Approcher la résurrection


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Approcher la résurrection
Détail de "Resurrezione", sculpture de Pericle Fazzini (1975), dans la Salle Paul VI au Vatican. DR
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
6 min

Détail de "Resurrezione", sculpture de Pericle Fazzini (1975), dans la Salle Paul VI au Vatican. DR

"Le Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité." Cette proclamation de Pâques, originaire du christianisme oriental, exprime de façon lapidaire la foi en la résurrection. Comment comprendre cette résurrection, qui est au cœur de la foi chrétienne?

Comme le rappelait déjà saint Paul aux chrétiens de Corinthe, en réponse à ceux qui disaient qu’il n’y a pas de résurrection des morts: "si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi" (1 Co. 15, 14).

C’est dire que l’on n’a pas attendu l’époque moderne pour contester la réalité de la résurrection, celle du Christ et la nôtre. Dans le monde antique gréco-romain, qui est l’aire religieuse et culturelle dans laquelle est né le christianisme, la résurrection du corps, de la chair – comme le dit le Symbole des apôtres – n’avait pas de sens. Tout ce qui avait trait à la corporéité, comme on l’appelle aujourd’hui, était perçu négativement: le corps était une prison dont l’âme devait se libérer pour accéder à la béatitude, comprise comme "seulement" spirituelle. L’esprit seul survit par-delà la mort. On comprend dès lors la réaction des philosophes d’Athènes lorsque Paul tente de leur expliquer la foi chrétienne: "Au mot de ‘résurrection des morts’, les uns se moquaient, d’autres déclarèrent: ‘Nous t’entendrons là-dessus une autre fois'" (Ac. 17, 32).

D’une façon assez similaire, les grandes spiritualités orientales, notamment l’hindouisme et le bouddhisme, comprennent également le salut de l’homme comme salut de l’esprit, par le biais du détachement des désirs, qui ouvre la voie à l’éveil ou à l’union avec Dieu. En Europe également – parmi les non chrétiens, mais aussi pour de nombreux chrétiens –, les convictions relatives à une vie après la mort, lorsqu’elles existent, ont évolué dans le sens d’un accomplissement exclusivement spirituel.

Une telle conception semble davantage compatible avec la vision moderne de l’homme, fondée sur certaines sciences, une certaine forme de rationalisme et une certaine compréhension de l’humain. Rien en effet, dans les sciences physiques ou biologiques, ne semble aller dans le sens d’une future résurrection corporelle des morts. La raison, dès lors, semble ne pouvoir se baser sur aucun élément concret pour envisager une telle possibilité.

Expérience du mystère

Ces objections à la résurrection sont bien évidemment à prendre au sérieux, et de nombreux exégètes et théologiens ne s’y sont pas trompés. Certains, depuis le siècle dernier, ont parfois été amenés à relativiser la notion chrétienne de résurrection, sa réalité, allant parfois jusqu’à parler d’une simple "forte conviction intérieure que le Christ était toujours vivant" après sa mort, à propos de l’expérience que les apôtres ont fait de la résurrection du Christ.

Cette approche ne doit certainement pas être méprisée. La foi des chrétiens – y compris les premiers d’entre eux – en la résurrection peut effectivement être comprise comme s’attachant à une réalité qui ne peut être perçue par le sens commun – c’est-à-dire par les cinq sens. Cela dit, l’essentiel, en ce qui concerne la résurrection, est bel et bien de croire qu’il s’agit d’une réalité. A partir de là, il est important, autant que possible, de comprendre quelle est cette réalité pour les évangiles, le reste du Nouveau Testament et, par la suite, le credo de l’Eglise. Les sciences modernes peuvent nous y aider, en nous apprenant à identifier ce qui peut relever d’un mode d’expression culturellement situé. A condition toutefois de ne pas se laisser entièrement submergé par des présupposés, voire des préjugés rationalistes. Un tel préjugé pourrait être celui-ci: "Puisque la résurrection ne peut être connue par l’observation commune ou les lois de la physique, elle ne peut exister."

A l’inverse, il ne suffit pas de dire que la résurrection est un "mystère". Elle est certes un mystère, mais cela n’implique pas qu’aucun discernement n’est possible lorsqu’on cherche à approcher ce qu’il signifie. La foi dans le mystère n’exclut pas l’usage de la raison; elle l’implique au contraire, même si, en même temps, elle la dépasse. Quant au discernement à opérer, il lui faut, toujours, se référer aux Ecritures. Or, lorsqu’on lit les récits évangéliques, plusieurs éléments ressortent avec force.

Corps spirituel

D’abord, la résurrection y est évoquée, encore une fois, comme une réalité. Ensuite, elle n’est décrite nulle part: ni les femmes au tombeau, ni, par la suite, les apôtres et d’autres disciples, n’ont été les témoins de la résurrection en tant que telle. Enfin, certains ont cependant fait une expérience du Christ ressuscité: il s’est "manifesté" à eux, il leur est "apparu", ils l’ont "vu". Les récits de ces expériences, malgré et à travers la différence des descriptions d’un évangile à l’autre, insistent même sur la réalité "sensible" du ressuscité: il ne s’agit pas d’un pur esprit. Lorsque Jésus ressuscité apparaît à ses disciples, il se donne à voir, à entendre, à toucher. En même temps, il ne semble plus soumis aux lois du temps et de l’espace: "Jésus vint, toutes portes verrouillées, il se tint au milieu d’eux…" (Jn. 20, 26)

Comment approcher un tant soit peu cette réalité de la résurrection? Les récits des évangiles, pas plus que les écrits de saint Paul sur la résurrection, ne permettent d’en induire une définition précise. Au contraire, la fluidité des textes reflète l’impossibilité de saisir cette réalité. Ils disent davantage ce que la résurrection n’est pas: un simple retour à la vie "précédente" du Crucifié, une réalité simplement physique, ou au contraire purement spirituelle.

Par contre, les mêmes écrits du Nouveau Testament permettent de dire que, bien qu’elle échappe aux limites du temps et de l’espace, la résurrection de cet homme, Jésus, s’est manifestée dans le cours de l’Histoire du monde, de l’humanité. Ils permettent également de comprendre que la résurrection a bel et bien une dimension corporelle, même si, ressuscité, le corps du Christ n’est plus "comme avant" sa mort. Le Nouveau Testament évite absolument de décrire ce corps ressuscité; saint Paul va tout au plus l’évoquer à l’aide de comparaisons imagées: "semé corruptible, on ressuscite incorruptible; (…) semé corps animal, on ressuscite corps spirituel" (1 Co. 15, 42-44).

Quant au sens de cet événement de la résurrection, l’Ecriture, tout comme l’Eglise, l’explique abondamment. Ou plus exactement: la résurrection y apparaît comme le sens de l’Ancien Testament, le sens de l’Histoire et de la création. Ce sens, c’est que "il fallait" que le Christ passe par la mort, qu’il la traverse, pour en ressurgir libre, humain accompli et bienheureux. C’est dans ce sens-là que, toutes et tous, nous sommes appelés à ressusciter, tout comme nous sommes tous destinés à passer par la mort. Et ce qui permet ce passage – sens du mot "pâque" –, c’est l’amour plus fort que la mort.

Christophe HERINCKX


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