Briser le mur du silence qui entoure le suicide


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Briser le mur du silence qui entoure le suicide
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
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Dans notre société en constante évolution, il reste cependant un sujet délicat, toujours difficile à cerner, à appréhender : le suicide. Un acte qui dérange et laisse des proches désemparés. Quant à l’Eglise, si elle n’approuve pas, elle comprend et pardonne.

Force est de constater que le suicide reste sans doute comme l’un des derniers tabous à lever en ce début du XXIe siècle. Cet acte terrible que l’on continue à cacher dans les familles, et dont on ne parle pas en société. Par honte. Une mort volontaire qui frappe également de plein fouet les proches de la victime. Avec des familles dévastées et souvent laissées sans réponses face à l’acte commis. Et ce même si une assistance peut être octroyée par des spécialistes, dont la cellule d’aide mise en place par le centre belge de prévention du suicide. Avec un travail de deuil bien plus complexe à effectuer que dans le cas de morts plus « classiques ».

En Belgique, le suicide est à l’origine de quelque 2.000 décès chaque année, soit le 5e plus haut taux d'Europe en la matière. C'est la deuxième cause de mortalité après les accidents de la route. Des chiffres officiels diffusés par le centre de prévention du suicide (www.preventionsuicide.be) qui lance en ce mardi 10 septembre, journée mondiale de prévention du suicide, une nouvelle campagne avec pour mot d'ordre : "Tout le monde peut agir".
Mais ces chiffres sont sans doute inférieurs à la réalité. Des accidents ou des morts suspectes peuvent en réalité cacher un suicide.
Parmi les personnes les plus vulnérables, figure la jeune génération, celle située entre 15 et 25 ans. Et, inévitablement, se pose dans le chef du grand public et de certains médias la question de la responsabilité des réseaux sociaux et des séries TV. Souvent accusés de déclencher un acte suicidaire parmi les individus plus fragiles. Dernier dossier en date, celui relatif à une série américaine, ‘13 Reasons why’, qui aurait poussé de jeunes Américains à commettre l’irréparable du fait du grand réalisme de la série. Le lien de cause à effet est-il avéré ? Rien n’est moins sûr. Comme le précise d’ailleurs Tomas Landaburu, directeur du centre de prévention du suicide : « Il est certain que les réseaux sociaux et les médias ont une certaine influence sur la jeune génération. La série ‘13 reasons why’ a pu donner des idées à certains. Mais, ces facteurs ne sont généralement pas la cause du suicide d’un jeune. En effet, il faut savoir que le processus suicidaire est bien plus long et plus complexe que la vision d’une série. Il est en effet très rare qu’une personne se donne la mort sur un coup de tête. C’est plutôt le résultat d’un long processus. » Un avis partagé également par le psychologue Jean Hemelrijck : « Les réseaux sociaux et les œuvres de fiction constituent un objet que l’on a fort envie de noircir (parfois avec raison, mais pour d’autres sujets), mais ils permettent aussi des mises en réseau. Des personnes présentes sur le Net se livrent plus facilement que dans la vie réelle, et c’est une bonne chose. Et la fiction, même réaliste, permet d’apporter davantage de lumière sur le suicide. Quant aux phénomènes de mimétisme liés à cette série, ce serait oublier que cela existait bien avant les réseaux sociaux. » Face au besoin permanent de trouver un bouc émissaire pour chaque problème de société, il faut donc raison garder. Même face au suicide.

Et Dieu dans tout ça ?

Par cet hommage indirect à la célèbre formule de Jacques Chancel, il n’est sans doute pas inutile de rappeler la position de l’Eglise face à ce drame. Avant le concile Vatican II, le suicide constituait un obstacle à des funérailles religieuses. « Cela partait de l’idée que la vie ne nous appartient pas vraiment et l’ayant reçue de Dieu, c’était plutôt paradoxal de demander une cérémonie religieuse » explique Tommy Scholtès sj, porte-parole francophone de la conférence épiscopale. Depuis, les choses ont évolué, et dans le bon sens. « Aujourd’hui, il est fréquent que des personnes qui se sont suicidées soient enterrées avec une cérémonie religieuse si la famille en fait la demande. Le raisonnement de l’Eglise se base sur le fait que la personne décédée s’est souvent sentie dans une sorte de contrainte irrésistible au vu de la situation qui était la sienne. Comme, une dépression, une maladie grave, une situation sociale extrême… » ajoute encore Tommy Scholtès.

Parler, pour aider et prévenir

Le suicide constitue un sujet délicat, bien loin d’avoir livré toutes ses réponses. « Ce qui est important, c’est de savoir d’où émerge le suicide. Face à cette question complexe, on a tous envie d’une réponse simple, qui évacue la complexité du suicide. Mais c’est très compliqué d’y arriver, voire impossible » déclare Jean Van Hemelrijck. Qui ajoute encore que « dans le problème du suicide, celui qu’il faut accuser, c’est le silence. Le meilleur remède contre le suicide, c’est la relation, les mots échangés avec le désespéré. Pour briser l’isolement. » Des propos partagés par Tomas Landaburu qui insiste également sur l’importance des journées d’information mises en place. « Elles permettent à chacun d’entre nous de devenir un acteur majeur dans la prévention. » Avec le suicide comme avec d’autres drames sociaux, on en revient toujours au besoin d’écoute et d’entraide.

Philippe DEGOUY

Catégorie : Belgique

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