Réveillons le rêve d’une société fraternelle !


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Réveillons le rêve d’une société  fraternelle !
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
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Fratelli tutti. Ainsi s’adressait François, le Poverello d’Assise, à ses frères et sœurs, lui qui avait reçu mission de renouveler l’Eglise. Il le fit en suscitant des petites fraternités qui, très vite, envahirent toute la chrétienté. C’est aussi par ces mots que le pape du même nom débute sa nouvelle lettre. Mais aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation, c’est le monde entier qu’il s’agit de renouveler.
Le thème de cette troisième encyclique est "la fraternité et l’amitié sociale". François y invite à un amour qui "surmonte les barrières de la géographie et de l’espace" (§1) et formule le vœu d’une fraternité entre les peuples, les religions, et à l’intérieur même du courant chrétien.
Naïf, estime Eric Zemmour. "Rendre le monde meilleur, commente-t-il, c’est bon quand on a 14 ans. Quand on a 15 ans, on n’y croit plus. (…) [Le pape] nous fait une encyclique qui ressemble à une chanson de Grand corps malade." Il s’agit là, selon ses mots, d’une naïveté d’adolescent boutonneux. Moi, je m’attriste du vieillissement précoce de ce polémiste français! Peut-on accepter le monde tel qu’il va? Peut-on en être complice? "Il est préférable de mourir en route pour un idéal trop élevé que de ne pas partir du tout", disait Origène. Vive les naïfs, donc! Il leur sera beaucoup pardonné!

Une piqûre de rappel
L’espérance, selon Aristote, est un "rêve éveillé". Le pape rêve donc d’un monde plus fraternel. N’était-ce pas un des trois slogans de la Révolution française: liberté, égalité, fraternité? Jésus disait déjà: "Vous êtes tous frères." Il ajoutait: "Vous n’avez qu’un seul père, le Père céleste."(1) Saint Paul parlait de la liberté des enfants de Dieu et se justifiait: "C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés." (2) Les Actes des Apôtres nous dépeignent une communauté où tous étaient égaux, où "aucun d’entre eux n’était dans l’indigence." (3)
Les valeurs républicaines sont "largement des inventions chrétiennes", a pu affirmer en son temps Jean-Pierre Chevènement. La Révolution française n’a donc rien inventé. Elle fut une sérieuse piqûre de rappel, bien utile pour la société d’alors, mais aussi pour l’Eglise. Il en va de même pour cette encyclique: c’est une telle évidence que le monde ne peut survivre que fraternel. Et pourtant, on l’oublie. Ce texte est donc bien nécessaire, et même urgent en ces temps d’individualisme.

Le besoin d’une Transcendance
Deux points me touchent particulièrement. Le thème, tout d’abord: la fraternité et l’amitié sociale. La fraternité a encore quelque chose de sentimental; l’amitié sociale nous invite à en percevoir toute l’exigence. François parle, dès le premier paragraphe, d’une "fraternité ouverte qui permet de reconnaître, de valoriser et d’aimer chaque personne indépendamment de la proximité physique, peu importe où elle est née ou habite".
N’est-ce pas le propre de l’homme de se sentir responsable non seulement de sa famille, mais aussi de l’immigré dont il n’a jamais vu le visage ou de l’enfant qui travaille comme esclave dans les usines? Ce n’est pas à de doux liens familiaux que le pape invite, mais à une humanité nouvelle. Et dans son texte, il est très concret, et même politique, ce que certains lui reprocheront, bien sûr. Zemmour, encore lui, parle même d’un discours d’extrême-gauche.
Et voici le deuxième point. "C’est seulement avec cette conscience d’être des enfants qui ne sont pas orphelins que nous pouvons vivre en paix avec les autres" (n° 272), nous dit le pape. Jésus est en effet venu révéler la tendresse du Père céleste pour tous, "pour les bons comme pour les méchants" (4). Dieu aime chacun pour lui-même et non pour ce qu’il fait de bien ou de mal. Tel est le fondement ultime de cette fraternité, la conviction sur laquelle elle repose.
Antoine de Saint-Exupéry regrettait cette époque où "les hommes étaient frères en Dieu". Et il ajoutait: "On ne peut être frère qu’en quelque chose. S’il n’est point de nœud qui les unisse, les hommes sont juxtaposés et non liés. On ne peut être frère tout court." (5) Il faut en effet aussi que l’on soit fils.
Il y a quelque chose au-dessus et au-delà de nous, qui nous unit. Nous sommes reliés par une destinée plus vaste que la nôtre. Notre époque a besoin de Transcendance. Elle seule peut fonder notre fraternité.

(1) Mt 23, 8-10
(2) Rm 8, 21, Ga 5, 1
(3) Ac 4, 34
(4) Matthieu 5, 45
(5) Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre (1942), vers la fin

Charles Delhez , Curé de Blocry,
Conseiller spirituel des Equipes Notre-Dame

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