« Protection du mode de vie européen »: l’Europe cède-t-elle à la pression populiste?


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« Protection du mode de vie européen »: l’Europe cède-t-elle à la pression populiste?
Par Sophie Delhalle
Publié le - Modifié le
4 min

(c) European Parliament

La nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, vient à peine de présenter les noms des nouveaux titulaires des portefeuilles européens qu'une première polémique se dessine à l'horizon. En cause, le nouvel intitulé « protection du mode de vie européen », pour le portefeuille du commissaire en charge du dossier ultra-sensible de la migration.

C'est le Grec Margaritis Schinas, dont le pays est en première ligne des arrivées de migrants, qui reçoit ce portefeuille fraîchement rebaptisé "protection du mode de vie européen". Il sera aussi l’un des neuf vice-présidents de la nouvelle équipe qui doit prendre ses fonctions le 1er novembre. Mais avant cela, tous les futurs commissaires devront passer une audition devant la Commission pour y défendre leur candidature.

Mode de vie = valeurs

Lors d’une conférence presse de présentation de sa nouvelle équipe, Ursula von der Leyen a rappelé que les intitulés des portefeuilles des vice-présidences étaient tous tirés du programme politique présenté devant le Parlement européen et donc rendu public.

"Notre mode de vie européen, c’est s’accrocher à nos valeurs. La beauté de la dignité de chaque être humain est l’une des plus précieuses valeurs", a-t-elle déclaré, pour justifier le lien entre l’intitulé du poste et le dossier migratoire.

Dans son programme, la nouvelle présidente avait détaillé ce qu'elle entendait par « protéger notre mode de vie européen »: il s'agissait de préserver l’Etat de droit et la sécurité intérieure, œuvrer à des frontières solides et travailler à une nouvelle approche en matière de migration.

Réactions

Cette dénomination semble toutefois créer un certain malaise, en particulier chez les opposants politiques au PPE, le groupe de droite conservatrice auquel appartient la présidente. Certains l'accusent même de tendre ainsi la main à la droite populiste.

" Cela fait peur de voir proposer un portefeuille sur la 'protection du mode de vie européen' qui inclut la migration et la protection des frontières. Nous espérons que la présidente von der Leyen ne voit pas une contradiction entre soutenir les réfugiés et les valeurs européennes ", a réagi la co-présidente du groupe des Verts au Parlement européen Ska Keller.

Le britannique Claude Moraes, du groupe des sociaux-démocrates, voit cette annonce comme un « vrai problème » qu'il soulèvera auprès de son groupe ; il s'est également exprimé de manière plus explicite sur Twitter affirmant qu’un portefeuille ainsi nommé ne pouvait pas exister.

L'eurodéputé écologiste Philippe Lamberts s'est indigné dans les médias : "C’est évidemment un scandale absolu. Autrement dit, quoi qu’il s’en dise, ils reprennent la vision de l’extrême droite selon laquelle la question migratoire est d’abord un enjeu de protection d’un soi-disant mode de vie européen, dont on n’a d’ailleurs pas idée de ce qu’il signifie".

Certaines associations comme Amnesty International ou la Fondation Schuman n'ont pas tardé à réagir émettant des avis mitigés et inquiets sur cette nouvelle dénomination qui fait le lien entre migration et sécurité, renforçant l'idée que les migrants représentent une menace pour l'Europe.

(c) The Official CTBTO Photostream

Via sa page Facebook, le CIRE - asbl réagit en ces termes: "'Commissaire en charge de la protection du mode de vie européen'. C’est le nouveau nom donné au poste de commissaire européen en charge de la migration. La commission Von der Leyen entérine donc l’idée qu'il existe un et un seul mode de vie européen, et que cette uniformité est menacée par les migrations. L'extrême droite européenne et internationale ne peut que saluer cette belle reconnaissance des idées qu'elle martèle avec tant d'application."

D'autres analystes s'attardent plus longuement sur les choix à des postes-clés qui traduisent notamment la volonté d'Ursula von der Leyen de faire de l'Europe un continent décarboné et à la pointe du numérique. Un exécutif européen qui respecte la parité homme-femme mais également l'équilibre entre tous les Etats membres.

Reynders à la Justice

Comme cela circulait depuis quelque temps, le nom de Didier Reynders a été choisi pour le poste de commissaire européen à la Justice. Malgré un manque d'expérience en cette matière au niveau national, sa formation de juriste devrait pouvoir l'aider dans cette nouvelle fonction. Il aura pour mission, entre autres, de gérer la coopération européenne en matière de lutte contre la criminalité et de finaliser le très complexe dossier de la mise en place d'un parquet européen. Il sera également responsable du respect de l'état de droit, un aspect sur lequel il travaille depuis plusieurs années, a-t-il confié au micro de la RTBF.

Rappelons que toute l’équipe présentée par Ursula von der Leyen doit passer des auditions devant les eurodéputés, qui devront confirmer les postes attribués.

S.D.


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