L’abbé Fernand Maréchal (à droite sur la photo) ne cédera pas aux menaces et continuera à soutenir les migrants qui échouent autour de son église à Zeebruges. « Ceci est mon devoir évangélique : ‘J’avais faim et tu m’as nourri, j’avais soif et tu m’as donné à boire’. »
Fernand - dit "Ferre" - Maréchal a été aumônier d’hôpital avant de devenir curé de paroisse à l’âge de la retraite. Le septentenaire est confronté depuis trois ans à un nouveau défi pastoral, celui d'accueillir les migrants qui arrivent à Zeebruges. « En général, ils viennent d’Italie ou d’Allemagne»,dit-il, « et ils veulent absolument continuer vers la Grande-Bretagne. Le jour, ils peuvent trouver refuge dans l’église Saint Donatien et dans l’église Stella Maris pour y manger et boire un peu ou recharger leur téléphone portable. La nuit, des bénévoles de la région leur offrent un endroit pour dormir en paix, par exemple dans un garage. »
Cette approche est fortement critiquée par les autorités publiques. Le bourgmestre de Bruges, le sp.a Renaat Landuyt, et surtout le gouverneur de Flandre Occidentale, le CD&V Carl Decaluwé, accusent l'abbé Maréchal de créer une situation comme celle qui existait Calais avant l’évacuation du camp de réfugiés situé là-bas. Mais ce n’est pas du tout le cas ; le nombre de migrants à Zeebruges ne dépasse jamais la cinquantaine et n’augmente pas. En juillet, les autorités prétendent avoir intercepté 300 personnes sans papiers en séjour illégal mais souvent les mêmes migrants sont arrêtés à plusieurs reprises et sont dès lors comptés plusieurs fois.
Soutiens et manifestation
L’abbé Maréchal est soutenu dans son travail évangélique par un groupe de bénévole et par des ONG, comme Médecins du Monde et Caritas International. Cette dernière ONG a installé un point-info chez le curé Fernand Maréchal pour aider les migrants à s’informer par rapport à leurs droits. Beaucoup ignorent que la Convention de Dublin interdit une demande d’asile dans un autre pays que celui par lequel ils sont entrés en Europe… pendant seulement un an. Après un an de résidence en Belgique par exemple, ce sont les autorités belges qui peuvent examiner une demande d’asile. Caritas International fournit aussi les interprètes nécessaires pour informer les migrants.
Mais toutes ces démarches ne plaisent pas à tout le monde. « Quand on fait le bien, on se fait des ennemis », dit l’abbé Maréchal. Depuis peu, il est menacé, entre autres par des coups de fil anonymes. Cela ne l’arrêtera pas de poursuivre sa mission évangélique, bien qu’il craigne que cette animosité continue de s'accroître. C’est ce que recherche l’extrême-droite flamande qui a occupé son église dimanche et y a déchiré toute information utile pour les migrants. Mais le curé se sait soutenu par ses bénévoles… et par son évêque, Mgr Lode Aerts, qui récemment est discrètement venu le réconforter, ainsi que par le service Diaconie de l'évêché de Bruges.
Benoit Lannoo
© Photo: Inge Cordemans – Diocèse de Bruges


