A l'occasion de la journée commémorant la mémoire de Martin Luther King, et deux jours avant la cérémonie d'investiture de Joe Biden à Washington, la conférence épiscopale américaine invite à œuvrer à la paix et à la réconciliation dans un pays particulièrement polarisé. Le Pape François soutient qu'une communauté basée sur l'amour fraternel est encore possible.
Aux États-Unis, la vigilance reste de mise quant à la possibilité de nouvelles violences lors de la cérémonie d'investiture du nouveau président Joseph Biden, instiguées par divers groupes extrémistes après l'agression du Capitole. Dans ce climat et à la lumière des évènements du 6 janvier, qui a incité les autorités à déployer 25 000 hommes entre la Maison Blanche et le Capitole, les évêques catholiques américains renouvellent leur appel sincère à renoncer à la violence comme instrument de lutte politique et à revenir à un débat civil et pacifique. «A ceux qui pensent à d'autres violences, je dis, en tant que chrétien, que vous êtes induit en erreur par une voix qui n'est pas celle de Dieu», prévient Mgr Paul S. Coakley, président de la Commission pour la justice interne et le développement humain de la Conférence épiscopale (U.S.C.B.), en référence à l'utilisation de symboles chrétiens par les assaillants du Capitole. Mgr Coakley lance un appel à l'introspection: «S'il vous plaît, regardez dans vos cœurs. Regardez les images des événements du 6 janvier et les messages qui les ont accompagnés sur les médias sociaux. Regardez les symboles de la haine raciale dans la foule. Si vous avez soutenu tout cela, ou si vous envisagez d'autres actions cette semaine, demandez-vous : ce que je veux est-il le fruit de l'Esprit Saint ?»
L'archevêque d'Oklahoma City cite les paroles de Saint Paul dans la Lettre aux Galates, en exhortant à ne pas écouter les paroles de ceux qui sèment la haine, la colère et la division : «Dans votre propre intérêt et dans celui des autres, ne confondez pas les promesses vides avec l'amour et la paix qui ne viennent que de Dieu», conclut-il.
Le message du président de la conférence épiscopale

L'archevêque Jose Gomez en avril 2010. © Kevork Djansezian/Getty Images
Le climat de tension et de violence qui a marqué l'année électorale écoulée aux États-Unis et qui continue de marquer la difficile transition vers la nouvelle présidence est également évoqué dans la déclaration du président de la conférence des évêques, Mgr José Horacio Gomez, l'archevêque de Los Angeles, à l'occasion de la Journée nationale Martin Luther King célébrée ce 18 janvier. «La violence dans nos villes l'été dernier et la violence qui a éclaté à nouveau sur la colline du Capitole nous disent que notre pays est devenu trop en colère, empoisonné et divisé», écrit-il. Face à ces profondes divisions, «nous sommes confrontés aux mêmes choix que le révérend King et le mouvement des droits civiques. Pour nous aussi, la question est de savoir comment nous allons lutter contre l'injustice dans notre société, et quels moyens nous allons utiliser».
Mgr Gomez reprend ensuite les paroles du pasteur assassiné en 1968 : «Dans la vie, quelqu'un doit avoir suffisamment de bon sens et de moralité pour couper la chaîne de la haine. Cela ne peut se faire qu'en mettant l'éthique de l'amour au centre de nos vies». C'est là, souligne le prélat, «le défi pour ceux d'entre nous qui croient en la promesse de l'Amérique et cherchent à renouveler l'âme de cette grande nation. Dans l'esprit du révérend King, nous devons confronter les forces de la haine et de l'ignorance avec le pouvoir de l'amour. Nous devons réapprendre la sagesse de l’Évangile, aimer nos ennemis et bénir ceux qui s'opposent à nous». Comme l'avait dit le révérend Martin Luther King, Mgr Gomez souligne que «nous n'aimons pas nos ennemis parce qu'ils sont aimables, ou même sympathiques. Nous les aimons parce que Dieu les aime. Et avec notre amour, nous cherchons leur conversion et leur amitié, et non leur humiliation. C'est notre devoir de chrétiens en ce moment : être des guérisseurs et des artisans de paix, vaincre le mal et le mensonge, non pas avec les mêmes armes, mais avec des paroles de vérité et des œuvres d'amour».
Le message du Pape François

Le Pape avait rencontré Bernice King en 2018. © Vatican News
Le salut et la bénédiction du Pape arrivent par le biais d'un message aux participants à la commémoration du 18 janvier, le “Martin Luther King Day”, l'une des fêtes nationales les plus importantes aux États-Unis. Durant cette journée, la vie et l'engagement de Martin Luther King Jr, leader du mouvement pour les droits civils des Afro-Américains, sont rappelés et honorés. Le texte du Saint-Père est adressé à la fille du révérend, Bernice Albertine King, également militante passionnée et présidente du King Center d'Atlanta. «Dans ce monde d'aujourd'hui, écrit François, où se multiplient les défis ayant trait aux injustices sociales, aux divisions et aux conflits qui entravent la réalisation du bien commun, le rêve de Martin Luther King d'harmonie et d'égalité entre tous les peuples, réalisé par la non-violence et les instruments de la paix, reste toujours d'actualité».
Citant ensuite son encyclique Fratelli tutti, le Pape rappelle que «chacun de nous est appelé à être un artisan de paix, à unir et non à diviser, à éteindre la haine et non à la préserver, à ouvrir les voies du dialogue». De cette façon, poursuit le Souverain Pontife, nous pourrons nous voir non pas comme des «étrangers» mais comme des prochains, dans la vérité de notre dignité commune d'enfants du Tout-Puissant. «Ce n'est que dans l'engagement quotidien constant de concrétiser cette vision, a encore souligné le Pape, qu'il est possible de travailler ensemble pour créer une communauté fondée sur la justice et l'amour fraternel».
Le chemin de la non-violence
En juin dernier, la fille de l'iconique pasteur d'Atlanta avait souligné dans une interview l'harmonie de vue entre son père et le Pape François, qu'elle a rencontré à deux reprises au Vatican en 2018. Rappelant l'appel du Souverain Pontife à ne pas choisir la voie de la violence car menant à l'autodestruction, Bernice King affirmait que «les moyens que nous utilisons doivent être cohérents avec le but que nous voulons atteindre, et si ce but est la paix, nous ne pouvons certainement pas atteindre la paix par des méthodes violentes». Et ceci, a-t-elle ajouté, «est certainement dans la ligne de la pensée de mon père. Si nous embrassons la non-violence, nous pourrons progresser dans la construction d'un monde plus juste, plus égalitaire, plus humain et plus pacifique».
SP avec Vatican News - Lisa Zengarini

