Entretien – Comment faire un label « Eglise verte »?


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Entretien – Comment faire un label « Eglise verte »?
Par Nancy Goethals
Publié le - Modifié le
7 min

Avec le label Eglise verte, toutes les composantes de L'Eglise peuvent pratiquer leur conversion...écologique

Agir pour notre Maison Commune et s'engager pour l'écologie intégrale au sein de l'Eglise, c'est bien sûr s'inspirer de Laudato Si,' une encyclique qui a dépassé les frontières de l'Eglise. Les chrétiens étant aussi des citoyens – souvent engagés – il n'y a qu'un pas pour qu'ils appliquent dans leurs paroisses, communautés, catéchèses… ce qu'ils font déjà dans leur vie quotidienne.

A l'occasion du 'Mois de la Création' décrété par le pape François, l'hebdomadaire Dimanche n°32 de cette semaine se penche cette semaine sur l'appel des évêques à la conversion écologique et les initiatives menée en Belgique et ailleurs. En complément, voici l'interview de Elena Lasida qui est chargée de mission à la Conférence des Evêques de France (CEF). Elle nous partage l'expérience de labellisation 'Eglise verte' en France. Ce label connaît un certain succès. Son but est d’accompagner les communautés chrétiennes pour agir en écho à Laudato Si'.

Entendre l’appel des chrétiens

"Les gens veulent des idées concrètes. C’est ce qui nous a poussés à trouver un outil concret facilement utilisable" explique la coordinatrice du projet 'Ecologie et société' lancé dans la foulée de la diffusion de Laudato Si' et de la 21ème conférence pour le climat à Paris – la COP21. Toutes deux ont eu lieu en 2015. "Je pense qu’on a eu une opportunité historique: Laudato Si' c’est une encyclique magnifique au langage accessible. C’est un facteur clé car beaucoup de groupes l’ont lu, ce que je n’ai jamais vu pour les autres encycliques."

Le label Eglise verte existe depuis deux ans en France. Elena Lasida est à présent invitée partout en Europe pour venir en parler.

En quoi consiste le projet ?

Il s’agit d’une labellisation de tout ce qui touche à la gestion des églises, salles paroissiales, communautés, séminaires… pour qu’elles répondent mieux aux enjeux écologiques des décennies à venir. Le projet est œcuménique car y participent les catholiques, les protestants et les orthodoxes.

Aujourd'hui, 312 organisations – paroisses, groupes communautaires, écoles… - sont labellisées. La croissance a été beaucoup plus rapide que prévu: on reçoit en permanence des appels de paroisses qui demandent comment faire. On répond donc à un besoin. Maintenant que le projet tourne, il éveille l’intérêt d’autres pays (Suisse, Pays-Bas, Espagne, Portugal…) mais aussi d’autres confessions religieuses (les musulmans de France, par exemple).

Comment avez-vous débuté?

On a rassemblé des gens de mouvements différents – point de vue œcuménique – qui étaient intéressés par la question écologique. Et on a organisé des événements pour la COP 21. Quand elle s’est terminée, on s’est demandé ce que l’on allait faire. Nous nous sommes inspirés d'une initiative anglaise – Ecochurch, née avant la publication de Laudato Si' – lancée par l’association protestante A Rocha. On s’est rendu compte qu’il fallait l’adapter. Puis on s’est dit qu’il fallait créer notre propre outil. L’aile française de cette association nous a beaucoup aidés pour mettre en place le projet de labellisation 'Eglise Verte'.

Quels sont les projets mis en place?

Il y a des pratiques très différentes. Sur un petit terrain, une paroisse fait du compost communautaire dont chacun peut bénéficier. C’est une toute petite initiative qui a créé du lien dans la communauté avec cette idée que tout le monde contribue au compost et tout le monde peut s’en servir. D’autres placent des ruches. Il y a aussi beaucoup de choses faites au niveau des célébrations et des rencontres paroissiales.

On a une lettre d'info bimensuelle [tous les deux mois], qui permet de s'inspirer mutuellement des pratiques des uns des autres. Chacun est donc acteur. Le plus intéressant n'est pas de prendre les choses toutes faites. La question est de savoir comment créer une ou des initiatives adaptées à sa réalité. Et cette dernière est différente à la campagne ou en ville. Par exemple, il y a un séminaire à Tours qui a demandé la labellisation. Les séminaristes ont créé un jardin potager et ils témoignent à quel point ce travail ensemble dans le jardin a tissé des liens. Il y a donc des effets collatéraux mais très bénéfiques à la réalisation de l'écologie intégrale!

On a aussi mis en place dans chaque diocèse un référent diocésain à l'écologie intégrale. Leur activité n'est pas uniquement la labellisation mais on se sert beaucoup d'eux. Par exemple, ils peuvent faire une conférence de sensibilisation. L'idée est de créer un réseau et d'utiliser les ressources locales. Chacun est acteur.

