Une pétition est lancée pour exiger que le Parlement européen reconnaisse le génocide assyrien, appelé "Sayfo" ou "Epée" en Suryoyo.
Quelques organisations politiques assyriennes ont lancé – sans doute avec un certain soutien des patriarches de l’Eglise syriaque-orthodoxe, Ignace Ephrem II Karim, et de l’Eglise syriaque-catholique, Ignace Joseph III Younan - une pétition pour demander aux membres du Parlement européen de reconnaître le "Sayfo", prononciation en Suryoyo ou en dialecte néo-araméen occidentale du mot araméen "Saypā" ou "Epée". C’est le terme couramment utilisé pour désigner le génocide de la population chrétienne de la région située actuellement à l’est de la Turquie, au nord de la Syrie et de l’Irak et au nord-est de l’Iran.
Confusion
Le génocide arménien est commémoré le 24 avril et le génocide grec-pontique le 19 mai; pourquoi faudrait-il encore y ajouter le 15 juin pour le génocide assyrien? En fait, l’extermination systématique de la présence chrétienne de l’ancien Empire ottoman dans la nouvelle Turquie, forgée par les Jeunes Turcs dès 1915, s’est déroulée en plusieurs phases et que les populations survivantes se sont retrouvées par après dans différentes réalités.
Tout a évidemment commencé par des razzias sur des intellectuels chrétiens dans l’actuelle ville d’Istanbul, le 24 avril 1915; c’est le début du génocide arménien qui a provoqué une grande diaspora d’Arméniens au Moyen-Orient et en Occident. Cette communauté, qui a d’ailleurs pu reconstruire son état arménien depuis l’implosion de l’Union soviétique, arrive à défendre la cause du la commémoration du génocide arménien avec une certaine vigueur.
Le sort de la population gréco-chrétienne, vivant sur la péninsule turque depuis le début de la christianisation, est beaucoup moins connu. Or, le régime des Jeunes Turcs ne l’a nullement épargnée, et le ministre des Affaires Étrangères britannique, Lord Curzon, ne pouvait que constater, à la Conférence de Lausanne en 1923, "qu’un million de Grecs ont été tués, déportés ou sont morts".
Le 15 juin
Aujourd'hui, la Turquie, n'a toujours pas reconnu les faits, faisant même du 19 mai le jour de sa fête nationale, car "délivrée ce jour-là de la présence grecque". Les patriarches des Eglises syriaque-orthodoxe et syriaque-catholique de leur côté ont proposé de commémorer le génocide des populations araméennes, assyriennes, chaldéennes et syriaques le 15 juin, car les massacres dans l’est de l’Anatolie ont commencé dès la mi-juin 1915. Ce sont ces massacres et déportations-là, qui ont également perduré pendant plusieurs années, qu’on appelle le génocide assyrien.
Le fait que les survivants assyriens (ou araméens ou chaldéens ou syriaques; il existe certaines dissensions quant au choix d'une dénomination commune) ressentent de nouveau de plus en plus de pression de la part du gouvernement d'Ankara. Cela explique sans doute pourquoi ils s’efforcent davantage d'obtenir la reconnaissance de leur souffrance, qui ne semble pas encore terminée en Turquie ni au nord de la Syrie ou de l’Irak.
La pétition réclamant la reconnaissance du génocide assyrien ou "Sayfo" par le Parlement européen se retrouve via www.change.org
Benoit LANNOO

Une pétition est lancée pour exiger que le Parlement européen reconnaisse le génocide assyrien, appelé "Sayfo" ou "Epée" en Suryoyo.