Jeudi saint : comment revivre la dernière Cène en famille à la maison ?


Partager
Jeudi saint : comment revivre la dernière Cène en famille à la maison ?
Les rites du Jeudi saint peuvent aussi être vécus en famille, comme la dernière Cène éclairée par la tradition juive. © JL
Par Jean Lannoy
Journaliste Multimédia CathoBel
Publié le
9 min

Le Jeudi saint commémore la dernière Cène de Jésus avec ses disciples. Il est possible de revivre ce moment en famille à la maison à travers un repas symbolique, la lecture de l'Évangile et des gestes simples inspirés de la tradition chrétienne. Voici un guide pratique pour vivre ce temps spirituel avec des enfants.

Les célébrations du Triduum pascal ne sont pas toujours évidentes à suivre pour une famille, en particulier lorsque des enfants sont en âge d’être au lit durant ces célébrations célébrées en soirée. Parfois aussi, certains aimeraient vivre cette remémoration du mystère eucharistique différemment, pour mieux l’appréhender, la vivre en famille ou la revisiter de façon plus catéchétique. Cette proposition ne remplace évidemment pas la célébration de l'institution de l'Eucharistie du jeudi saint, mais en offre un complément.

Beaucoup ont découvert, durant la période du Covid, qu'il était possible de prier en famille à la maison quand l'accès à l'église était impossible. Aujourd'hui, sans être dans l'urgence du confinement, il peut être beau de reprendre cet élan et de l'approfondir : non pas pour "refaire la messe", mais pour vivre, à hauteur de maison, une liturgie domestique qui nous relie à toute l'Église. En plaçant la prière dans le repas, en laissant parler les symboles, en osant un geste de service concret, la famille entre dans la dynamique de la Pâque. La proposition qui suit veut simplement offrir un cadre modulable dans sa mise en œuvre.

Un dernier repas, la Cène catholique, issu de la Pâque juive

Le soir du Jeudi saint, Jésus célèbre la Pâque juive (Pessa’h) avec ses disciples. Au cours de cette soirée, Jésus va reprendre les aliments traditionnels de cette célébration pour leur donner un sens radicalement nouveau. Il devient lui-même l'Agneau sacrifié, offrant une libération définitive. Comprendre ces racines juives, c'est redécouvrir toute la profondeur de la dernière Cène.

🌿 Les herbes amères (Maror)

✡️ Pâque juive : les herbes amères rappellent l’amertume de l’esclavage des Hébreux en Égypte. Elles sont trempées dans l’eau salée, qui représente les larmes versées dans la souffrance.

✝️ Cène catholique : Elles symbolisent la nouvelle amertume : le poids de nos péchés que le Christ prend sur lui, l'angoisse mortelle de Gethsémani et la trahison de Judas (qui a "trempé son pain" dans le même plat que Jésus, l'accomplissant littéralement).

🏠 À vivre en famille : Vous pouvez proposer des herbes amères. Les légumes les plus proche du "Maror" chez nous sont la laitue romaine, ou encore le chicon et le raifort. Le céleri ou le radis peuvent également faire office d'herbes amères. Au début du repas, chacun peut être invité à tremper l'herbe dans un peu d’eau salée et à la manger en rappelant l'amertume du péché dont le Christ nous libère.

🐑 L’agneau pascal

✡️ Pâque juive : Le sang de l'agneau immolé, placé sur les linteaux des portes, a protégé les premiers-nés de la dixième plaie. Sa chair est mangée en hâte pour donner des forces pour l'Exode.

✝️ Cène catholique : Jésus devient lui-même l'Agneau de Dieu, le sacrifice parfait. Son sang nous sauve de la mort éternelle. L'Eucharistie remplace définitivement le sacrifice animalier de l'ancienne Alliance.

🏠 À vivre en famille : Cuisinez un plat d'agneau pour le repas. Au moment de servir, lisez Exode 12, 1-14 et faites le lien avec le Christ. S'il y a besoin d'une alternative, toute autre viande peut rappeler que le Christ a offert sa propre chair

🍞 Le pain azyme (Matzot)

✡️ Pâque juive : C'est le pain de l'affliction et de la hâte. Les Hébreux ont dû fuir l'Égypte si vite que la pâte n'a pas eu le temps de lever. Le levain a été banni des maisons.

✝️ Cène catholique : Jésus prend ce pain, le bénit et le rompt : "Ceci est mon corps, livré pour vous". Le pain pur (sans levain) devient le support matériel de la présence réelle du Christ, le Pain de Vie.

🏠 À vivre en famille : On peut placer au centre de la table du pain azyme (fait main), ou des pains plats. Le rompre et le partager permet de faire mémoire du geste du Christ.

🍷 Les quatre coupes de vin

✡️ Pâque juive : Le repas est rythmé par quatre coupes de vin qui rappellent les promesses de Dieu : « Je vous ferai sortir, je vous sauverai, je vous rachèterai, je vous prendrai pour peuple ». La troisième est appelée la « coupe de la bénédiction ».

✝️ Cène catholique : À la 3ème coupe, Jésus dit : "Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous". Il ne boit pas la 4ème coupe de joie finale lors du repas, la "buvant" symboliquement sur la Croix ("Tout est accompli").

🏠 À vivre en famille : Prévoyez du vin rouge (et du jus de raisin sombre pour les enfants) dans de beaux verres. Vous pouvez porter un toast solennel en vous souvenant que le Christ a versé son sang pour la multitude.