On ne veut pas ouvrir la porte à une instrumentalisation du label à des fins commerciales. Par exemple, des entreprises ayant une identité chrétienne nous ont demandé à être labellisées. Grand débat entre nous : nous avons peur du green washing, C’est un fait qui montre qu’on décide du concret et du fondamental. Cela nous renvoie à des questions énormes !

Comment le label peut-il se financer?

Une question revient très souvent: comment demander aux paroisses de participer financièrement? Le bruit a commencé à circuler que le label était payant. Donc il a fallu clarifier: le label n'est pas payant! Mais pour fonctionner et le développer nous avons besoin de financement. Nous demandons donc à chacun de participer, selon ses capacités. Au départ, le projet de labellisation est financé par les trois Eglises (catholique, orthodoxe et protestante) mais l’idée est qu'il puisse progressivement s’autofinancer. Toujours est-il que la recherche de financement reste un défi permanent.

Par ailleurs le support et l'encadrement des groupes qui veulent se lancer dans la labellisation est essentiel. Deux personne salariées ont été engagées et elles se consacrent majoritairement à répondre aux appels. Tant les appels pour des renseignements que les demandes de conférences ou d'accompagnement dans les démarches sont en augmentation. Ce qui a conduit à créer encore deux nouveaux emplois.

Au début, le travail était 100% bénévole. Le premier site était artisanal. Les protestants ont poussé à faire appel à un développeur professionnel. Le site est de très bonne qualité et donne plein de possibilités. Cependant, même si tout y est décrit, il n'y a pas de rubriques FAQ [ndlr : Foire Aux Questions] bien que beaucoup de questions reviennent. En effet, le contact personnel est irremplaçable. Cela change tout ! Pour cela, il faut quelqu'un de salarié – pour assurer la disponibilité - il faut donc de l'argent. Et il faut accepter de construire progressivement.

Quels conseils pour ceux qui voudraient se lancer ?

La clé du succès c’est le travail collectif. Il faut rassembler un noyau de personnes prêtes à évoluer en permanence et à se remettre en question. Quand il y a un accord avec le groupe de base, aller voir les autorités pour demander un soutien, entre autres financier.

Quelles sont les erreurs à éviter ?

Oh, il y en a tout plein! Par exemple, grâce aux réponses au questionnaire de labellisation, on s'est aperçu que les critères entre les deux niveaux intermédiaires n'étaient pas assez marqués. On a changé et on a envoyé un message à tous: "On vous laisse à votre niveau, vous pouvez décider vous-mêmes de vous rétrograder". Bref, on ajuste en permanence.

Avez-vous des contacts avec les juifs et les musulmans?

Oui, toute la démarche pour la COP21 s'est faite de manière inter religieuse. En France, il y a un collectif qui rassemble les trois églises chrétiennes, les juifs, les musulmans et les bouddhistes.

Au niveau des communautés, on a surtout des contacts avec les musulmans. Nous avons déjà fait deux fois des assises chrétiennes de l'écologie et les musulmans s'en sont inspirés, à plus petite échelle. Ils nous y ont invités.

Il est ainsi possible de toucher une importante frange de la population. Il y a des aspects de la pratique musulmane - comme le ramadan - qui concernent aussi les non pratiquants. Le lien entre le spirituel et le rapport à la terre et à la nature se tisse facilement.

Votre projet inspire dans d'autres pays. Quel soutien peut apporter le Vatican?

Le Vatican a fait beaucoup car il a fait Laudato Si'. Il souhaite maintenant que chaque église développe localement les outils les plus adaptés. Ce que je trouve magnifique dans cette encyclique, c'est qu'il y a beaucoup de notes en bas de page qui renvoient vers un document d'une église locale, et souvent des pays du sud. C'est une belle transmission! Cela valorise et légitime le travail des églises locales et cela donne des idées aux autres.

Je pense que le rôle du Vatican est avant tout d'entendre et de faire écho, mais surtout ne pas imposer. Il peut consolider, reconnaître, légitimer, donner à connaître et il faut qu'il renforce la créativité locale mais il ne peut la remplacer. Laudato Si' a attiré l'attention de l'Eglise et de ses composantes qui ont compris que ce problème les touchait aussi, au cœur de leur foi.

Seigneur, fais de moi un instrument…

La labellisation 'Eglise verte' propose différents niveaux d'engagement qui sont assimilés à des graines que l'on plante et qui donnent toutes des fruits ou des arbres magnifiques.

Elena Lasida insiste: "il est essentiel que l’initiative vienne des chrétiens de la base – groupe paroissiaux, communautés, unités pastorales, mouvements de jeunesses… Par contre, la réussite des projets tient à sa reconnaissance par les institutions officielles."

Du compostage communautaire aux célébrations et fêtes plus durables en passant par des formations, conférences, animations, sensibilisations visant à réduire l'empreinte écologique dans les églises et communautés… tout fait donc farine au moulin. Et, cerise sur le gâteau, toutes ces activités sont créatrices de liens.

Semez et vous récolterez!

Nancy Goethals

Pour plus d'information sur les projets et le fonctionnement: le site 'Eglise verte'

Catégorie : Sens et foi

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