Avortement: jusqu’à la naissance?


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Avortement: jusqu’à la naissance?
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
5 min

Différentes propositions de loi ont été déposées récemment en vue de libéraliser presque totalement l’interruption volontaire de grossesse. Certaines de ces propositions autorisent, pour certains cas, l’avortement au-delà de vingt semaines de grossesse, sans mentionner de limites dans le temps. Autrement dit: jusqu’à la naissance.

Ecolo a lancé un appel aux autres partis politiques à constituer une majorité pour assouplir encore davantage les conditions d'accès à l'avortement. Peut-on cependant accepter que le Parlement légifère sur une question aussi grave en l’absence d’un gouvernement de plein exercice? C’est pourtant ce qui est en train de se passer dans la plus grande discrétion.

C’est dans le contexte actuel des "affaires courantes" que différents partis politiques veulent "faire passer" des lois assouplissant le recours à l’avortement ou à l’euthanasie, loin des projecteurs, de l’attention médiatique, et donc en dehors de tout débat public. Ce qui, dans le cadre de notre démocratie, qui se veut de plus en plus participative, pose sérieusement question, en particulier lorsqu’il s’agit du début et de la fin de la vie humaine.

Une libéralisation pratiquement totale

Trois propositions de loi ont été déposées pour modifier la loi relative à l’avortement, et trois autres pour modifier la loi relative à l’euthanasie. Pour la plupart d’entre eux, ces textes sont débattus en commissions à compter du 22 octobre.

Concernant l’avortement, les propositions sont les suivantes. Le Parti socialiste (PS) propose de supprimer toute sanction pénale au non-respect des conditions pour avorter, d’augmenter le délai de douze à dix-huit semaines pour l’avortement sans motif thérapeutique, de supprimer la mention obligatoire des aides matérielles et psychologiques, et de la possibilité d’adoption. Enfin, le PS veut raccourcir le délai de réflexion avant un avortement de six jours à quarante-huit heures.

De son côté, le parti DéFi, outre ces différents points, en ajoute plusieurs autres: permettre l’avortement au-delà de la dix-huitième semaine de grossesse si la "situation psycho-sociale de la mère constitue un obstacle sérieux à la poursuite de la grossesse", ou s’il y a un "risque élevé" que l’enfant à naître sera atteint d’une affection grave et incurable. Par ailleurs, DéFi veut inscrire l’avortement comme un soin de santé et interdire que des établissements de soins refusent la pratique de l’avortement en leur sein.

Enfin, le PTB-PVDA a également déposé une proposition reprenant ces différents articles, mais en proposant de porter le délai légal pour pratiquer une IVG sans motif thérapeutique à vingt semaines.

Une négation d’humanité

Ces différentes propositions de lois posent de graves questions. On l’a dit et écrit souvent, et il est nécessaire de le répéter encore: une grossesse non désirée peut s’avérer un drame pour la femme, ou la jeune fille qui vit cette situation. La détresse peut être réelle, parfois extrême, et la femme concernée ne peut alors échapper à un choix difficile, déchirant, à un choix entre deux biens ou deux maux, à un conflit de valeurs essentielles. Le législateur peut, lui aussi, être confronté à ce type de dilemmes. Tout comme, à un autre niveau, les Eglises ou d’autres communautés philosophiques.

Or, ce qui se passe actuellement dans le chef de nombreux décideurs politiques, c’est que certaines valeurs, certains droits humains essentiels sont purement et simplement niés. En l’occurrence, sans doute pour épargner aux femmes un sentiment de culpabilité insupportable, c’est le caractère humain de l’enfant à naître, son humanité qui sont purement et simplement niés. On peut comprendre que la reconnaissance du caractère pleinement humain d’un ovule fécondé, d’un embryon humain puisse être problématique. Il s’agit d’une question philosophique, qui peut et doit faire l’objet de débats, qui doit impliquer toutes les communautés convictionnelles.

Ces trente dernières années, on assiste pourtant, en Belgique et ailleurs, à une négation pure et simple de cette question de l’humanité de l’enfant à naître. Avec aujourd’hui une conséquence presque inévitable: on peut désormais envisager d’avorter au-delà de la dix-huitième ou vingtième semaine de grossesse, sans limite, donc jusqu’à la naissance. Si, en cas de danger pour la vie de la mère, on comprend que la question de l’avortement se pose de manière déchirante, qui pourra nier par ailleurs, sans l’ombre d’un doute, que la veille de sa naissance, un foetus est bel et bien un être humain? Dès lors, la "situation psycho-sociale" de la femme enceinte – notion on ne peut plus vague – peut-elle justifier de mettre fin à la vie d’un être humain viable?

On pense évacuer la détresse, le conflit, la culpabilité en allant toujours plus loin dans la libéralisation de l’avortement, mais au risque d’une régression de l’humanité. Certains conflits de conscience ne peuvent malheureusement pas être évités. Vouloir les éviter ne pourra que faire resurgir, tôt ou tard, avec encore plus d’acuité, le sentiment de culpabilité qui peut apparaître lorsqu’on fait le choix d’avorter, quelle qu’en soit la raison.

Le droit des femmes de ne pas se voir imposer un mode de vie, un mariage, une grossesse, sont, à raison, des valeurs essentielles dans notre société. Le corps de la femme n’appartient pas à une tierce personne. Mais peut-on nier pour autant que le corps qui se développe en elle n’est pas elle, et ne lui appartient donc pas purement et simplement?

Si l’Eglise apparaît parfois intransigeante sur de telles questions éthiques, elle a le rare mérite, aujourd’hui, de chercher le bien de l’enfant à naître, mais également d’accueillir la détresse des femmes qui ont avorté. Car la guérison est toujours possible. Au-delà de la culpabilité.

Christophe HERINCKX, avec IEB

 

Le Conseil de déontologie journalistique a constaté des fautes déontologiques dans cet article et dans la version originelle qui l’a remplacée. Son avis peut être consulté ici.

Catégorie : Belgique

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