Durant le repas partagé, vous pouvez expliquer les différents éléments. Chacun peut être habillé normalement, ou bien se vêtir simplement, avec sandales, ceinture et bâton. Vous pouvez également lire la lecture de l'Exode :

Lecture de l'Exode (Ex 12, 1-8.11-14)

Ex 12, 1-8.11-14
En ces jours-là, dans le pays d’Égypte,
le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron :
« Ce mois-ci
sera pour vous le premier des mois,
il marquera pour vous le commencement de l’année.
Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël :
le dix de ce mois,
que l’on prenne un agneau par famille,
un agneau par maison.
Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau,
elle le prendra avec son voisin le plus proche,
selon le nombre des personnes.
Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger.
Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année.
Vous prendrez un agneau ou un chevreau.
Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois.
Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël,
on l’immolera au coucher du soleil.
On prendra du sang,
que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau
des maisons où on le mangera.
On mangera sa chair cette nuit-là,
on la mangera rôtie au feu,
avec des pains sans levain et des herbes amères.
Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins,
les sandales aux pieds,
le bâton à la main.
Vous mangerez en toute hâte :
c’est la Pâque du Seigneur.
Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ;
je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte,
depuis les hommes jusqu’au bétail.
Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements :
Je suis le Seigneur.
Le sang sera pour vous un signe,
sur les maisons où vous serez.
Je verrai le sang, et je passerai :
vous ne serez pas atteints par le fléau
dont je frapperai le pays d’Égypte.
Ce jour-là
sera pour vous un mémorial.
Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage.
C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »

Le lavement des pieds en famille

Au cours du repas, ou à sa fin, vous pouvez lire ensemble l'Évangile du Jeudi saint, avec le lavement des pieds.

Évangile du lavement des pieds : "Il les aima jusqu’au bout" (Jn 13, 1-15)

Avant la fête de la Pâque,
sachant que l’heure était venue pour lui
de passer de ce monde à son Père,
Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde,
les aima jusqu’au bout.

Au cours du repas,
alors que le diable
a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote,
l’intention de le livrer,
Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains,
qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu,
se lève de table, dépose son vêtement,
et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ;
puis il verse de l’eau dans un bassin.
Alors il se mit à laver les pieds des disciples
et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive donc à Simon-Pierre,
qui lui dit :
« C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? »
Jésus lui répondit :
« Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ;
plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit :
« Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! »
Jésus lui répondit :
« Si je ne te lave pas,
tu n’auras pas de part avec moi. »
Simon-Pierre
lui dit :
« Alors, Seigneur, pas seulement les pieds,
mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit :
« Quand on vient de prendre un bain,
on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds :
on est pur tout entier.
Vous-mêmes,
vous êtes purs,
mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ;
et c’est pourquoi il disait :
« Vous n’êtes pas tous purs. »

Quand il leur eut lavé les pieds,
il reprit son vêtement, se remit à table
et leur dit :
« Comprenez-vous
ce que je viens de faire pour vous ?
Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”,
et vous avez raison, car vraiment je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maître,
je vous ai lavé les pieds,
vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un exemple que je vous ai donné
afin que vous fassiez, vous aussi,
comme j’ai fait pour vous. »

Après un temps de méditation ou de partage autour de l'Évangile, chacun de la famille peut laver les pieds d'un autre, avec une bassine d'eau et un essuie, prévus auparavant.

🦶🚿 Le lavement des pieds

✡️ Pâque juive : À proximité de la table (ou dans le salon), disposez une chaise, une grande bassine posée sur une serviette pour protéger le sol, un pichet rempli d'eau tiède agréable, et une grande serviette blanche propre (qui servira de tablier ou pour essuyer les pieds).

📜 Dans les Évangiles : L'Évangéliste Jean ne raconte pas l'institution de l'Eucharistie avec le pain et le vin. À la place, il raconte ce geste. Pour Jean, le service absolu du prochain est la traduction directe de l'Eucharistie.

💥 Le scandale de Dieu à genoux : À l'époque, les routes sont poussiéreuses et l'on marche en sandales. Laver les pieds des invités est une nécessité, mais c'est une tâche jugée si dégradante qu'elle est strictement réservée à l'esclave non-juif de la maison. Même un disciple n'a pas à le faire pour son maître.
C'est pour cela que Pierre s'indigne : "Toi, Seigneur, me laver les pieds ? Non, jamais !"

Le double défi :

1. Il est difficile de s'abaisser pour servir l'autre.

2. Mais il est parfois encore plus difficile de se laisser faire : accepter d'être pauvre, de se laisser aimer et "laver" par Dieu sans l'avoir mérité.

🏠 À vivre en famille : À proximité de la table (ou dans le salon), disposez une chaise, une grande bassine posée sur une serviette pour protéger le sol, un pichet rempli d'eau tiède agréable, et une grande serviette blanche propre (qui servira de tablier ou pour essuyer les pieds). Les parents peuvent s'agenouiller et laver les pieds de leurs enfants à l'aide de la bassine et de la cruche, puis se lavent les pieds mutuellement. Les enfants peuvent aussi laver les pieds.

Ce ne sont que quelques pistes pour vivre ce moment en famille. D'autres propositions, passées ou plus récentes, existent :

Célébrer le Jeudi saint, une proposition des pastorales des familles de l'Église catholique en Suisse romande

Célébration familiale de la Cène du Seigneur, une proposition du service de pastorale liturgique du Diocèse de Namur durant le Covid.


Dans la même catégorie