Etre chrétien, c’est avoir été séduit par le message évangélique et celui qui en est le héraut, Jésus le Christ. Il a changé notre image de Dieu et notre échelle de valeurs. Le baptisé s’inscrit dans sa mouvance. La foi est en effet une dynamique, un art de vivre, pas seulement un savoir ou une simple piété. Elle a cependant un contenu. Quel est-il donc (quid), pourquoi (cur) le transmettre et comment (quomodo)?
Quid?
Tous les peuples ont eu et ont encore un ou des dieux. Ils ont une intuition de ce qui les dépasse. Qui, même dans notre Occident "désenchanté", ne perçoit pas qu’il y ait quelque chose – une énergie, un Amour, une présence, une Providence, une force – qui à la fois l’habite et le transcende? Cette réalité mystérieuse et enveloppante, Jésus la nommait "Père des cieux” et s’adressait à elle. Son attitude était de confiance et non de peur. Saint Paul expliquera que ce n’est pas ce que nous faisons pour ce Père qui nous vaut son amour. Dieu ne fait-il pas lever son soleil sur tous, disait Jésus, sur ceux qui nous semblent bons et ceux que nous jugeons mauvais?
Cette relation à son Père, le Galiléen l’a traduite en générosité. Toujours un peu plus que ce que la bienséance exige, que ce soit dans le partage, le service, le pardon ou la bonté, et en mettant les pauvres, les petits, les délaissés en tête de sa "to do list". L’amour est une dynamique de dépassement, au risque d’avoir parfois l’impression d’être perdant. Le pape François invite à rester toujours "dans l’amour humble, en croyant que l’unique manière de posséder vraiment la vie, c’est de la perdre par amour”. C’est donc à une nouvelle logique que Jésus nous a introduits, véritable renversement de nos priorités habituelles. La tentation sera de lire cette nouveauté radicale avec nos vieilles lunettes, car nous ne voulons pas être bousculés.
Cur?
Et pourquoi transmettre un message, parler d’un Royaume toujours "au-delà"? Pourquoi ne pas se contenter de l’"ici et maintenant"? Précisément parce que, tout en s’enracinant dans l’instant présent, notre vie va quelque part, elle a une finalité, une direction. Elle a un sens. Elle construit ce Royaume que Jésus associait au bonheur, un bonheur qui répond à d’autres règles que celles de notre monde parfois si triste. Nous avons reçu la vie. Elle nous est confiée pour que nous en fassions quelque chose pour tous et pas rien que pour nous. Le projet de Dieu est cette communion universelle entre tous les vivants. L’humanité est au service de cet immense dessein que nous appelons parfois la volonté de Dieu, son Règne. "Chaque sentinelle est responsable de tout l’Empire”, disait Saint-Exupéry dans Terre des hommes. Se le rappeler, de génération en génération, permet à l’humanité d’entendre ce message qui n’existe que proclamé et vécu par les témoins.
Quomodo?
Comment la transmettre? Nulle recette, sinon raviver sans cesse le feu en nous. Un feu finit toujours pas éclairer et réchauffer, même et surtout au cœur de la nuit. Transmettre notre foi ne peut se faire qu’en la vivant avec nos mains (action), en l’intériorisant dans notre cœur (contemplation), et en la travaillant avec notre intelligence (compréhension). Alors nous pourrons inviter nos enfants à des services concrets, des engagements sociaux, sans négliger de les ouvrir à la vie intérieure et en tentant toujours de répondre à leurs pourquoi. La première courroie de la transmission de la foi, en effet, ce sont les parents. En les regardant vivre, leurs enfants peuvent percevoir que le véritable bonheur se nourrit des valeurs évangéliques. Elles sont un gage de réussite. Ne les dissimulons pas derrière trop de structures, de rites et de croyances, même si on ne peut se passer d’elles. Pour vérifier où en est notre feu, trois mots devraient nous interroger: cohérence, sincérité, conviction. Tout cela, bien sûr, irrigué par l’amour.

