Décryptages – Donald Trump a-t-il raison de fanfaronner alors que sa « brève excursion militaire en Iran » s’enlise ?


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Décryptages – Donald Trump a-t-il raison de fanfaronner alors que sa « brève excursion militaire en Iran » s’enlise ?
L'expert en affaires européennes Michel Maroy et le chrétien engagé en politique Marc Antoine Mathijsen.
Par Julien Paul
Journaliste
Publié le
4 min

Dans l’épisode Décryptages du 3 avril 2026, les débatteurs conviés étaient le chrétien engagé en politique Marc Antoine Mathijsen et l’expert en affaires européennes Michel Maroy. Il a notamment été question de la guerre en Iran, de ses conséquences dévastatrices au Moyen Orient et de son impact dans le monde. L’allocution télévisée du président des Etats-Unis du mercredi 1ᵉʳ avril à ce sujet ressemblait fort à un mauvais poisson d’avril. Elle s’est en effet résumée à un exercice d’autosatisfaction sur les "victoires" américaines. Donald Trump sait-il seulement où il va et où il emporte le monde avec lui ? Analyse.

Le fond malgré la forme

Pour le chrétien engagé en politique Marc Antoine Mathijsen, les motifs premiers de cette action militaire désastreuse restent valables: "Si Trump gagnait cette guerre demain et que cela donnait lieu à un changement de régime en Iran, permettant à 90 millions de personnes de vivre enfin en vraie démocratie, on dirait à ce moment-là que Trump a libéré ce peuple. Il y a eu 30 000 morts au mois de janvier avec un insurrection populaire qui a été noyée dans le sang. Le conflit avec les États-Unis dure depuis 47 ans. L'attentat contre 241 marines au Liban, les atrocités du 7 octobre en Israël… Dans son discours de mercredi, malgré une forme critiquable, il a quand même remis les choses en perspective".

Mais, bien conscient de l’extrême difficulté de l’entreprise, Marc Antoine Mathijsen modère d’emblée cette analyse : "Évidemment, le pari est tellement fou que je ne crois pas qu'il va le gagner. Il a pris un risque incalculé. Mais sur le fond, il n'y a pas tout à fait tort de frapper l'Iran".

Désaccord appuyé sur ce point – malgré les nuances apportées par son codébatteur – dans le chef de Michel Maroy : "Trump a cru pouvoir refaire ce qu’il a fait au Venezuela: la décapitation d’un régime. Il a voulu appliquer ça à l'Iran. La différence, c'est que le pouvoir iranien a eu le temps de se préparer. Donc il n'y a pas de décapitation, au contraire. Le calcul de guerre rapide était en fait un très mauvais calcul. L’administration Trump s'est trompée dans son approche. Et aujourd’hui, Trump veut quitter ce conflit parce que la population américaine – en ce compris ses propres électeurs – ne le soutient pas dans ce dossier. Mais en même temps, il ne peut pas non plus quitter ce conflit en laissant le régime iranien blessé. Cela risquerait à ce stade d’en faire un agent de déstabilisation encore plus virulent dans la région. Bref, il est bloqué, et nous avec».

Où va le monde ?

La guerre contre la République islamique devait être une "petite excursion", selon l’expression de Donald Trump au départ. Ce n’est pas le cas. Chez nous, la hausse des prix à la pompe entraine à nouveau toute une série d’augmentations (produits issus du pétrole, taux d’intérêts, etc.). Les solutions politiques concrètes à ce sujet tardent à arriver, notamment pour préserver le pouvoir d'achat des populations européennes qui n'y sont pour rien.

Pour l’expert en affaires européennes Michel Maroy, Trump a entrainé le monde entier dans une guerre sans issue alors qu’une entente fragile avec l'Iran était en préparation, jusqu’à la veille du conflit: "La stratégie ici, c’est la même qu’à Gaza et au Liban: mettre tout un pays à plat et ensuite négocier. Or, il y a des règles. Il faut une proportionnalité dans les conflits. Ces gens se sont lancés dans une campagne d'agression sur un pays de façon illégale, en dehors du droit international. Maintenant tout le monde est embourbé dans ce conflit. M. Trump a attaqué au moment où il discutait avec les Iraniens. Il y avait des discussions avec l'intermédiation de Oman. Aujourd’hui, il voudrait que les Iraniens se mettent à table de nouveau, sous la menace, et qu'ils acceptent un plan en 15 points qui est largement exagéré. Les Iraniens, à juste titre, s’y refusent. Et franchement, si j'étais le conseiller des Iraniens, je leur dirais de ne pas commencer des discussions avec ce genre de personne qui vous parle gentiment et qui le lendemain vous lâche une bombe ou vous envoie les parachutistes".

Propos recueillis par Julien PAUL

Décryptages est une émission produite par CathoBel pour les antennes locales de RCF en Belgique francophone.

Catégorie : Décryptages

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