Progressivement abandonnée ces dernières décennies, la tonsure fera son retour dans nos monastères dès janvier 2028. Cette décision de la Conférence des Religieuses et Religieux en Belgique (Coreb) ravit certains mais d'autres moins.
"Au même titre que l'habit ou la croix portés par les moines, la tonsure symbolise la modestie, l'abandon et la vocation" explique dans un communiqué la Coreb pour justifier le retour obligatoire de cette pratique monastique. Tondre une partie de la chevelure, c'est renoncer au paraître et marquer l'abandon de la vie laïque pour entrer dans la vie monastique, "c'est le signe visible d'une offrande invisible". Pour la Conférence des Religieuses et Religieux en Belgique, réinstaurer la tonsure, c'est à la fois permettre une identification plus claire des moines qui évoluent dans notre société et revenir aux racines de l'engagement vocationnel.
Une tradition vieille de quinze siècles
L’usage de la tonsure dans l’Eglise latine remonte aux Ve et VIe siècles, avant de se généraliser vers l’an 1000. Déjà en 506, le concile d’Agde rappelait que des cheveux trop longs pouvaient être coupés “de force” par l’archidiacre. Par la suite, plusieurs conciles ont cherché à en uniformiser la dimension :
- En 1333, le concile de Palencia fixe un diamètre équivalent à “quatre doigts”.
- En 1473, le concile de Tolède exige une taille identique à un réal espagnol.
- Certains manuels du XVIIᵉ siècle fournissaient même des modèles grandeur réelle, indiquant des tailles différentes selon le rang du clerc.
L’origine de la tonsure est plus ancienne encore : chez les Romains, le crâne rasé symbolisait la soumission. Dans la tradition chrétienne, elle signifie que le clerc devient “le bien propre de l’Eglise”, soumis à l’évêque qui la lui confère.
La tonsure a progressivement disparu au XXᵉ siècle, au profit d’une vision plus intérieure de l’engagement. En 1972, le motu proprio Ministeria quaedam du pape Paul VI rend la tonsure facultative.

Pourquoi vouloir la réintroduire en 2028 ?
Selon le document de travail de la Coreb, que CathoBel a pu consulter, le retour de la tonsure répondrait à un double objectif :
- Réaffirmer l’identité monastique, dans un monde jugé sécularisé
- Rendre visible l’engagement religieux, à l’heure où les signes distinctifs disparaissent
Le père Jean Ampsion, père abbé de l'abbaye de la Grâce-divine à Wavre, voit cette décision d'un très bon œil. Pour lui, c'est un moyen de "renforcer la cohésion communautaire et la radicalité de la vie consacrée." Le père Ampsion note que la tonsure symbolise l'humilité incarnée car "elle rappelle symboliquement la dépossession."
Mais à l'inverse, des voix s'élèvent également pour dénoncer une "nostalgie passéiste", craignant une incompréhension du public et de potentielles moqueries. Sur X (ex-twitter), le frère Clément du monastère de Thirimont, estime qu'il s'agit d'une "contrainte inutile qui pourrait rebuter les candidats à la vie consacrée". Lui, qui se voit souvent complimenter pour le soin apporté à sa chevelure bouclée, défend également la valeur de la diversité. "Dieu nous appelle et nous aime tels que nous sommes, avec nos caractéristiques physiques, qu'elles soient avantageuses ou non."
Notons que le texte voté par la Coreb, doit encore être soumis à l'approbation des différents ordres religieux en Belgique.
Manu VAN LIER

