Grèce: peut-on parler «d’aide»?


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Grèce: peut-on parler «d’aide»?
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
3 min

Les ministres des Finances de la zone euro se sont finalement mis d’accord sur un plan de sauvetage de la Grèce. La presse parle d’aide à ce pays en état de faillite virtuelle. Mais, au-delà des aspects économiques et financiers, il y a une population à bout de souffle.

Présent sur les ondes de nos confrères de La Première (RTBF) ce mardi matin, l’économiste Philippe Ledent a bien insisté sur le fait que l’accord conclu par les ministres des Finances de la zone euro était avant tout un plan de sauvetage et qu’il était plus économique que démocratique. Le pays est en outre mis sous une sorte de tutelle, puisque le même accord prévoit de renforcer la surveillance de la Grèce et d'imposer une présence permanente de la mission de la Commission européenne sur place. Elle sera chargée d'aider le pays à moderniser son appareil d'Etat.

Certes, les Grecs ont manipulé leurs comptes afin d’intégrer la zone euro. Mais, ne le savait-on pas ? N’a-t-on pas fermé les yeux ? Faut-il rappeler que tant l’actuel président de la BCE que le premier ministre grec étaient actifs à l’époque au sein de la banque Goldman Sachs, celle-là même qui a conseillé le gouvernement grec pour son entrée dans la zone euro ! Certes, revenir sur le passé n’arrangera pas l’avenir. Mais, il faut s’interroger sur l’utilité de cette politique qui consiste à trouver des solutions ponctuelles plutôt que structurelles.

Un plan qui ne résout rien sur le fond

Car derrière les chiffres, il y a des gens dont le quotidien devient de plus en plus difficile. Et lorsqu’on en arrive à être à bout de souffle, l’explosion sociale n’est pas loin. Le plan adopté porte sur l’octroi d’un prêt – et non d’une aide - de 237 milliards d'euros au total. L’objectif est bien sûr d'éviter une faillite du pays, mais elle n’est pas sans arrière-pensée car si faillite il devait y avoir, les conséquences seraient imprévisibles pour toute l'Europe. Le plan comprend d'une part un volet d'aide publique, des prêts pour l'essentiel, à hauteur de 130 milliards d'euros jusque fin 2014, après un premier programme de soutien en faveur du pays décidé en mai 2010 qui avait atteint déjà 110 milliards d'euros. L'autre volet porte sur un effacement partiel de la dette grecque à l'égard d'institutions financières privées.

Mais, ce plan européen ne résout rien sur le fond. Car, il faut s’attacher maintenant à faire des réformes structurelles. Peut-on accepter qu’en Grèce, certains secteurs de l’économie échappent à toutes taxes ou près, tels les armateurs, alors que la population voit les taxes augmenter et les allocations de chômage tout comme les pensions diminuer ? Peut-on admettre que certains n’aient plus le minimum pour vivre décemment ?

Le cas grec est révélateur. L’Europe doit se ressaisir et en revenir aux valeurs essentielles de dignité humaine et de respect. Les appels du pape pour que l’économie soit plus soucieuse des personnes doivent être entendus. En aidant la Grèce, les partenaires européens ne font pas de cadeau : ils se protègent. Egoïsme ?

JJD

Catégorie : L'actu

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