C'est peut-être l'effet le plus inattendu de l'introduction du cours de philosophie et citoyenneté. L'ORELA (observatoire des religions et de la laïcité) s'est penché sur la fréquentation des cours de religion et de morale après l’introduction du CPC (cours de philosophie et citoyennté) et il en ressort une érosion bien plus forte dans le chef du cours de morale que des autres cours de religion.
Pour rappel, c'est à la rentrée scolaire 2016, pour le primaire, et 2017 pour le secondaire, que le cours d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté (CPC) a fait son entrée dans le programme du réseau officiel de la Communauté française de Belgique. La fréquentation de ce cours étant obligatoire, à raison d’une heure par semaine. Afin de permettre à ce nouvel enseignement de s’insérer dans la grille horaire, les cours de religion ou de morale non confessionnelle ont vu leur volume horaire diminuer de moitié (une heure/semaine au lieu de deux). En outre, conformément à un arrêt rendu par la Cour constitutionnelle en 2015 (Cour constitutionnelle, arrêt n° 34/2015, 12 mars 2015), une seconde heure d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté peut être choisie à la place du cours de morale ou de religion. En rappelant aussi que ceci ne concerne donc que les écoles de la Communauté Française.
Chute de fréquentation
De l'observation des pourcentages de fréquentation des différents cours avant et après l’introduction du CPC, découle une baisse relativement significative de la fréquentation des cours de religion catholique et de morale non confessionnelle, tandis que les cours de religion islamique, protestante et orthodoxe continuent de voir leur fréquentation augmenter. Chose surprenante, c'est le cours de morale non confessionnelle qui est le plus impacté : en trois ans, il a perdu près de 40 % de ses effectifs au niveau primaire et un peu plus de 20 % au niveau secondaire. Si la baisse des effectifs du cours de religion catholique s’observait déjà avant l’introduction du CPC, qui semble encore s'accentuer, la fréquentation du cours de morale non confessionnelle était stable avant cette introduction.
Tous réseaux publics et niveaux confondus, le cours de morale non confessionnelle concernait de façon constante environ un élève sur cinq en Communauté française durant la période 1996-2015. Dans la même période, le cours de religion catholique, quant à lui, voyait sa part passer d’un peu moins de trois quarts des élèves à deux tiers d’entre eux.
L’observation des chiffres permet également de constater que le cours de religion catholique demeure très largement le cours le plus suivi en Communauté française. L'ORELA explique l’ampleur de cette domination par l’existence d’un large réseau d’écoles libres confessionnelles, où le suivi du cours de religion catholique est obligatoire. En 2018-2019, 42,5 % des élèves de l’enseignement primaire étaient scolarisés dans un établissement du réseau libre en Communauté française. Au niveau secondaire (enseignement ordinaire et CEFA) ils étaient 61,1 % dans le réseau libre et 38,9 % dans le réseau officiel. Ces chiffres montrent donc aussi l'attrait réel et actuel pour l'enseignement libre.
Situation à Bruxelles
Par rapport à la situation au niveau de la Communauté française dans sa globalité, le cours de religion catholique rassemble beaucoup moins d’élèves à Bruxelles : en 2018-2019, ils sont 15,6 % à suivre ce cours au niveau primaire, contre 34,8 % dans toute la Communauté française. Une tendance similaire se dessine pour le cours de morale puisqu'il rassemble 12,8 % des élèves au niveau primaire en 2018-2019 à Bruxelles, pour 21,7 % dans l’ensemble de la Communauté française. Les cours des religions dites "minoritaires" (islamique, protestante, orthodoxe et israélite) concernent une proportion plus importante d’élèves dans la capitale ; à elles quatre, elles rassemblent plus de 60 % des élèves du réseau officiel au niveau primaire, pour seulement 25 % des élèves à l’échelle de la Communauté française
Que ce soit dans l’enseignement néerlandophone ou dans l’enseignement francophone, à Bruxelles, la baisse de la fréquentation des cours de religion catholique et de morale non confessionnelle ainsi que la hausse de celle des cours de religion islamique, protestante et orthodoxe constituent une tendance lourde, reflet de la diversité confessionnelle et, plus largement, ethnique de la capitale, d'après le rapport.
Trois constats
Pour Caroline Sägesser, auteure de l'étude, l’évolution des statistiques de fréquentation des différents cours philosophiques en Communauté française (et en Communauté flamande) permet de dresser trois constats principaux. Premièrement, le public des écoles officielles reste manifestement attaché aux cours de religion et de morale non confessionnelle puisque seule une petite minorité d’entre eux optent pour leur remplacement par une seconde heure de CPC. Deuxièmement, les cours autrefois dominants, à savoir les cours de religion catholique et de morale non confessionnelle, comptent de moins en moins d’élèves, même si à eux deux ils rassemblent toujours plus de la moitié des élèves en Communauté française. Troisièmement, les cours de religion islamique, protestante et orthodoxe rassemblent de plus en plus d’élèves. Si ce dernier constat reflète l’évolution démographique, il semble indiquer également un attachement de certains groupes de la population à un enseignement confessionnel de leurs traditions religieuses.
Pour lire l'étude complète publiée par l'ORELA, cliquer sur ce lien.
S.D.
C'est peut-être l'effet le plus inattendu de l'introduction du cours de philosophie et citoyenneté. L'ORELA (observatoire des religions et de la laïcité) s'est penché sur la fréquentation des cours de religion et de morale après l’introduction du CPC (cours de philosophie et citoyennté) et il en ressort une érosion bien plus forte dans le chef du cours de morale que des autres cours de religion.
Situation à Bruxelles