Le préfet du Secrétariat pour l’Économie a été reconnu coupable d’agression sexuelle sur mineurs. Le verdict a été énoncé en décembre mais le tribunal de Melbourne avait émis une ordonnance interdisant la publication d’informations sur le procès. Le cardinal se déclare innocent, son avocat annonce son intention de faire appel.
Le sommet sur la protection des mineurs organisé au Vatican était à peine clos que l'on a apprenait la condamnation du cardinal George Pell. Le préfet du Secrétariat pour l’Économie du Vatican, a été reconnu coupable d'agression sexuelle et de quatre chefs d'attentat à la pudeur contre deux enfants de chœur de 12 et 13 ans dans les années 1990 alors qu’il était évêque auxiliaire de Melbourne.
Devenu archevêque en 1996 puis élevé à la dignité cardinalice en 2003, George Pell a été appelé par le Pape François en 2013 pour siéger au Conseil des Cardinaux, organisme chargé de conseiller le souverain pontife dans son ministère pétrinien. Il quitte alors Sidney, dont il était l’archevêque depuis 2001, et s’installe à Rome.
C’est en 2015 que sa situation se complique. D’abord appelé à témoigner en 2014 devant la Royal Commission australienne chargé d’enquêter sur les abus sexuels, il se retrouve directement visé entre décembre 2015 et février 2016, accusé d’avoir protégé des abus perpétrés par d’autres prêtres sur des mineurs dans les années 70. Il s’exprime devant la commission en vidéoconférence depuis Rome le 29 février 2016 et se défend d’avoir eu connaissance des faits qui se sont déroulés dans le diocèse de Ballarat.
En octobre 2016, le cardinal est interrogé à Rome par des enquêteurs australiens, cette fois pour des accusations de pédophilie formulées dans son ancien diocèse de Melbourne. Fin juin 2017, il est formellement accusé d’agression sexuelle sur mineurs. La police de Ballarat ne donne alors que des informations partielles et parle de plusieurs plaignants sans donner d’autres détails.
En congé pour assurer sa défense
Appelé à comparaître le 26 juillet, le cardinal Pell se met en congé du Secrétariat pour l’Economie afin d’assurer sa défense. Il affirme alors que les accusations portées contre lui sont infondées et rappelle qu’il considère les abus sexuels comme étant «des crimes horribles».
De fait, le haut prélat a régulièrement condamné avec sévérité les abus commis contre des mineurs, les qualifiants d’actes immoraux et intolérables. Il a également appuyé la création à Rome par le Pape François de la Commission Pontificale pour la protection des mineurs, et chez lui, en Australie, lorsqu’il était évêque, il avait mis en place des procédures pour la tutelle des mineurs et pour fournir une assistance aux victimes.
George Pell était visé par un autre procès pour d'autres faits présumés, mais l'accusation a renoncé aux poursuites, permettant la levée de l'ordonnance, qui imposait aux médias un silence sur la procédure judiciaire en cours. Le verdict unanime des douze membres du jury, été émis le 11 décembre au terme de deux jours de délibérations, n'a donc pu être rendu public seulement cette nuit. La peine sera prononcée au cours d’une autre audience prévue mercredi.
Une seule victime a témoigné au procès
Sur les deux anciens servants d'autel qui, selon l'accusation, auraient été molestés par le cardinal, un seul a témoigné au procès - son identité a été tenue secrète par les enquêteurs - l'autre étant décédé des suites d'une overdose en 2014. Quant au second procès dans lequel le cardinal Pell était impliqué, et qui n'aura pas lieu pour faute de preuves, il concernait d'autres accusations selon lesquelles le cardinal aurait abusé de garçons dans les années 70.
Le cardinal continue de clamer son innocence et son avocat a annoncé son intention de faire appel. Lors de ce recours, dont la date est à déterminer, le cardinal Pell ne sera pas entendu par un jury mais par un collège de trois magistrats. En clair, le dossier reste ouvert et le chapitre procédural ne sera complété qu’après examen du recours et l’annonce d’une décision.
La solidarité de la Conférence épiscopale australienne
Le président des évêques australiens, Mgr Mark Coleridge, a déclaré que la condamnation du cardinal Pell pour agression sexuelle sur mineurs choquait non seulement l’Australie, et le monde, mais également les évêques australiens. Les prélats affirment que tous doivent être égaux devant la loi, et disent respecter le système juridique de leur pays. Ils se disent convaincus que la justice qui a prononcé le verdict saura prendre en considération l’appel formulé par la défense. «Notre espoir, maintenant, c’est que justice soit faite à travers ce procès» déclarent les évêques qui assurent aussi vouloir prier pour tous ceux ont subi des violences et pour leurs proches. Ils s’engagent à faire tout leur possible afin que l’Eglise soit un lieu sûr pour tout le monde, à commencer par les plus jeunes et les plus vulnérables.
Le Saint-Siège “prend acte“
C’est une “nouvelle douloureuse", a estimé Alessandro Gisotti, le directeur ad interim du Bureau de presse du Vatican, "qui a choqué nombre de personnes, y compris hors d’Australie“. Le Vatican “prend acte de la sentence de condamnation”, a-t-il assuré, et a “le plus grand respect” pour la justice australienne. Toutefois, a-t-il poursuivi, “nous attendons maintenant le procès d’appel” déjà prévu par la défense. "Le cardinal Pell, a répété son innocence et a le droit de se défendre jusqu'en dernière instance", a rappelé Alessandro Gisotti,
En attendant, et "pour garantir le cours de la justice”, le pape François a confirmé les mesures de précaution prises contre le préfet du Secrétariat pour l'économie du Saint-Siège qui ne peut exercer publiquement son ministère et ne peut d’aucune façon entrer en contact avec des mineurs.
Vatican News

Le préfet du Secrétariat pour l’Économie a été reconnu coupable d’agression sexuelle sur mineurs. Le verdict a été énoncé en décembre mais le tribunal de Melbourne avait émis une ordonnance interdisant la publication d’informations sur le procès. Le cardinal se déclare innocent, son avocat annonce son intention de faire appel.