À l’heure où l’Inde et la Chine commencent à peser de tout leur poids sur la scène mondiale, à l’heure aussi où de nombreux Occidentaux se tournent vers les spiritualités de l’Orient, celles-ci interrogent. Pour les chrétiens, l’occasion d’un regard neuf sur leur propre vie de foi.
L’Asie est souvent présentée comme la patrie des ‘grandes’ religions et spiritualités: hindouisme, bouddhisme, taoïsme et quelques autres… On s’attend donc à y trouver des trésors d’enseignements et de pratiques à propos de Dieu. À y regarder de plus près, les compréhensions de ‘Dieu’ ont de quoi dérouter le croyant juif, chrétien ou musulman.
Diversités du monde hindou
Ce que l’Occident a étiqueté ‘hindouisme’ présente une diversité étonnante. L’évoquer en quelques lignes est une gageure. L’Inde surprend par la multiplicité de ses dieux ou déesses et par un foisonnement d’images à plusieurs têtes, à 4, 6, 8 bras… Polythéisme? La frontière entre l’humain et le divin est souvent floue: on appellera ‘dieu’ des êtres que nous appellerions ‘ange’ ou ‘saint patron’. Des figures ou formes différentes du divin correspondent à tous les niveaux des attentes humaines. Cet ensemble foisonnant peut se comparer à une pyramide.
Si l’on descend vers la base de la pyramide, il y a des dieux ou déesses pour tous les besoins de l’existence: nourriture, santé, guerre et paix, relations sociales harmonieuses… En montant vers la pointe de la pyramide, penseurs, philosophes ou mystiques orientent leur méditation vers un Absolu, au-delà de toute représentation, de tout concept, de tout rite. Pour beaucoup de croyants cependant, cet Absolu prend l’image plus concrète du Seigneur (Vishnou, Shiva, ou encore la Mère): cette Divinité supérieure à tous les dieux devient alors l’unique objet de la foi confiante, de la louange, de la contemplation.
Les compréhensions de ‘Dieu’ ont de quoi dérouter le croyant juif, chrétien ou musulman.
Un bouddhisme athée?
Conçu en Inde il y a près de 2500 ans, le bouddhisme s’est répandu dans une large partie de l’Asie. Le Bouddha (l’‘Éveillé’) ne nie pas l’existence des innombrables divinités des religions populaires. On peut les prier pour la récolte ou la guérison. Mais, prisonnières comme nous du cycle du karma et des renaissances (ou réincarnations), elles ne sauraient nous accorder la sagesse de l’Éveil et la libération définitive de toutes les formes de souffrance.
Le but ultime de l’existence humaine (Éveil, nirvâna) n’est pas défini en termes personnels: selon les bouddhistes, nos idées de dieux ou de Dieu risquent de n’être que des idoles, des projections de nos désirs de sécurité, de toute-puissance ou d’immortalité. Le silence à propos de l’Ultime est préférable. Apprenons à vivre le détachement et la liberté intérieure sans chercher une planche de salut hors de nous-mêmes… mais tout en sachant que ce salut est plus grand que nos efforts!
Jacques Scheuer, Professeur émérite à la faculté de théologie de l'UCLouvain
