Du 11 au 15 septembre se tiendra la cinquième édition de la Session Lead. Objectif: permettre à des jeunes (20-30 ans) de réfléchir au sens de leur carrière professionnelle, à la lumière de l’Evangile et à l’aide de grands témoins. Dimanche a voulu en savoir plus sur les coulisses du projet.
28 juillet 2013, Rio de Janeiro: les Journées Mondiales de la Jeunesse se terminent. Sur les plages de Copacabana, 3,7 millions de jeunes assistent à la messe de clôture. A la manœuvre, le tout fraîchement nommé pape François. "Que nous dit le Seigneur?", lance-t-il à la foule. "Trois paroles: Allez, sans peur, pour servir."
Sous le regard du Christ rédempteur
Le message résonne d’une manière un peu particulière auprès de quelques Belges. Depuis peu, ils mûrissent un rêve: organiser une université d’été pour des jeunes chrétiens désireux de réfléchir à leurs choix de carrière. L’idée ne sort pas de nulle part. Quelques mois plus tôt, en France, ils ont participé à la session "Acteurs d’avenir", une association qui veut favoriser la formation humaine, intellectuelle et spirituelle de futurs décideurs chrétiens. "Nous voulions permettre à des jeunes Belges de rencontrer des personnalités inspirantes", explique Tanguy Boquet, l’un des pionniers. "Quand on est jeune, il est bon d’entendre des personnes partager leur expérience, et expliquer comment elles parviennent à concilier foi et responsabilités professionnelles."
Au Brésil, Tanguy et quelques autres approchent le père Emmanuel de Ruyver, qui les accompagne. "Dès le début, j’ai été enthousiaste", se souvient le prêtre. "Aujourd’hui, les jeunes veulent une Eglise qui soit sur leur terrain. Et il est important que l’Eglise soit présente sur les questions professionnelles." A 9.400 kilomètres de Bruxelles, sous le regard bienveillant du Christ rédempteur, un projet fou vient de naître.
La bénédiction des anciens
Retour au pays. Une petite équipe se forme. Pendant un an, elle dessine les grandes lignes du projet. Un leitmotiv, déjà: mettre tous les curseurs au max! En clair: le cadre sera beau, les intervenants seront top, la com’ sera pro et les mets seront soignés. Reste à trouver des moyens. Mgr Kockerols, évêque référendaire pour les jeunes, donne sa bénédiction: "Allez-y, avancez." Dans la foulée, un comité de soutien est constitué. "Dès le départ, nous avons été séduits par le fond du projet, mais aussi par le professionnalisme avec lequel il était lancé", se souvient Patrick du Bois. Délégué épiscopal pour la gestion du temporel à Malines-Bruxelles, cet ancien haut cadre de la Sabena rejoint le comité, au même titre que feu Philippe de Woot notamment. L’apport de ce petit groupe se révélera précieux à l’heure de trouver des fonds et de convaincre les premiers intervenants.
Reste à trouver un lieu. Un monastère? L’idée n’est pas retenue, car la session ne doit pas ressembler à une retraite. Après plusieurs visites, l’équipe tombe sous le charme de l’hôtel du Prieuré de Corsendonk, à Turnhout. En septembre 2015, une première édition s’y tient. 130 jeunes y participent. C’est un succès!
Des fruits…
Parmi les ingrédients-clés de la session, il y a les témoins. Au fil des ans, Jean-Michel Javaux, Herman Van Rompuy, Frédéric Van Leeuw et beaucoup d’autres se succèdent à la tribune de Lead. "Nous rencontrons chaque intervenant avant la session", explique Clothilde de Meulenaere, l’actuelle présidente. "Nous leur demandons de faire un témoignage, pas une conférence." Particularité: les participants de la session sont invités à signer une charte de confidentialité. Ce qui offre aux orateurs une liberté de parole souvent inédite.
Durant la session, le deuxième étage de l’ancien monastère de Corsendonk se transforme en chapelle. Laudes, sacrement de réconciliation, adoration… Des prêtres et religieux participent aussi à l’événement. Ni pour organiser ni pour intervenir. Simplement pour être là. "Cette présence discrète peut permettre aux jeunes de faire une rencontre personnelle avec le Christ", explique Emmanuel de Ruyver. "Les jeunes souhaitent aussi être nourris dans leur foi. Mais ils sont davantage en attente d’une Eglise relationnelle que d’une Eglise-institution." Les fruits sont nombreux, comme en témoignent les demandes d’accompagnement ou la beauté des confessions. Pour autant, pas besoin d’être catho pour aller à Lead! "Beaucoup de participants sont en marge de l’Eglise et tout le monde n’est pas baptisé", relève encore Emmanuel de Ruyver. "Un athée est même venu deux fois d’affilée…"
De retour de la session, de nouveaux horizons se dégagent. Les jeunes sont plus conscients d’avoir des opinions, et plus libres de les partager. Soudain, certains se sentent l’âme d’un leader d’opinion. Ils prennent la plume et publient une carte blanche dans la presse. D’autres décident de changer de boulot – histoire d’y trouver un supplément d’âme.
…et des défis!
A l’aube de sa cinquième édition, la Session Lead est bien rôdée. Mais elle demeure fragile. L’un des défis: son financement. Sans relâche, les organisateurs s’en vont en quête de nouveaux donateurs. Autre challenge, pour Lead: se défaire de l’étiquette "élitiste" qui lui colle à la peau. "Nous considérons que tout le monde peut être leader, là où il est", insiste Emmanuel de Ruyver. "Il n’y a pas de critère de sélection. L’ambition de servir n’est pas réservée à une certaine frange professionnelle." Reste que le public de Lead est plutôt blanc et aisé. "On aimerait qu’il y ait davantage de diversité", reconnaît la présidente. "On y travaille…"
Dernier défi: durer. Pour continuer, outre les sous, trois éléments sont nécessaires. A commencer par des jeunes prêts à s’investir dans l’organisation. Pour l’heure, ça marche: au fil des ans, l’équipe porteuse n’a cessé de se renouveler. Il faut aussi de bons témoins. Là non plus, pas d’inquiétude: les organisateurs disposeraient d’une liste de… 200 noms d’intervenants potentiels! Enfin, les participants. Sans doute y en aura-t-il toujours. "Je crois que Lead correspond à une demande", conclut Emmanuel de Ruyver. "Aujourd’hui, les jeunes ne veulent pas d’abord gagner plein d’argent, mais trouver un boulot qui leur donne du sens."
Vincent DELCORPS
Pour en savoir plus: sessionlead.be
Du 11 au 15 septembre se tiendra la cinquième édition de la Session Lead. Objectif: permettre à des jeunes (20-30 ans) de réfléchir au sens de leur carrière professionnelle, à la lumière de l’Evangile et à l’aide de grands témoins. Dimanche a voulu en savoir plus sur les coulisses du projet.