Les Frères de Saint-Jean réagissent au documentaire d’Arte


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Les Frères de Saint-Jean réagissent au documentaire d’Arte
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

Le 5 mars, la chaîne de télévision Arte diffusait un documentaire sur les abus sexuels commis sur des religieuses dans l’Eglise catholique. Ce reportage a été repris dans l'émission "Question à la Une" sur la RTBF (La Une). Mise en cause, la communauté des Frères de Saint-Jean, demande pardon et met aussi certaines choses au point.

Dans le documentaire intitulé "Religieuses abusées, l’autre scandale de l’Eglise", diffusé par la chaîne de télévision Arte, figure un témoignage bouleversant d'une victime du père Marie-Dominique Philippe, décédé en 2006, fondateur en 1975, de la communauté des Frères de Saint-Jean. En 2013, la révélation de ses abus sexuels perpétrés sur des femmes adultes au sein de la communauté, a provoqué un scandale, sur lequel le documentaire diffusé est revenu.

Dans un communiqué, les Frères de Saint-Jean tiennent en premier lieu à redemander pardon à toutes les victimes du père Marie-Dominique Philippe ou d’autres frères. "Les Frères de Saint-Jean ont conscience de porter une histoire communautaire, d’environ 45 ans, marquée douloureusement, par les agissements de leur fondateur et de frères et par les erreurs passées dans la gestion des cas d’abus sexuels, notamment par manque de prise de conscience des souffrances faites aux victimes et par manque de formation et de procédures", précise d'emblée le texte.

Les religieux rappellent avoir demandé pardon en plusieurs occasions, et le font à nouveau dans le communiqué. Saluant le courage des victimes qui témoignent dans ce documentaire, ils disent combien ces témoignages "leur permettent de toujours mieux comprendre les mécanismes d’abus, de mieux appréhender ce qu’elles ont souffert et l’impact que ces terribles agissements ont sur leur vie."

Des éléments importants à préciser

Toutefois, la communauté voudrait aussi préciser certaines choses à propos de ce reportage. Ainsi, les Frères regrettent de ne jamais avoir été interrogés par les journalistes d'Arte, en deux ans d’enquête, alors qu'ils auraient pu apporter des précisions. Ainsi, concernant les soupçons de dissimulation, le documentaire affirme qu’il aura fallu attendre juin 2016 pour que la justice de Rome reconnaisse les agissements du fondateur de la communauté. Or, précisent les Frères, "les révélations sur les agissements du père Marie-Dominique Philippe ont été faites à la seule initiative du Prieur Général en 2013, de manière publique et à l’époque, de nombreux journaux en ont fait état." Ils précisent aussi qu’au moment des obsèques du père Marie-Dominique Philippe en 2006, ni les autorités de la communauté ni le cardinal Philippe Barbarin n’avaient connaissance des abus du fondateur de la Famille Saint-Jean.

Les Frères de Saint-Jean réfutent aussi la rumeur faisant état d’absence de sanction, précisant que la communauté signale à la justice tout membre qui serait mis en cause à l’égard d’une personne mineure et ajoutant que le frère de saint Jean, évoqué dans le reportage comme ayant abusé une victime dans le cadre d’une école de vie, est interdit de tout ministère public et de toute activité sacerdotale quelconque depuis 2016, par décision du prieur général de la communauté. Par ailleurs, une commission pour recueillir d’éventuels témoignages impliquant des frères a été mise en place en 2015, comprenant aussi deux laïcs dont une psychologue.

Enfin, la communauté regrette que le documentaire fasse porter une suspicion sur l’ensemble des Frères de Saint-Jean, en évoquant notamment la théorie de l’amour d’amitié du père Marie-Dominique Philippe. Rappelons que cette expression "d’amour d’amitié", provient à l’origine, de saint Thomas d’Aquin (amor amicitiae). Elle désigne tout simplement cette forme d’amour de bienveillance réciproque qu’est l’amitié. Néanmoins, la communauté reconnaît – et regrette - que le père Marie-Dominique Philippe ait insisté sur ce point d’une façon telle qu’il y a eu un déséquilibre par rapport à d’autres éléments importants de l’éthique. Depuis le chapitre tenu en 2013, un important travail de clarification a été entrepris sur la relation au fondateur et notamment sur l’enseignement de l’éthique.

Il est utile aussi de préciser que, dans une lettre du 18 février 2019 (disponible sur le site de la communauté), la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée "reconnaissant le travail entrepris et bien qu’ayant connu de nombreuses et graves difficultés liées en particulier à certains aspects de la personnalité et du comportement de son fondateur et de quelques-uns de ses membres, souhaite encourager tous les Frères et Sœurs de Saint-Jean à poursuivre leur chemin, humblement, avec courage, confiance, et détermination à la suite du Seigneur Jésus."

La communauté des Frères de Saint-Jean redit "son engagement à corriger ce qui doit l’être est aussi motivé par le désir que ne soit pas occulté le bien qui se fait dans la cinquantaine de prieurés que compte la Congrégation sur les cinq continents; et que la vie de la très grande majorité des frères, consacrée au service de Dieu et des hommes, continue à être signe d’espérance dans le monde".

J.J.D.

Lire le communiqué des Frères de Saint-Jean

 


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