Sous son titre faussement ingénu, ce roman donne le ton à une comédie existentielle à la profondeur inattendue.
A travers Valentina, trentenaire et prof. de français, Sofia Giovanditti dote l’éco-anxiété d’un visage. "On va tous mourir!", crié à la cantonade par la jeune femme, ne tient pas ici de la provocation nihiliste, mais relève d’un refrain intérieur, devenu obsédant. Plutôt que de choisir le militantisme, la narration emprunte une tangente qui, sans nier la gravité de la situation mondiale, opte pour la légèreté. Le récit réussit là où bien des discours militants échouent. Il ne prêche pas et, par le petit bout de la lorgnette, montre les effets collatéraux sur un esprit ordinaire.
La force de l’écriture réside dans cette tension constante entre le désir d’agir et les écartèlements de la cohérence morale. Valentina adore les bains brûlants, rêve de soleil à des centaines de kilomètres de chez elle et fréquente des supermarchés où chaque rayon fait office de démon tentateur. Agir pour le bien-être commun apparaît comme une série de renoncements inconfortables, parfois absurdes et souvent contradictoires. Au fil des chapitres, chacun s’accroche à la question de savoir si on peut être heureux sans plaisirs coupables et sans vacances lointaines.
Même l’amour
Ce roman excelle dans l’art de métamorphoser ce dilemme en saynètes à la fois comiques et douloureuses. Les syncopes de Valentina dans les grandes surfaces, lieux saturés de culpabilité écologique, deviennent des métaphores physiques de l’asphyxie éthique contemporaine. Même l’amour se heurte à l’angoisse climatique. De quelle manière séduire, se projeter et concilier un avenir lorsque celui-ci semble compromis? A des lieues d’apporter une solution, l’autrice essaime les exemples et les traite sous la forme de clin d’œil, qui autorisent le lecteur à s’identifier et à accepter une forme d’incohérence humaine face à une crise qui dépasse l’individu.

Daniel BASTIÉ
Sofia Giovanditti, Comment j’ai résolu l’épineux problème du changement climatique (et trouvé l’amour). Ed. Jouvence– 256 pages - 2025.
