Brillant hommage à ces hommes et femmes qui ont essayé de sauver quelques vies pendant le génocide rwandais, par un spécialiste de la question.

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"Parfois, on peut être troublé non par une histoire mais par notre négligence, en tout cas notre indécision à l'entendre", prévient Jean Hatzfeld (photo ci-contre) dès les premières lignes de son nouvel ouvrage. L'auteur qui a déjà consacré plusieurs ouvrages au génocide tutsi au Rwanda, a choisi dans "Là où tout se tait" de mettre en évidence ceux qui ont essayé de s'interposer.
Ils s'appellent Isidore Mahandago, Espérance Uwizeye, François Karinganire, etc. A chacune de ces personnes, mais aussi aux couples comme Edith et Eustache, Jean Hatzfeld consacre un chapitre. Pour évoquer les faits qui se sont déroulés il y a vingt-cinq ans, l'auteur donne la parole (au sens littéral) aux voisins, aux proches et aux rescapés de la famille. Pourquoi entreprendre cette démarche aujourd'hui ? L'auteur s'alarme : "Le temps passe, puis s'accélère soudainement, et arrive le jour où l'on se dit qu'il va emporter les anciens de l'époque d'Isidore". Bientôt ces témoins des faits de 1994 "ne seront plus là pour raconter, et c'est le moment ou jamais de tirer le fil."
Comme le lecteur le découvre tout au long des récits contenus dans l'ouvrage, le nom de ces 'presque Justes' dérange, les souvenirs "suscitent embarras et mauvaise foi" chez certains. Pour reprendre le cas d'Isidore Mahandago, le premier cité par Jean Hatzfeld, "pas de tombe, aucune marque ni inscription nulle part […] Zéro trace de témoignages aux procès après le génocide, aucune allusion lors des procès gaçaça qui se sont tenus entre 2002 et 2006 dans cette région." Pour raconter leurs histoires, Jean Hatzfeld assemble les témoignages des rares rescapés, des membres des familles ou des anciens voisins. Tous ces récits sont reproduits dans une langue presque orale, respectant les expressions de la région de Nyamata.
Dans le dernier chapitre, l'auteur choisit de donner la parole à une femme qui avait été laissée pour morte dans un trou parmi des cadavres. Devote Mukamudengue s'interroge :"ça m'a pris beaucoup de courage, et des forces, pour survivre depuis cette époque. […] Pourquoi moi seule vivante de ma famille ?"
AF de Beaudrap
Jean Hatzfeld, "Là où tout se tait", Gallimard, 221 pages.

