Depuis des semaines, le débat sur l'avortement cristallise les tensions politiques en Argentine. Alors que les députés avaient adopté de justesse un projet de loi sur la légalisation totale de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), le Sénat a rejeté celui-ci.
En Argentine, le Code pénal interdit depuis 1921 l’avortement sauf en cas de viol, de mise en danger de la vie de la mère ou de malformation du fœtus. En juin dernier, à la surprise générale, la Chambre des députés avait adopté de justesse le projet de loi prévoyant l'autorisation d'avorter jusqu'à quatorze semaines de grossesse.
Depuis, l'Eglise argentine a rappelé son opposition à cette légalisation qui, à ses yeux, revenait à banaliser l'IVG. Le 26 juillet, l'épiscopat argentin publiait une lettre ouverte pour prévenir contre l’adoption d’un tel projet de loi, qui pourrait légitimer «la mort injustifiable d’un innocent». Le pape François qui suit attentivement et discrètement la question depuis Rome, s’était lui aussi impliqué dans le débat par une lettre adressée aux fidèles argentins, critiquant «la culture du déchet», dont l’avortement est un signe, selon lui. L’Eglise catholique s'est fortement investie dans ce combat. Une "messe pour la vie" a été célébrée à la veille du vote sénatorial par le cardinal Mario Poli à la cathédrale de Buenos Aires. Le successeur du pape François dans cet immense diocèse de la capitale argentine a concélébré cette messe avec, entre autres, Mgr Oscar Ojea, évêque de San Isidro et président de la conférence épiscopale argentine.
Après la Chambre, comme le prévoit la loi, le texte devait être examiné au Sénat argentin. Finalement, après plus de seize heures de débats – ce qui prouve que la discussion a été difficile – il a été rejeté de justesse: 38 sénateurs ayant voté contre, deux se sont abstenus et 31 élus ont opté pour la légalisation. Le résultat du vote a été accueilli par des feux d'artifice et des cris de joie parmi les militants anti-IVG rassemblés à Buenos Aires devant le Parlement, où se déroulaient les débats. En revanche, du côté des militants pro-avortement, les mines étaient dépitées, les associations rappelant qu'en Argentine, environ 450.000 avortements clandestins étaient réalisés chaque année. Un chiffre qui reste à prouver.
Précisons que la décision de la Haute assemblée argentine ne remet pas en cause la loi de 1921, mais bien l'accès libre à l'avortement que souhaitaient les militants pro-IVG..
J.J.D. (avec agences)

