Carême en temps de Covid : vers de nouvelles restrictions ?


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Carême en temps de Covid :  vers de nouvelles restrictions ?
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
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Entrer en Carême avec son lot de privations alors que nous subissons déjà les restrictions sanitaires, la limitation des contacts, la fermeture des théâtres, cinémas, salles de sport, bars et restaurants… Voilà qui pourrait décourager les plus ascètes d’entre nous! N’avons-nous pas subi assez de quarantaines en tout genre pour encore nous engager dans une de plus, aussi spirituelle soit-elle? Vous l’aurez compris, je vous titille gentiment, rebondissant allègrement sur l’idée reçue que suscite généralement le Carême dans l’inconscient collectif: un temps triste de privations pas très enthousiasmant! Et pourtant, discerner attentivement et personnellement les limitations ou privations auxquelles nous sommes prêts à consentir en ce temps de l’année est d’abord un recentrement de notre chemin de vie dans la générosité de l’amour. En ce temps difficile de crise sanitaire, le Carême peut constituer un indéniable soutien.

"Souviens-toi que tu es poussière et que tu redeviendras poussière" nous adresse le prêtre qui impose des cendres sur notre front. La Genèse raconte que Dieu s’adressa ainsi à Adam après s’être laissé séduire par le serpent. Dieu modela en effet l’humain avec de la poussière prise du sol. L’étymologie est éclairante. Adam est le terreux ou le glaiseux. En hébreu, ha-adam (l’humain) est celui qui est tiré de ha-dama (la terre, la glaise). On retrouve cela en latin: humanus (l’humain) est lié à humus (la terre fertile). La marque des cendres sur notre peau nous invite à reconnaître avec humilité notre condition de "terreux". Adam est l’archétype mythique de tout être humain. Pour vivre en harmonie, il aurait dû accepter la limite de sa condition humaine, la percevoir comme un cadeau et non comme une entrave à sa liberté. Mais Adam a voulu jouir sans limite de tout l’Eden alors que l’injonction divine lui interdisait de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Ce mythe nous le rappelle: il y a un danger vital à se prendre pour un dieu ou un tout puissant sans limite. Dans les pires situations, c’est l’orgueil des fanatiques, idéologues ou gourous qui prétendent épuiser la vérité, engendrant dans leurs sillages adeptes aveuglés, guerriers ou terroristes. C’est l’autoritarisme d’une quête effrénée de pouvoir, avec son lot de corrompus et de dictateurs. C’est l’accaparement exacerbé des biens et des richesses qui creusent les inégalités sociales, conduisent des peuples à la misère et anéantissent nos ressources naturelles. C’est l’égo immodéré que de vaines gloires illusionnent et qui font perdre la tête. C’est la quête absolue de jouissance et de plaisirs qui répond aux instincts égoïstes puis les plonge dans le désespoir. Mais c’est aussi chaque fois que, plus ordinairement, nous nous comportons en "terreux" sans foi ni loi, devenant trop dur ou imperméable au souffle de Vie.

Le Carême appelle à notre conversion, littéralement au "retournement" de notre glaise humaine, tel le temps du labour propice au travail du Semeur. Que faisons-nous de notre humaine incomplétude? Sommes-nous tentés de nous gaver, de nous remplir d’avoir ou de pouvoir? Ou comprenons-nous que notre inachèvement est cet espace disponible pour la foi et l’amour? Il n’y a pas de place pour les autres ou pour Dieu lorsqu’on cherche à se combler soi-même par des édens illusoires et sans restriction. Consentir au manque et abandonner les excès ou réflexes égoïstes sont une libération du cœur. C’est l’ouverture au partage, à la communion aux autres et à plus que soi-même. C’est le même amour qui nous permet d’apprécier les ressources de la création avec respect et reconnaissance. A travers des gestes ou des engagements concrets, le Carême est un apprentissage de ce véritable accomplissement existentiel: ne pas jouer aux dieux mais advenir en Dieu. La crise sanitaire ne doit pas nous faire percevoir le Carême comme un fardeau supplémentaire. Mais comme l’haleine insufflée dans les narines d’Adam, accueillons-le plutôt comme le Souffle de notre liberté véritable.

Sébastien Belleflamme
Enseignant et animateur en pastorale

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