Dans l’évangile de saint Luc de dimanche dernier, le Christ nous dit: "Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte." J’ai immédiatement mis cette phrase en relation avec un autre propos de l’évangile de Matthieu (25, 31-46): "J’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli". Et plus loin: "Amen, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait."
Ces mots prononcés par Jésus résonnent de façon tonitruante au regard de l’actualité. La presse a évoqué le comportement de certains agents de Frontex, l’agence censée "sécuriser" les frontières de notre vieille Europe, à l’égard de migrants. Ouvre-t-on nos portes? Accueillons-nous ceux qui fuient la misère, la guerre et les exactions? Certes, on peut rétorquer avec raison qu’on doit réguler cette migration, mais utiliser des moyens tels que ceux qui ont été cités (matraques, chiens, barbelés…) n’est pas digne de notre civilisation.
Dans son message à l’occasion de la Journée du migrant et du réfugié du 29 septembre prochain, le pape François invite à éviter de faire du phénomène migratoire "le bouc émissaire de peurs et d’insécurités, d’un mal-être social qui a des causes bien différentes". C’est bien là que le bât blesse: nous cherchons un sens à donner à notre avenir face à un monde qui s’ouvre et dans lequel l’Europe n’a plus la place centrale. Nos jeunes l’ont bien compris. Le changement peut faire peur, mais il est inéluctable.
Notre mal-être social est réel, comme le prouvent les résultats récents de nombreux scrutins électoraux. Aujourd’hui, dans une Europe en déclin, l’arrivée de migrants doit être considérée comme une chance, non comme un danger. Et si nous sommes inquiets, alors mettons nos dirigeants devant leurs contradictions: baisse du niveau d’aide européenne au développement, mais hausse du budget de Frontex. Si nous aidons au développement de ces pays en proie à la misère ou aux guerres, leurs populations ne devront plus risquer leur vie pour vivre dignement. "Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait." Méditons cette phrase du Christ.
Jean-Jacques DURRÉ
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