Monseigneur Fabien Lejeusne s’est exprimé sur la situation de la Cathédrale Saint-Aubain de Namur pour l’émission « Monseigneur Fabien Décrypte », diffusée sur RCF Sud-Belgique ce 16 mars. Dans cet entretien accordé à Anne-Sophie Montoisy, l’évêque de Namur reconnaît que l’édifice n’est pas en bon état. Il espère voir les travaux de rénovation bientôt débuter.
Depuis le 9 février dernier, la Cathédrale Saint-Aubain de Namur est fermée suite à la chute d’une pierre depuis sa façade. La Ville a prononcé un arrêté de fermeture et d’indisponibilité, ce que l’évêque juge « tout à fait normal » au vu des enjeux de sécurité. « La cathédrale est en attente de travaux, pour l’instant elle a été mise en cage », déclare-t-il au micro d'Anne-Sophie Montoisy.
Pourquoi la Cathédrale Saint-Aubain est-elle fermée ?
Le bâtiment n’est pas en bon état : « il y a un questionnement autour de la stabilité de l’édifice », ouvre-t-il. Il précise qu’il semble y avoir un consensus indiquant une stabilité de la cathédrale mais que des expertises sont attendues : « D’ici deux mois, nous devrions avoir un premier rapport. Le rapport final est prévu au bout de dix mois ».
"C'est vrai qu'elle n'est pas belle"
L’évêque revient également sur la façade du bâtiment qu’il qualifie de « verrue » : « C’est vrai qu’elle n’est pas belle. La façade est sale et l’ensemble de l’édifice en briques a besoin d’être nettoyée » déclare-t-il.
L’étanchéité du toit et le dôme sont aussi à surveiller : « Il y a une expertise datant de près de 10 ans attirant l’attention sur la charpente du dôme ». En outre, la croix du haut de l’édifice qui a été enlevée pour des raisons de sécurité est évoquée : « Alors que nous cheminons vers Pâques, ça fait bizarre de se dire que la croix a disparu alors qu’elle est au cœur de notre foi ». Il précise néanmoins comprendre que la sécurité est primordiale et affirme ne pas être opposé aux mesures qui ont été prises.

© Anaïs Stas
Des travaux financés depuis 2016 mais toujours à l'arrêt
« Le principe d’urgence est de prendre des mesures rapides et il doit être limité dans le temps », déclare Monseigneur Lejeusne. Il répète qu’il encourage les mesures de sécurité pour éviter un blessé aux abords de la cathédrale mais déplore la longueur des délais : « Je n’ai aucun souci avec la fermeture de la cathédrale mais elle doit être temporaire […] ce qui me gêne plus en lisant le dossier, c’est que ça fait au moins dix ans que nous sommes en urgence », regrette-t-il. Il déplore également que les travaux qui ont été financés en 2016 n’aient pas avancé.
L’évêque souhaite voir cette fermeture comme une opportunité pour réfléchir à avancer sur la rénovation, en sachant qu’un budget y avait déjà été alloué : « Le financement est prévu depuis dix ans : 12 millions d’euros de la région et 2 millions par les provinces ». Mais Mgr Lejeusne précise que ces fonds étaient prévus pour dix ans et se terminent donc cette année : « Ce serait quand même ballot de perdre ces financements », conclut-il.
"Ça fait au moins dix ans que nous sommes en urgence"
Le diocèse de Namur a la particularité de couvrir deux provinces : celle de Namur et celle du Luxembourg. Elles sont donc toutes les deux concernées par le financement des travaux. Même si l’évêque dit comprendre le difficile contexte budgétaire, il a abordé la question avec le gouverneur de la province du Luxembourg : « Puisque l’argent est là, ça rend les choses plus faciles. Et les chrétiens ne sont pas des citoyens à part, donc il n’y a pas de raisons de ne pas prendre en compte l’entretien des édifices qui leur sont destinés. »
L’importance de la cathédrale dans la vie de l’Église
« Avant d’être un espace dans la ville, la cathédrale a une signification particulière pour l’Eglise et pour l’Eglise du diocèse de Namur. C’est-à-dire qu’elle est le lieu où se trouve la cathèdre, le siège de l’évêque », rappelle Monseigneur Lejeusne. Il développe ensuite le rôle central qu’occupe la cathédrale dans la vie diocésaine, rappelant que la messe chrismale, la vigile pascale et toutes les autres célébrations qui rythment la vie du diocèse de Namur et rassemblent les chrétiens y sont célébrées.
Sur décision de l’évêque, la cathèdre a été déplacée à l’église Saint-Loup. Une mesure qui doit toutefois rester une solution provisoire, affirme-t-il. « La cathédrale est l’église mère du diocèse d’où part toute la vie vers les paroisses. L’exemple type est la messe chrismale, où l’évêque consacre le saint chrême, bénit l’huile des malades et des catéchumènes. Et de là, ces huiles sont envoyées vers les paroisses ». Il estime que c’est un « devoir et un honneur pour la ville d’avoir cet édifice propre et en bon état » et a écrit au gouverneur de Namur en ce sens. « Avoir une cathédrale belle et fonctionnelle est dans l’intérêt de tout le monde : du diocèse, de la ville pour ne pas avoir cet édifice sale et de la province parce qu’il en va de son honneur d’entretenir ses bâtiments ».
Vers le lancement d’une pastorale du tourisme ?
« En plus d’être un lieu de culte, la Cathédrale Saint-Aubain est un lieu culturel. La culture est le parent pauvre en Belgique, le patrimoine aussi. Cette problématique de la gestion du patrimoine et de la culture peut s’appliquer à d’autres édifices. », déclare Anne-Sophie Montoisy. « Oui, tout à fait », répond Mgr Lejeusne. « C’est dommage qu’on ait loupé de peu l’attribution de "Namur capitale européenne de la culture", ça nous aurait bien aidé à développer la culture et le patrimoine et à accélérer les travaux de la cathédrale », complète-t-il.
L’évêque de Namur a profité de cet entretien pour faire part de son nouveau projet : le développement d'une pastorale du tourisme. « Dans un échange que j’ai eu avec la bourgmestre, je lui ai fait part de mon projet de lancement d’une pastorale de tourisme pour mettre en valeur notre patrimoine. (...) Nous avons un patrimoine très riche qui peut être mis en valeur à travers la musique, les peintures ou l’édifice lui-même. L’art religieux de tout temps a beaucoup nourri l’inspiration des artistes ».
Il annonce qu’un concours d’orgue à travers le diocèse pendant l’été est en cours de réflexion. Il souhaiterait également proposer des parcours pour les familles et les touristes en période estivale.
« Les églises sont ouvertes à tous. Quand on rentre pour voir une exposition ou écouter un concert d’orgue, on ne peut pas rester indifférent au lieu où on est. On rentre, on est à l’écoute de cette musique sacrée, de cette architecture qui dit énormément et après le Seigneur s’occupe du reste ».
Il précise également qu’un soutien pédagogique pourrait être proposé par les équipes locales des édifices dans le cadre de cette pastorale.
Avant de conclure, il tient à préciser que tous les interlocuteurs qu’il a rencontrés sont de bonne volonté. Il souligne aussi que ce patrimoine appartient à tous : « Il fait partie de notre histoire, de l’histoire de notre pays, de l’histoire de nos provinces. Saisissons-nous de cela, ça permet de comprendre notre histoire. Que l’on soit croyant ou non, il y a forcément des choses à tirer de ce patrimoine exceptionnel qu’est le patrimoine religieux. », finit-il par dire.
Pour écouter l'intégralité de l'entretien :
Maxime MPEYE (st.)

