La prière est le premier dialogue


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La prière est le premier dialogue
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
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La rencontre annuelle pour la paix « dans l’esprit d’Assise » organisée par Sant’Egidio a lieu cette année à Bologne. Conférences, panels et rencontres fraternelles des leaders de différentes Églises, religions et cultures de la planète, mais avant tout : prière. Car le fil rouge des interventions de ces jours à Bologne est bien celui-ci : le dialogue qui mène à la paix est une démarche spirituelle.

L’ancien président Romano Prodi de la Commission européenne le disait déjà lors de la cérémonie d’ouverture de dimanche-soir : "La crise actuelle qui afflige le monde n’est ni politique ni économique, elle est due au manque total de dialogue et au manque de bases communes au niveau mondial. Il s’agit d’une crise des valeurs, une crise du sens." Il s’agit donc d’une crise spirituelle. De sa part, le fondateur de la Communauté de Sant’Egidio, Andrea Riccardi, a remarqué "qu’après la chute du Mur de Berlin, le géant de l’économie globalisée n’a pas été suivi par l’amorce d’une unification spirituelle partant du dialogue. Les mondes spirituels se sont au contraire trop souvent retranchés derrière leurs horizons traditionnels."

En revanche, Jean-Paul II l’avait bien compris quand il a réuni à Assise, le 27 octobre 1986, les responsables des différentes religions mondiales pour une journée conjointe de prière pour la paix. "Le premier dialogue est la prière", a souligné le métropolite orthodoxe Séraphim du patriarcat de Roumanie, hier à Bologne. "Le dialogue entre l’homme et Dieu précède tout autre dialogue." Séraphim a cité un saint orthodoxe du VIIe siècle, le saint moine Isaac de Ninive : "Réconcilie-toi avec toi-même, et le Ciel et la terre se réconcilieront avec toi", pour souligner que, comme toute autre saint, François d’Assise n’a pu remplir son cœur d’une immense miséricorde et paix que grâce à la prière.

Il est remarquable de constater ces derniers jours à Bologne que les intuitions des cultures non-européennes et des religions non-chrétiennes sont parfaitement en phase avec les nôtres à cet égard. Par exemple, le penseur, poète et activiste indien Sudheendra Kulkarni citait les anciens védas, le cœur de la tradition hindou : "Om Asato Maa Sad-Gamaya; Tamaso Maa Jyotir-Gamaya; Mrtyor-Maa Amrtam Gamaya; Om Shaantih Shaantih Shaantih." Cela veut dire : "Seigneur, conduis-moi du mensonge vers la vérité; mène-moi de l’obscurité vers l’illumination; conduis-moi de la mort vers l'immortalité." Ce n’est pas par hasard que le Mahatma Gandhi a appelé saint François jadis "grand yogi d’Europe"; quelle ressemblance en effet entre les védas et la prière pour la paix du saint d’Assise.

Le dialogue entre les hommes et leurs traditions, disait Andrea Riccardi, "recolle les morceaux du monde, récupère les atomes dangereux et reconstruit les ponts brisés". Un grand homme spirituel du XXe siècle, Paul VI – par hasard canonisé dimanche passé – l’avait déjà affirmé : "L’origine transcendante du dialogue est de l’intention même de Dieu. La religion est par sa nature même un rapport entre Dieu et l’homme. La prière exprime ce rapport dans le dialogue." La conclusion selon Riccardi : "L’homme religieux est celui qui dialogue. Et les religions, avec leur histoire millénaire, soulevées par la prière et le contact avec la souffrance des hommes, sont des laboratoires d’humanité par excellence."

Benoit Lannoo


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