la religion. Autre constat interpellant: les comportements négatifs à l’égard des femmes représentent le troisième fait le plus fréquent.

La présence du fait religieux en entreprise devient de plus en plus significative. Notamment parce que les entreprises attendent de leurs salariés une implication plus personnelle et plus engageante.
Tout d'abord, notons que, comme pour les précédentes éditions, 2 répondants sur 3 rencontrent des faits religieux dans leur environnement professionnel.
Cette dernière étude réalisée par l'Institut Montaigne (mai 2021) pointe toutefois une augmentation des comportements rigoristes : 12 % en 2021 contre moins de 8 % en 2019.
A quoi sert le Baromètre du Fait religieux en entreprise?
Le Baromètre du Fait religieux en entreprise fournit chaque année une photographie précise des faits religieux au sein des entreprises en France. Le sujet religieux étant source de nombreux fantasmes et d’idées préconçues, le Baromètre a pour but de l’objectiver afin de permettre aux acteurs concernés de mieux le comprendre. L'auteur de cette huitième édition, Lionel Honoré, professeur en sciences de gestion à l’Institut d’Administration des Entreprises de Brest et directeur de l'Observatoire du Fait Religieux en Entreprise, a piloté une enquête d’opinion auprès de plus de 1 120 managers et conduit des entretiens qualitatifs au sein d’entreprises concernées par ces enjeux.
Le fait religieux en entreprise peut se présenter sous plusieurs formes
Le fait religieux en entreprise n’est pas un phénomène nouveau. En 2012, date de lancement du Baromètre, 44 % des encadrants déclaraient déjà faire face à des faits religieux en situation de travail. En 2021, c’est 66,5 % qui observent, occasionnellement ou régulièrement, ce type de faits. Le fait religieux peut donc intervenir de manière non problématique à très problématique. En voici quelques exemples:
- un salarié qui demande un congé à son manager pour assister à une fête religieuse ;
- un autre qui subit des discriminations du fait de son appartenance à une religion, par ses collègues ou par son manager ;
- un manager qui ne sait pas comment réagir face à un salarié priant dans son bureau ;
- un salarié qui refuse de travailler avec ou sous les ordres d’une femme ;
- un collègue qui fait du prosélytisme dans son bureau.
La présence du fait religieux en entreprise devient de plus en plus significative. Notamment parce que les entreprises attendent de leurs salariés une implication plus personnelle et plus engageante. Par ailleurs, derrière cette progression se dessine plus largement la question de la place de la religion dans la société. Une évolution sociale et sociétale qui influence la vie en entreprise.

institutmontaigne.org
Le fait religieux reste problématique dans une minorité de cas
Aussi, le fait religieux en entreprise est de plus en plus accepté. Les managers sont plus habitués à le gérer, les salariés en parlent mieux. 70 % des comportements des salariés pratiquants sont perçus comme peu perturbateurs. Cependant, dans une minorité des cas, le fait religieux en entreprise devient problématique.
13 % des faits religieux repérés sont des comportements négatifs et problématiques à l’égard des femmes, devant les prières pendant les temps de pause. Il s’agit du refus de travailler avec une femme, sous les ordres d’une femme ou de serrer la main d’une femme.
En outre, la part des conflits et blocages afférents a augmenté par rapport à 2019 (16 % des cas en 2020-2021, contre 12 % en 2019).
Le fait religieux en entreprise concerne toutes les religions
La religion la plus fréquente est l’islam, présente dans 73 % des situations observées. Le catholicisme est présent dans 20 % des situations, le judaïsme dans 15 % et la religion évangélique dans 13 % des situations observées.
La majorité des profils de personnes dévoilant leur pratique religieuse au travail sont des hommes et des femmes entre 20 et 50 ans. Ce sont majoritairement des employés (39 %) et des ouvriers (34 %), et minoritairement des cadres (6 %) et des dirigeants (5 %).
Ce sont principalement les hommes jeunes, d’un niveau socio-professionnel relativement bas, qui déclenchent des situations de blocage ou de conflits telles qu’identifiées par les managers, comme le refus de travailler avec une femme, le refus de réaliser certaines tâches liées au poste, parmi d’autres.
Si 41 % des entreprises qui rencontrent des situations marquées par le fait religieux ont mis en place des dispositifs adaptés, certains secteurs restent plus marqués que d’autres comme le transport et la logistique ; le BTP (bâtiments et travaux publics) ; le commerce et la grande distribution.
S.D.

