Dans l’émission Décryptages du 5 juin 2026, le prêtre diocésain dominicain Serge Maucq est revenu sur les inondations qui ont frappé la Belgique ces derniers jours. Notre « maison commune » est-elle vouée à la destruction ? Sommes-nous condamnés à être les spectateurs atterrés de son saccage ? Il a aussi été question, dans ce zoom, de la puissance mobilisatrice de tels événements et de la valeur fondamentale de l’action collective.
Père Serge Maucq : Le désarroi est immense. Je pense à ceux et à celles qui subissent encore aujourd’hui les effets de ces inondations. Certes, le feu est terrible parce qu'il détruit tout. Mais pour ceux et celles qui subissent ces inondations, aussi imprévisibles que violentes, l’eau atteint véritablement les personnes dans leur dignité, dans leur vie et cela peut les briser.
Spirale sans fin ?
Il y a, à ce sujet, un véritable enjeu de bien commun. C’est une tâche cruciale pour les pouvoirs publics. En effet, ces inondations ne surviennent pas par hasard. Elles résultent à la fois d'un climat déréglé – donc d’une problématique par définition transnationale – mais aussi de pratiques locales dans le domaine de l'urbanisme, de l'agriculture, etc.
Nous savons très bien qu'un certain nombre de pratiques de nos contemporains ont une implication néfaste pour les autres. Quand on construit un habitat cossu quelque part sur une colline et qu'on asphalte ou qu'on bétonne des hectares de terrain autour, on sait très bien que cela aura un impact très important sur les populations qui se trouvent en dessous. Notamment sur des populations qui achètent là où les biens sont les moins chers, c'est-à-dire le long des cours d'eau. Il y a là un cercle qui n'est absolument pas vertueux. C’est plutôt une spirale de la misère et de la destruction.
Choix éclairés
Dans de telles circonstances, la tâche est démesurée. Il se fait que j'ai eu dans une vie antérieure l'urbanisme dans mes attributions scabinales et je sais qu'au jour le jour, des décisions sont prises et qu'il faut être courageux pour prendre les bonnes décisions. Je crois que prévenir de tels événements représente un défi pour les responsables politiques. Mais c’est aussi un appel aux citoyens. Parce que le politique ne peut rien faire seul, chaque citoyen peut faire sa part.
Quelles que soient nos convictions, notamment si on a des convictions chrétiennes, nous sommes aussi des citoyens. Nous devons donc essayer, autant que faire se peut, d'assumer et de vivre ce que nous déclarons. Un événement de ce type fait apparaitre au grand jour à la fois la fragilité des infrastructures mais aussi - parfois - la force de la solidarité.
Un immense réservoir d’amour et de bonté
De tels événements peuvent révéler l'immense réservoir de générosité et de bonté qu'il y a chez nos concitoyens. Un exemple qui n'est pas sans lien : j'entendais récemment qu'on a diminué le pourcentage de déduction fiscale pour un certain nombre de dons. Mais j'ai aussi été heureux d'apprendre que les dons n'avaient pas baissé pour autant en Belgique. Cela donne quand même confiance dans notre population.
Une société, c’est en fait une addition. L’addition d'une multitude d'égoïsmes. C'est paradoxal : la même société peut susciter des crises et se révéler capable de générer son propre antipoison. Les citoyens hongrois par exemple ont pu porter Viktor Orban au pouvoir et puis, à un moment donné, de manière complètement imprévue, une prise de conscience survient et la population se retourne comme un seul homme.
Restons groupés
Je crois que la force collective est une dimension cruciale de nos vies à tous, à tous les niveaux. De l'infiniment petit à l'infiniment grand. Nous vivons une période de psychose généralisée et de peur ambiante. C’est un fait. Mais il est clair que même dans une situation internationale catastrophique, à un moment donné, les choses peuvent aussi basculer vers le mieux.
Donc oui, il faut y croire. Personnellement, je crois beaucoup à l’effet papillon, au fait que nous pouvons agir, d'abord individuellement, puis avec d'autres, puis au sein d’un maillage de réseaux. Oui, nous pouvons transformer les choses, que ce soit à l'échelle d'une commune ou à l'échelle d'une région. C’est possible !
D’après un zoom du père Serge MAUCQ, dans l’émission Décryptages du 5 juin 2026.
