C’est la plus belle nuit chantait Charles Trenet. "La nuit d’un pauvre enfant, de Jésus fils de Dieu, descendu sur la terre pour que les hommes anxieux ne soient plus solitaires." Cette année, l’anxiété ou la solitude gagnera pourtant beaucoup de nos concitoyens, privés de rassembler en tout ou en partie leur famille en raison de la crise covid. Songeons également aux personnes habituellement isolées pendant les fêtes. Nous regretterons peut-être de ne pas nous ruer dans les magasins pour offrir des cadeaux ou de ne pas dresser une grande table garnie de victuailles pour faire plaisir à nos proches. J’en conviens, il serait tellement plus agréable de fêter Noël en dehors des mesures sanitaires. Toutefois, nos déceptions ne devraient pas nous faire perdre de vue que Noël renvoie à un Mystère beaucoup plus vaste que la durée d’une belle nuit de décembre.
Je nous invite à contempler la crèche de Noël, celle que nous avons installée à la maison ou que nous imaginons en fermant les paupières. Concentrons notre attention sur celui qui est au cœur de la fête. Regardons Jésus. Lui, si petit, ne connaît encore rien de nos besoins. Tout le reste de sa vie sera marqué par la sobriété. Regardons-le. Il ne cessera de relever avec simplicité celles et ceux qui étaient laissés de côté, oubliés, marginalisés. A chacun, il a permis de retrouver la source de ce qui est essentiel. Il nous invite aujourd’hui encore à le faire. N’observons toutefois pas Jésus comme on vénérerait une idole. Au contraire, contemplons Jésus comme une icône vivante. A l’inverse d’une idole qui assouvirait furtivement des besoins, l’icône nous invite à regarder plus loin, vers l’horizon, et à nous laisser rejoindre au-delà de nous-même. En Jésus, c’est le Christ que nous contemplons. Il creuse en nous un désir plus profond, une passion d’amour qui traverse les peines et les frustrations. Une passion qui console. Une passion qui apaise.
Noël fête la Nativité du Christ, mais Noël célèbre aussi l’engendrement durable de notre vie à la Vie. Notre souffle est sacrement d’une formidable promesse. "Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu", disait Irénée de Lyon. Il ne s’agit pas de vénérer le Verbe fait chair pour lui-même, ou de le célébrer un seul jour par an, mais d’accueillir ce que cela signifie pour notre propre croissance divine. Noël n’est pas extérieur à notre existence. Soyons les doux hospitaliers de cette grâce. L’incarnation du Christ révèle notre nature profonde: nous sommes des humains oints de l’amour divin. Le Christ en est l’icône vivante car il montre que chaque vie humaine peut s’ouvrir à Dieu, être habitée par Dieu. Cette profondeur ne se joue pas ailleurs que dans le renouvellement constant de notre être, en esprit et en vérité, quelles que soient les circonstances. Noël dit en effet quelque chose de notre origine et de notre destinée. Noël nous invite à refuser l’amnésie de notre ultime vocation humaine. C’est tout au long de notre pèlerinage sur la terre qu’il nous faut retrouver notre intime essence et croître en être nouveau-né. Dissipons les peurs et choisissons la foi qui renverse les montagnes. A travers toutes nos épaisseurs humaines et les années qui passent. A travers les épreuves et toutes les émotions de notre propre incarnation, nous sommes appelés à être Christ au milieu de nos frères et sœurs. Aussi, je le répète, Noël célèbre en Christ notre propre engendrement à la vie divine. Tout est là. Rallumer notre incandescence est le plus beau cadeau que Dieu nous adresse à Noël.
En cet instant où notre regard fixe ce petit enfant couché dans la mangeoire, laissons Dieu nous aimer. Prenons un temps de silence. Laissons-lui nous adresser une parole secrète. Il ne nous laisse pas seuls. Sentons jaillir en nous une espérance. Comme une petite lumière qui fait du bien. Comme une chaleur. Comme une intime conviction que les crises ne durent qu’un temps. La vie reprendra. La vie jaillira encore. Elle est déjà là, en nous, comme le Ciel est en nous. Joyeux Noël !
Sébastien Belleflamme
Enseignant et animateur en pastorale

