Erbil se prépare de nouveau à accueillir des réfugiés chrétiens


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Erbil se prépare de nouveau à accueillir des réfugiés chrétiens
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
4 min

Tant à l’est qu’au sud de la « zone de sécurité » que les Turcs sont en train d’installer avec violence au nord-est de la Syrie, les églises s’apprêtent à accueillir des réfugiés chrétiens… Encore une fois.

À Ankawa, le grand quartier chrétien d’Erbil, « capitale » de l’Irak du nord, l’archevêque chaldéen-catholique, Mgr Bashar Warda, se prépare encore une fois à accueillir des milliers de réfugiés. L’énergique père rédemptoriste est un organisateur chevronné. Déjà en 2014-15, quand les terroristes avaient pris la ville de Mossoul puis pourchassé tous les chrétiens de la plaine de Ninive ainsi que les Yézidis de leur ville sainte de Sinjar, Mgr Warda avait prévu des milliers de containers-habitations pour protéger les familles de réfugiés du froid et de la neige.

Mgr Bashar Warda

Nouveaux flux de réfugiés

« Le nombre de réfugiés chrétiens en provenance de Syrie était déjà à la hausse depuis deux ans », explique Mgr Warda dans un communiqué. Mais vu les combats atroces autours des ville frontalières de Syrie ces derniers jours, il semble évident que de nouveau flux de réfugiés sont imminents. « Nous consacrons les mêmes soins dans l’accueil des réfugiés toute religion confondue », précise l’archevêque d’Erbil. « J’espère également pouvoir compter de nouveau sur les efforts d’hospitalité de la part des autorités régionales à Erbil et du gouvernement à Bagdad, mais surtout sur la solidarité de la communauté internationale. Pour éviter que les terres fragiles des minorités irakiennes – celles d’entre autres les chrétiens et les yézidis – souffrent de nouveau d’instabilité, il faut absolument pouvoir y remplacer les milices armées par des troupes régulières robustes. »

Pas de majorité kurde

L’archevêque émérite syriaque-catholique de Hassaké-Nisibe, Mgr. Jacques Behnan Hindo, dans un entretien accordé à l’ONG ‘Aide à l’Eglise en Détresse’, a rappelé qu’il insistait depuis longtemps auprès du parti kurde en Syrie au pouvoir sur le territoire de son archidiocèse – par ailleurs « sede vacante », tout comme l’est le siège épiscopal arménien-catholique de Qamishli – de ne pas brandir sans cesse leur identité kurde. « Les Kurdes ne représentent pas plus de 10% de la population », précise-t-il. Tout est en effet depuis longtemps « kurdisé » au nord-est de la Syrie. L’autonomie dans la région est perçue en Occident – ainsi qu’en Turquie – comme une affaire uniquement kurde, tandis qu’il s’agit au fond d’une alliance des kurdes avec les chrétiens de la région et avec des Syriens arabes et turkmènes. « Je savais que les Américains n’allaient pas sauvegarder les kurdes contre d’un assaut turc. »

Mgr Jacques Behnan Hindo

« Les Kurdes vont tout perdre », prédit Mgr. Hindo, « comme ils ont déjà tout perdu quand des milices pro-Turcs ont pris Afrin. » Mais quel dommage collatéral, pour se servir de ces termes cyniques. Qamishli, par exemple, est une ville qui date de 1925, quand il fallait trouver un lieu sécurisé pour abriter les survivants des génocides arméniens et assyriens par les Jeunes Turcs à la fin de la Première Guerre mondiale. « Un grand nombre de ces chrétiens n’ont même pas la nationalité syrienne », dit Mgr Hindo. « Ils sont encore toujours Turcs ou Irakiens ; s’ils sont encore une fois pourchassés, ils n’ont plus de droits ni d’avenir. » Un quart des catholiques de Qamishli et la moitié des catholiques ont déjà quitté le pays les dernières deux années. « Je sais qu’au moins cinq mille familles se précipitent maintenant vers Hassaké. »

Culpabilité de l’Occident

L’archevêque émérite syriaque-catholique de Hassaké-Nisibe pointe l’Occident du doigt sans mâcher ses mots. « Washington, Londres, Paris, Rome ou Berlin prônent sans cesse la démocratie, mais dans les faits, ils ne se préoccupent que de leurs propres intérêts. Si les droits de l’homme leur sont réellement aussi chers qu’ils le prétendent, où sont-ils maintenant ? Leurs interventions affaiblissent à chaque reprise nos régions, jamais ils ne nous renforcent. Les attaques des Turcs à Qamishli ont également affecté la prison de Chirkin, d’où se sont échappés plusieurs terroristes de Daesh. Avec le soutien des Saoudiens et des Turcs, ces jihadistes vont encore terroriser nos régions, avant de se rendre en Europe pour y commettre des attentats sanglants. »

Benoit LANNOO

Catégorie : International

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