En première ligne : quand la mort approche, être là pour les autres


Partager
En première ligne : quand la mort approche, être là pour les autres
A Natural Looking Label with the French Word Merci Which Means Thanks
Par Nancy Goethals
Publié le - Modifié le
3 min

Le personnel de la Maison de Repos Notre-Dame, uni et créatif pour rester centré sur l'humain. (DR)

Ils sont devenus "nos héros", peut-être à leur insu ou ils s'en défendent. Ils travaillent peut-être au moment où - chaque soir à 20h - la population les applaudit de sa porte, sa fenêtre ou son balcon. "Ils et elles" sont au chevet des patients ou veillent au bien-être des personnes (âgées, en institution...). Cathobel et Dimanche vous invitent à partager leurs ressentis. Aujourd’hui: Cécile Legrand, infirmière en chef de la Maison de repos Notre-Dame.

Depuis le début du confinement, deux résidents s'en sont déjà allés. Ils n'étaient pas malades du Covid-19 mais ils n'ont pu attendre pour tirer leur révérence. Cécile Legrand craint d'ailleurs qu'ils se soient laissés aller à cause du confinement. Elle a su les accompagner; heureuse d'avoir pu leur offrir une présence mais tellement triste qu'ils n'aient pu être entourés de leurs proches. En effet, plus question de permettre aux familles de passer des heures, voire la nuit, auprès du parent proche qui s'en va. Maintenant: une seule visite autorisée par personne, et limitée à 30 minutes...

Rien que cet aspect est déjà difficile à gérer explique Cécile Legrand: "quand faut-il appeler la famille pour la prévenir que leur proche s'en va? Comment évaluer le moment le plus adéquat pour que les adieux puissent encore se faire en conscience?"

Etre le seul relais

"En fait, dit-elle, on s'y attendait et on pensait même que le confinement allait arriver plus tôt." Les mesures à prendre et les moyens tentés pour rapprocher virtuellement la famille paraissent tellement peu humains. Le personnel, quel qu'il soit, essaie tant que faire se peut de remplacer les absents. Si nécessaire, il reste plus longtemps, dépassant ses heures de travail. Cela paraît 'normal' car chacun sait bien qu'il est le seul relais, la seule main ou voix pouvant apaiser ou accompagner sans devoir (trop) minuter sa présence.

Révolte

A son père en colère face à une situation aussi inhumaine, elle a dit comprendre et partager ce sentiment. "Bien sûr, relève-t-elle, la situation est exceptionnelle mais cette solitude au moment de mourir beaucoup de gens la connaissent, même en temps normal."

Au début du confinement, elle était révoltée par cette visite unique accordée aux familles: "On quitte l'humain. On obéit!" Par contre, elle comprend tout à fait qu'il faille protéger les familles, les autres résidents et le personnel en maintenant la distance. "Il faut rester raisonnables et trouver des moyens", dit-elle.

Présence et force

La Maison de Repos et de Soins porte le nom de la mère de Jésus et veut porter chacun des résidents. Cécile Legrand confirme: "Cela a toujours été une force de la Maison. La foi nous aide à prendre des initiatives, car la mort est un passage tellement énorme, que nous pouvons nous rejoindre par la prière."

D'autre part, personnel et résidents sont très unis. Ils espèrent bien résister à cette crise et réfléchissent en permanence comment garder l'humain au centre de leurs préoccupations.

Nancy GOETHALS

La totalité de l'interview est publiée dans le dossier "Merci!" du Dimanche n°17


Dans la même catégorie