Roman « Un pays sans amarre »


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Roman « Un pays sans amarre »
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le - Modifié le
2 min

Il est des livres qui font effet sur la durée. Distrayants en première lecture, ils incitent à réfléchir à peine l'ouvrage refermé. C'est le cas de "Un pays sans amarre", le deuxième roman signé Françoise Landrot.

L'auteure a fait sa carrière au sein du ministère de l'Education en France, après des études de lettres et une spécialisation sur le Moyen-âge. Son premier roman, "Et elles passèrent sur l'autre rive", le montrait amplement. Ce deuxième ouvrage plonge cette fois-ci le lecteur au début du siècle dernier, au cœur du Morvan dans la campagne française. L'intrigue commence par l'interrogation autour de Benjamin, le fils du domaine. Sa conduite incohérente pousse le père à choisir de le faire interner… Il envoie le jeune homme en Algérie, pour être soigné dans un hôpital psychiatrique qui, à cette époque (1938) applique des méthodes innovantes.

Ce choix d'éloigner le jeune homme "non conforme au modèle", comme le dit sa mère, va fragiliser les relations parentales. La narratrice suit les émotions et le ressenti de cette maman qui vit très mal ce départ: "Demain, le bateau va t'emmener très loin […] Désespérée, je me demande ce qu'il nous restera de toi." Le roman décrit admirablement la tension sociale qui peut être vécue dans une famille bourgeoise lorsqu'un enfant marque sa différence. Et le déchirement des parents entre le fait de se conformer à la norme sociale et l'accompagnement de cet enfant dans ce qui est bon pour lui.

"Va où le cœur te porte…" Cette phrase pleine d'amour est prononcée par le père de Benjamin, à sa femme qui ne supporte plus l'absence de son fils à la maison. Malgré les convenances sociales, le mari autorise son épouse à se rendre en Algérie, voir dans quelles conditions leur fils est interné. La romancière décrit alors le pays nord-africain, tel que s'y déroulait la vie au début du siècle dernier. Le lecteur peut ressentir la danse des couleurs, le sens de l'accueil dans les familles algériennes autant que le respect absolu des classes sociales. Dépaysement assuré, dans le temps et dans l'espace.

A-F de Beaudrap

 

Françoise Landrot, "Un pays sans amarre", Editions des Béatitudes, 248 pages.

Catégorie : Culture

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