Nous allons sans savoir mais nous avançons à la lumière évangélique, en suivant quelques silhouettes qui entraînent vers Dieu
Qui est Dieu pour vous? Ce n'est pas rien, cette question posée à une femme. Je sais qui je suis pour Dieu – une personne libre, aimée inconditionnellement – mais l'inverse? Qui suis-je pour dire Dieu que personne n’a jamais vu! Je vais faire ce que je peux à la faveur de la retraite de silence annuelle des écrivains et des journalistes. Ce besoin vital d’un retrait, hors de la vie dite courante, dans un lieu où souffle l’Esprit, manifeste le désir viscéral de me mettre à l’écoute de Dieu qui est sans cesse près de moi alors que je suis absente, occupée ailleurs, distraite. Je tâtonne vers cette lumière à travers mes obscurités. Je tente d’approcher le mystère sur la pointe des pieds et je tends l’oreille.
On se souvient du livre publié par le journaliste André Frossard il y aura bientôt cinquante ans: Dieu existe, je l’ai rencontré! Rencontre s’allie à expérience: ce que nous avons éprouvé dans notre être, lors d’un moment fort avec quelqu’un, une aventure dont il est difficile de rendre compte alors qu’elle rejoint le plus intime, le plus juste.
A quels mots recourir pour nommer qui n’a pas de nom susceptible de le refléter ou qui en a trop – signe d’opulence mais aussi d’impuissance? En peinture, en musique, en littérature, le symbolisme ne décrit pas, il suggère. Je ne peux qu’évoquer une expérience avec des mots humains, misérables et nus: Vie par exemple ou Amour – mais Dieu s’accommode-t-il des majuscules? Les mystiques de toutes les religions ont recouru à des images poétiques pour évoquer une réalité transcendante. Laquelle privilégier: celle du père, du père-mère, du frère, de l’ami, du bon pasteur, du vigneron, du poète …?
Dieu, j’en viens, je le vis par l’eucharistie et je vais vers lui dans la nuit et la conscience, l’aveuglement et la clarté. Des images bibliques marquent la mémoire – un souffle léger, un brasier ardent. Des instants de révélation jalonnent une vie déjà longue et me servent de repères. On me tuerait plutôt que de me faire dire que Dieu ou que l’amour n’existe pas mais je suis frappée de mutisme ou j’use d’approximations lorsque je tente de l’exprimer. Je ne dispose que de mes références humaines et ne peux que me tourner vers ce que le Fils dit du Père, ce que les Eglises traduisent, tant bien que mal, de la Bonne Nouvelle.
Je reviens à mon point de départ. Dieu m’a prouvé que je suis inscrite dans la paume de sa main (encore une image humaine) qu’il m’aime telle que je suis, qu’il est la résurrection et la vie. Je tente de prier dans le sillage du Dieu pervers (Maurice Bellet), du vœu d’effacement (Gabriel Ringlet), de l’autre Dieu (Marion Muller-Colard). J’avance, à la lumière de l’enfance revisitée (Mettons-nous en la présence de Dieu, l’acte de charité: Mon Dieu, je vous aime par dessus toute chose de tout mon cœur, proche de Toi l’au-delà de tout de Grégoire de Naziance) aussi bien que de celle d’Hadewijch d’Anvers, Thérèse d’Avila, François d’Assise, frère Roger de Taizé, Mariette Martens(1)…
Colette Nys-Mazure, écrivaine, Orval, 16 septembre 2018

