« Question d’enfant » – La rubrique de Luc Aerens « Pourquoi sont-ils tous si déprimés ? »


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« Question d’enfant » – La rubrique de Luc Aerens  « Pourquoi sont-ils tous si déprimés ? »
Par Isabelle Bogaert
Publié le - Modifié le
3 min

C’est dimanche matin. Comme à son habitude, le grand-père regarde la messe télévisée. Sa petite fille âgée de quinze ans se penche au-dessus de son épaule. Et voici que surgit de la part de l’adolescente la question claire, crue, inattendue… "Mais pourquoi sont-ils tous déprimés?" Totalement surpris et, il ne faut pas le cacher, quelque peu dérangé dans son écoute, le grand-père adopte pourtant le comportement qui convient: il engage la conversation. "Qu’est-ce que tu veux dire? Qui, penses-tu, est déprimé?" Et la jeune fille de répondre: "Mais eux tous, grand-père! Regarde-les, écoute-les!" Et elle désigne du doigt l’écran du téléviseur sur lequel on voit l’assemblée.

Regard critique subjectif ou objectif?
Le grand-père, habitué à regarder la messe télévisée, et à participer lui-même aux célébrations eucharistiques dominicales est tout d’abord déconcerté. Mais interpellé, il se sent appelé à adopter un regard nouveau par rapport à ce qui lui est familier… Trop familier peut-être! En clair, il se met à la place de sa petite fille et, par extension, de cette foule de jeunes, pourtant baptisés, mais qui ne fréquentent que rarement les célébrations chrétiennes. Plus largement encore, ce grand-père tente d’adopter un regard critique peut-être plus objectif, comme s’il observait le fonctionnement d’une communauté chrétienne en célébration de l’extérieur, exactement comme le fait sa petite fille et, en fait, la majorité de la population.
Il lui apparaît en effet que les chants, pourtant portés par une chorale tout à fait satisfaisante, sont d’une lenteur quelque peu déprimante. Ils ne peuvent en rien rejoindre la plupart des jeunes d’aujourd’hui… ("ni même beaucoup d’adultes" pense le grand-père). Le vocabulaire et le contenu utilisés au cours de l’homélie, pourtant riche et porteuse pour un chrétien convaincu, placent le propos totalement hors de portée du champ de communication et donc de l’intérêt de la majorité des contemporains. La ritualité (gestes, déplacements, objets, paroles) pourtant bien exécutée ne doit, il faut se rendre à l’évidence, pas susciter un supplément d’âme pour ceux qui ne sont pas initiés et amoureux de la liturgie.

Dialogue, chemin de communion
La réaction de sa petite fille n’était nullement une provocation, comme les adolescents savent parfois les distiller pour faire sortir les adultes de leurs gonds. Ici, c’était une vraie constatation et donc une vraie question. Il s’agit ici de la religion qui serait sans doute accueillie et vécue par davantage de personnes (enfants, adolescents et adultes) si elle pouvait vraiment interpeller leur vie. D’autre part aussi, ce "sommet et cette source" qu’est l’Eucharistie (selon la belle et juste expression de la Constitution sur la liturgie du Concile Vatican II), est-elle aujourd’hui le chemin d’accès le plus adapté pour celles et ceux qui sont éloignés de la vie ecclésiale? Il faut plus que probablement, pour le plus grand nombre de nos contemporains – pourtant plus demandeurs de profondeur et de spiritualité qu’on ne le croit généralement –, ménager d’autres voies pour communier aux merveilles qu’offre le christianisme. En tous les cas, ce grand père a eu deux réflexes pertinents. Celui, d’une part, de décrocher pendant quelques moments de "sa" messe pour dialoguer immédiatement avec sa petite fille (autrement c’eût été trop tard, une occasion gâchée!). Celui d’autre part, de se laisser interpeller, de prendre la question au sérieux et, en fait, d’adopter une attitude élémentaire du Christ, celle de voir et d’écouter ceux qui paraissent éloignés: avec tendresse, avec sérieux, pour que puissent un jour se rejoindre leurs questions, leur vie et le projet d’amour de Dieu pour chacun(e). Long chemin de communion en perspective!

Catégorie : L'actu

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